
Les partis d'opposition effectuent leur rentrée médiatique à partir la fin août,entre service minimum pour certains et grand raout pour d'autres. L'occasion de juger des forces en présence.
Après le gouvernement, c'est au tour des partis politiques de faire leur rentrée. Parti socialiste, Les Républicains, La France insoumise… pas moins de six rendez-vous politiques sont ainsi programmés le week-end des 25 et 26 août.
Après un été marqué par l’affaire Benalla et la publication de chiffres économiques peu encourageants pour Emmanuel Macron et le gouvernement d’Édouard Philippe, l’opposition a des arguments pour aborder cette rentrée en confiance, ou du moins avec optimisme. Mais, signe de la convalescence prolongée des principales forces politiques, tous les partis n’organiseront pas de grand-messe médiatique étalée sur plusieurs jours. Comme un bon thermomètre, cette rentrée politique 2018 servira d’indicateur des forces en présence.
• Service minimum pour le Rassemblement national et le Parti socialiste
En grande difficulté financière après la saisie de 2 millions d’euros d’aide publique ordonnée dans l’enquête sur ses assistants au Parlement européen, le Rassemblement national a été contraint d’annuler, purement et simplement, son université d’été prévue à Fréjus les 14 et 15 septembre. Un appel aux dons lancé au cœur de l’été a permis de récolter environ 600 000 euros, selon le vice-président du RN Nicolas Bay. Mais le parti préfère garder cette somme pour continuer à exister lors des prochains mois plutôt que d’en dépenser une partie pour organiser un événement avec ses adhérents et militants. En lieu et place de son université d’été, c’est donc une journée de formation des élus RN qui sera organisée avec, en fin de journée, un discours de Marine Le Pen.
S’il n’est pas inquiété par la justice, le Parti socialiste ne se porte pas beaucoup mieux. "Après la défaite de 2017, nous sommes encore en convalescence et nous n’étions pas en mesure d’organiser une université d’été cette année", reconnaît Corinne Narassiguin, contactée par France 24. La numéro 2 du parti rappelle toutefois que le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a promis de remettre au goût du jour un événement qui avait été abandonné par le parti depuis plusieurs années déjà. "Pour cette année, c’est un choix budgétaire et logistique qui a été fait : avec la préparation de notre déménagement prévu pour fin septembre-début octobre, il nous était impossible d’organiser en parallèle une université d’été", explique Corinne Narassiguin. En attendant, c’est donc une journée de formation des élus socialistes organisée par la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNSER) qui se tiendra du 23 au 25 août à La Rochelle. Olivier Faure y prononcera un discours de clôture. Selon nos informations, son message portera sur la reconstruction du PS à partir des territoires et sur la préparation des prochaines échéances électorales.
• Rivalités au grand jour chez Les Républicains
Pas d’université d’été non plus pour Les Républicains, mais plusieurs événements distincts qui illustrent une fois de plus les divisions internes. Valérie Pécresse réunit ainsi les soutiens de son mouvement, Libres !, le 24 août à Brive. Le patron de LR, Laurent Wauquiez, effectue deux jours plus tard, dans sa région Auvergne-Rhône-Alpes, la montée du mont Mézenc. Le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, réunit quant à lui les membres de son micro-parti Force républicaine le 1er septembre à La Baule. Et le trésorier du parti, Daniel Fasquelle, organise du 7 au 9 septembre au Touquet son traditionnel campus des Jeunes Républicains.
"Il ne faut pas sur-interpréter tous ces rendez-vous, minimise la secrétaire générale de LR, Annie Genevard, contactée par France 24. Que certains alternent des moments qui leur sont propres avec des moments plus collectifs, ce n’est pas un problème. L’important est de se retrouver lors des temps forts de la vie politique." À ses yeux, le véritable événement des Républicains se tiendra à Mézenc. "Même si cela ne s’appelle pas université d’été, c’est un rendez-vous qui a vocation à être un événement national, avec un discours de rentrée politique prononcé par Laurent Wauquiez", affirme-t-elle. Contesté depuis son élection à la tête de LR en décembre dernier et après les remous de l’éviction de Virginie Calmels au printemps, Laurent Wauquiez devra trouver les mots pour se relancer.
• À La République en marche, on cherche encore son chemin
Depuis sa création en 2016, La République en marche n’a jamais organisé d’université d’été ou d’événement similaire. "Trop ancien monde", argue la direction du parti présidentiel. Mais en attendant, le délégué général de LREM, Christophe Castaner, n’a pas encore trouvé de formule novatrice pour marquer la rentrée politique. Une "rentrée des territoires" avec un millier d’événements locaux est annoncée pour le dernier week-end de septembre. De quoi remobiliser les troupes après un été agité et marqué par l’affaire Benalla ? Pas sûr… "En le privant de rentrée politique, on empêche le parti de jouer un rôle utile d’alerte ou d’aiguillon de l’exécutif, s’inquiète dans Libération une figure de LREM. De ce point de vue, la faiblesse de l’opposition ne nous aide pas. Mais quand on évite le débat, on perd en dynamique."
• Démonstration de force pour La France insoumise
À l’inverse, La France insoumise se sent pousser des ailes. Le programme de ses "AMFiS d'été", qui se tiendront à Marseille du 23 au 26 août, donne le tournis avec des dizaines d’ateliers, de tables rondes et de conférences organisés durant quatre jours. "On considère que c’est utile d’organiser un tel événement, estime le directeur des campagnes de LFI, Manuel Bompard, contacté par France 24. C’est une bonne occasion de permettre aux militants de se retrouver et de parler de fond pour préparer les batailles de la rentrée." Signe de la bonne vitalité du parti de Jean-Luc Mélenchon, l’événement, qui compte 2 500 préinscrits, sera essentiellement financé grâce à une contribution militante d’un peu plus de 100 000 euros. Et il va sans dire que le contexte a changé par rapport à 2017. "L’année dernière, tous les partis avaient besoin de se relever après les élections. Aujourd’hui, Emmanuel Macron est affaibli et a démontré dans son exercice du pouvoir une forme de brutalité, d’autoritarisme et de non-respect des oppositions qui rendent nécessaire notre présence et l’organisation d’un tel événement", juge Manuel Bompard.