
Ali Larijani, plus haut responsable sécuritaire iranien, lors d'une cérémonie organisée par le mouvement libanais Hezbollah, à Beyrouth le 27 septembre 2025. © Anwar Amro, AFP, Archives
Il pilotait le principal organe de sécurité de l'Iran, mis à rude épreuve depuis près de trois semaines par l'offensive israélo-américaine. Israël a annoncé mardi 17 mars avoir tué le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, qui coordonnait les stratégies de défense et supervisait la politique nucléaire.
Personnage clé du régime, qui a occupé différentes fonctions au sein de l'armée, des médias et du Parlement, il avait été nommé à la tête de cet organe stratégique, qu'il avait déjà présidé 20 ans plus tôt, quelques semaines après la guerre Iran-Israël de juin 2025.
Le sexagénaire, habitué à concilier loyauté idéologique et pragmatisme, était réputé jouir de la confiance du défunt guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février 2026 dans un bombardement israélo-américain à Téhéran.
Depuis sa nomination, l'homme à la barbe grisonnante, sous le coup de sanctions américaines, était de plus en plus présent sur la scène diplomatique, jouant "un rôle plus important que la plupart de ses prédécesseurs", selon Ali Vaez, en charge de l'Iran au centre de réflexion International Crisis Group (ICG).
"Homme du sérail"
Ali Larijani était "un véritable homme du sérail, un fin tacticien, familier du fonctionnement du système et des inclinations du guide suprême", poursuit l'analyste.
Né en 1957 à Najaf, en Irak, Ali Larijani était le fils d'un éminent dignitaire chiite proche de l'ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique.
Ancien combattant des Gardiens de la Révolution - l'armée idéologique de la République islamique - durant la guerre avec l'Irak (1980-1988), ce titulaire d'un doctorat en philosophie occidentale de l'université de Téhéran dirige à partir de 1994 l'audiovisuel d'Etat (Irib), pendant une décennie.
En 1996, déjà, il est nommé représentant d'Ali Khamenei au sein du Conseil suprême de sécurité nationale, puis secrétaire.
Entre 2005 et 2007, il est le principal négociateur sur le nucléaire, face à Londres, Paris, Berlin et Moscou.
Candidat à la présidentielle en 2005, il est évincé par son rival populiste Mahmoud Ahmadinejad. Il préside ensuite le Parlement, de 2008 à 2020, mais sa candidature aux présidentielles de 2021 et 2024 est écartée par le Conseil des gardiens de la Constitution.
L'Iran "doit se défendre"
Son retour à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale en 2025 semblait indiquer un tournant pragmatique dans la gestion sécuritaire du pays.
Ali Larijani avait soutenu l'accord nucléaire historique conclu en 2015 avec les grandes puissances, qui s'est délité trois ans plus tard avec le retrait des États-Unis de Donald Trump.
En mars 2025, avant des pourparlers irano-américains stoppés net par la guerre provoquée par une attaque israélienne, il mettait en garde contre le risque de pousser Téhéran vers le nucléaire militaire.
"Nous n'allons pas vers des armes (nucléaires), mais si vous faites une erreur (...), vous forcerez l'Iran à aller dans cette direction, car elle doit se défendre", disait-il à la télévision d'État.
Il insistait pour que les négociations se cantonnent au nucléaire, défendant comme un droit souverain de l'Iran l'enrichissement d'uranium.
Avant le déclenchement de offensive israélo-américaine, le 28 février, Ali Larijani jugeait peu probable une guerre avec les États-Unis, estimant que Washington aurait peu à gagner et beaucoup à perdre.
Après la mort du guide suprême, il avait juré de le venger : "L'Amérique et le régime sioniste [Israël] ont brûlé le cœur de la nation iranienne, et nous brûlons leur cœur aussi".
Il faisait par ailleurs partie des responsables sanctionnés par Washington pour la "répression violente" en janvier, d'un vaste mouvement de contestation déclenché par des manifestations contre le marasme économique.
Tout en reconnaissant les difficultés économiques du pays, il avait imputé les violences, comme le veut la position officielle, à l'ingérence américaine et israélienne.
Avec AFP
