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Comment Aley tente d'assurer la sécurité en recensant les déplacés du sud Liban
envoyée spéciale à Aley, Liban – A Aley, ville à majorité druze du Mont Liban, à 19 km de Beyrouth, la municipalité vérifie l'identité de tous les déplacés du sud du Liban. L'objectif est de rassurer une population inquiète face à la multiplication des frappes israéliennes sur des zones situées en dehors du bastion du Hezbollah. L'Etat hébreu accuse la milice d'infiltrer les refuges accueillant les déplacés.
Akram Abu Fakhr rempli le formulaire de la municipalité pour cette déplacée du sud, le 16 mars 2026 à Aley. © Assiya Hamza France 24

“Votre nom ? Numéro de téléphone ? Ville d’origine ? Adresse actuelle ?”. Akram, carte d’identité à la main, note les réponses fournies par l’homme assis devant lui. L’agent de la municipalité d’Aley, ville à majorité druze du Mont Liban, à 19 km de Beyrouth, est chargé de recenser les déplacés de la guerre avec Israël.  

“Je travaille tous les jours, du matin au soir pour enregistrer les informations nécessaires à leur suivi, explique Akram Abu Fakhr, habitué à la procédure mise en place pendant le Covid et utilisée pour les réfugiés syriens. Connaître le nombre de personnes qui compose chaque famille nous permet aussi d'apporter à chacune d'elle une aide humanitaire adaptée.” 

Comment Aley tente d'assurer la sécurité en recensant les déplacés du sud Liban
Akram Abu Fakhr reçoit tous les jours entre 50 et 70 déplacés dans son bureau à Aley. Le 16 mars 2026. © Assiya Hamza France 24

Dans la minuscule pièce surchauffée du préfabriqué, un homme et une femme assis sur de petits canapés en cuir râpé, attendent patiemment leur tour. La procédure est obligatoire pour chaque nouvel arrivant à Aley. “Ils sont très coopératifs et de toute façon ils n’ont pas le choix, poursuit l’homme au regard bleu clair en remplissant le formulaire. Les données sont ensuite enregistrées informatiquement par d’autres agents”. 

Chaque jour, Akram accueil ainsi 50 à 70 personnes. Seul un membre de la famille doit se déclarer à la municipalité mais il faut ensuite calculer les besoins en fonction du nombre d’enfants. Aley compte déjà plus de 6 000 déplacés. Une tendance qui ne devrait pas s’arranger avec l’annonce de la création d’une zone tampon - dite sécuritaire - par l'armée israélienne au sud du Liban. Depuis le 2 mars, plus d’un million de personnes se sont jetées sur les routes de l’exode, selon les autorités libanaises. Un record historique. 

Comment Aley tente d'assurer la sécurité en recensant les déplacés du sud Liban
Les policiers contrôlent l'identité d'un chauffeur de camion traversant Aley, le 16 mars 2026. © Assiya Hamza France 24

Défiance grandissante envers les déplacés du Sud

La société libanaise, déjà marquée par une histoire douloureuse et tourmentée, voit la peur et la psychose s'installer inexorablement. Hôteliers, bailleurs privés voire municipalités refusent désormais d’héberger les habitants du sud de peur d’être pris pour cibles par l'armée israélienne. 

Les frappes, longtemps cantonnées aux bastions du Hezbollah, touchent des quartiers, des villes ou des villages sans lien avec le parti milice. Depuis une dizaines de jours, le coeur de Beyrouth a été touché à plusieurs reprises dans zones résidentielles comme à Aïcha Bakkar ou l’hôtel Ramada, à Raouché. Israël a déclaré avoir tué quatre membres des Gardiens de la Révolutions iraniens cachés parmi les déplacés.  

Joumana, originaire de Dahiyeh, fief du Hezbollah dans la banlieue Sud de Beyrouth refuse d'en parler par peur. “Il faut croire au destin. Après tout, c'est le bon Dieu qui décide quand est-ce que tu vas mourir, lance-t-elle.  Israël vise tout le monde : civils et membres du Hezbollah. Nous sommes les enfants d'un même pays. Il faut qu'on soit unis dans une telle période”. 

La jeune femme a les traits tirés. Le regard dur et triste à la fois. Arrivée à Aley le 8 mars, elle loge dans la maison qu’une ancienne camarade de faculté lui a prêté gracieusement. “Regardez mon amie, elle m’a donné sa maison. Il faut que tous les Libanais soient comme ça, affirme Joumana. Moi, j’ai fait des études de droit. J’ai été avocate. J'ai enseigné et aujourd’hui me voilà déplacée”. 

"Personne ne doit se sentir en danger"

Pour rassurer les habitants d’Aley et éviter d'éventuelles tensions, la municipalité ne lésine pas sur les moyens. “Nous avons mis en place une hotline que les habitants de la localité peuvent appeler pour dire si quelqu’un leur semble étrange dans un quartier, un bâtiment, explique Fady Chehayeb, en charge de la l'organisation sécuritaire. Nous vérifions alors immédiatement les informations sur la personne en question”.  

Comment Aley tente d'assurer la sécurité en recensant les déplacés du sud Liban
Imad Halime, membre du conseil municipal de Aley, le 16 mars 2026. © Assiya Hamza France 24

Une tâche confiée aux 70 policiers mobilisés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. “Depuis la mise en place de la hotline, les appels sont de plus en plus nombreux, confirme Imad Halime, également membre du conseil municipal d’Aley. C'est la deuxième ou troisième fois que nous vivons cela, nous sommes bien entraînés. Tout est sous contrôle. Personne ne doit se sentir en danger”. 

Une promesse que Mohammed, originaire d’un village à la frontière libanaise, veut croire plus que tout. S’il a traversé la moitié du pays, c’est pour ses six enfants. Tous présentent des troubles psychologiques en raison des intenses bombardements israéliens du sud Liban.  

“Je comprends que les habitants veuillent la sécurité, moi aussi je la veux. J'ai 50 ans et je souffre d'un cancer du poumon qui s’est propagé à l’œsophage. Il ne me reste plus beaucoup de temps. Le plus important pour moi, c’est que mes enfants soient en sécurité et qu’ils puissent un jour rentrer au village.”