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Entendu comme témoin, le juge Renaud Van Ruymbeke a affirmé que l'ex-vice président d'EADS, accusé de dénonciation calomnieuse, lui était "apparu totalement de bonne foi" lorsqu'il lui avait remis les faux listings bancaires en 2004.

AFP - Le juge d'instruction Renaud van Ruymbeke a témoigné mardi au procès Clearstream que Jean-Louis Gergorin lui était "apparu totalement de bonne foi" lorsqu'il l'avait approché et lui avait remis anonymement les faux listings bancaires au printemps 2004.

"M. Gergorin m'est apparu totalement de bonne foi. Il y a deux éléments objectifs qui confortent sa bonne foi: c'est lui qui a exigé de me rencontrer (avant de transmettre les listings, ndlr), je ne peux pas penser une seconde qu'il se tire une balle dans le pied", affirme le magistrat à la barre.


En lui transmettant des courriers anonymes avec "des numéros de comptes, il me donne les moyens de vérifier qu'ils sont vrais ou faux", ajoute-t-il.

Tout commence fin avril 2004 quand un avocat, Me Thibault de Montbrial, vient trouver le juge d'instruction alors empêtré dans une enquête sur des commissions et rétrocommissions versées en marge de la vente de frégates à Taïwan.

"Il me dit, voilà, je connais un haut dirigeant d'une des principales sociétés d'armement qui connaît les comptes que vous cherchez dans le dossier des frégates. Ca passe par Clearstream. Ce monsieur veut absolument vous rencontrer", sans apparaître "pour des raisons de confidentialité et surtout de sécurité", raconte le juge van Ruymbeke.

Intrigué, le magistrat rencontre alors à deux reprises au domicile de l'avocat, Jean-Louis Gergorin, vice-président exécutif d'EADS, un homme "très brillant, convaincu, convaincu et convaincant, manifestement de ce qu'il dit".

M. Gergorin, aujourd'hui jugé pour dénonciation calomnieuse, lui décrit un système de comptes occultes utilisés par des oligarques russes, pour les commissions dans l'affaire des frégates.

"J'ai eu l'impression qu'il était sincère et croyait en ce qu'il disait", juge M. van Rumbeke.

Problème, le responsable d'EADS refuse de témoigner sous X, craignant pour sa sécurité.

"J'étais bloqué. C'est vrai qu'à un moment donné, M. Gergorin me dit +comment est-ce qu'on fait ?+ Je lui réponds +Ca ne me concerne pas, vous voyez avec votre avocat+. Je prends à part Montbrial: +vous faites ce que vous voulez, ce n'est pas mon problème+

Quelques jours plus tard, le 3 mai, il reçoit un premier courrier anonyme. L'affaire de dénonciation calomnieuse est lancée.