
La situation semble revenir à la normale à Port-Gentil. Fief de l'opposition, la capitale économique du pays a été le théâtre d'émeutes qui ont fait au moins 3 morts depuis l'annonce, le 3 septembre, de l'élection de Bongo à la présidence.
AFP - La situation semblait revenir à la normale lundi à Port-Gentil, capitale pétrolière du Gabon, après les violences post-électorales qui ont fait depuis le 3 septembre trois morts, selon les autorités, mais l'opposition évoquait un "calme apparent".
Lundi matin, taxis et véhicules commençaient de nouveau à circuler dans le centre de la ville, sous couvre-feu de 20H00 à 06H00 (19H00-05H00 GMT). Pour la première fois depuis le début des troubles, aucun incident n'avait été signalé dans la nuit précédente.
Si beaucoup de magasins restaient encore fermés, quelques uns, dont des pharmacies, étaient ouverts et des clients pouvaient accéder à des guichets de banques, qui n'avaient toutefois pas mis en service leur porte d'accès principale.
Dans cette partie centrale de la ville, les militaires, envoyés en renfort depuis Libreville, étaient moins visibles que la veille.
Dimanche, le ministre de l'Intérieur et de la Défense, Jean-François Ndongou, qui s'est rendu sur place, a déclaré que les violences avaient fait trois morts. Mais Le bilan pourrait être plus élevé, selon des témoignages encore difficiles à vérifier.
M. Ndongou a aussi indiqué qu'une soixantaine de personnes avaient été interpellées en lien avec ces violences et remises au procureur de Port-Gentil.
Dans la ville, fief de l'opposant Pierre Mamboundou qui y est arrivé largement en tête à la présidentielle du 30 août - alors qu'il n'est que troisième sur le plan national -, les traces des violences sont visibles: carcasses de voitures calcinées, marchés incendiés...
Certains symboles de la France et de la richesse issue du pétrole (consulat de France, Total) ont été touchés mais ce sont surtout les quartiers populaires qui ont subi les assauts des pillards depuis l'annonce de l'élection d'Ali Bongo.
A Grand-Village, où travaillent des centaines de petits commerçants, c'est la désolation. "J'ai tout perdu", affirme, désemparée, Justine Obame, vendeuse dont l'échoppe a été plusieurs fois pillée.
"On a pu constater l'ampleur des pertes. Le gouvernement prendra des dispositions", a dit dimanche M. Ndongou, en évoquant la possibilité d'aides "directes" ou "indirectes".
"Le calme est apparent, précaire", affirmait cependant à Libreville sous couvert d'anonymat un responsable de l'Union du peuple gabonais (UPG), le parti de M. Mamboundou, qui revendique la victoire à la présidentielle. "Tout est incertain, il peut se passer à tout moment quelque chose".
"On veut pas d'Ali. C'est Mamboundou qui a gagné l'élection. C'est tout", clamait dimanche un jeune Port-Gentillais, un autre évoquant les accusations de truquage du scrutin lancées par M. Mamboundou contre le fils du président Omar Bongo, décédé en juin après 41 ans au pouvoir.
L'UPG affirmait lundi que son leader était porté "disparu". Depuis la dispersion, le 3 septembre par les forces de l'ordre d'un sit-in organisé devant la Commission électorale, M. Mamboundou, qui aurait été blessé selon son entourage, n'a pas été vu et ne s'est pas exprimé en public.
Le camp d'un autre candidat clamant victoire, André Mba Obame (officiellement 2e), entretenait aussi le mystère autour de lui, annonçant simplement une "importante déclaration" pour la journée de lundi.
M. Mba Obame est apparu samedi en public pour la première fois depuis trois jours, lors d'une réunion de plusieurs candidats malheureux à la présidentielle. Mais il n'a pas voulu s’exprimer.