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La députée LREM Aina Kuric, portée par des "convictions personnelles", a voté contre le projet de loi asile-immigration défendu par le gouvernement, risquant l'exclusion du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale. Portrait.

Le Parlement approuve définitivement mercredi 1er août le projet de loi asile-immigration défendu par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Ce texte a été vivement critiqué pour des raisons opposées par la droite et la gauche mais aussi au sein de la majorité. Une députée La République en marche (LREM) Aina Kuric a ainsi voté contre la semaine dernière, risquant l'exclusion de son groupe.

Son maintien au sein du groupe majoritaire a finalement été décidé mardi à l'unanimité. Les députés du parti présidentiel "ne sont pas des fonctionnaires chargés d'appliquer à la lettre un règlement, mais des responsables politiques" qui doivent faire des choix, a expliqué à Reuters un député proche du chef de l'État.

"Elle n'a pas cherché la publicité sur son vote, elle n'a pas couru les Quatre Colonnes [la salle où se trouvent les journalistes à l'Assemblée, NDLR], elle n'a pas fait le début du millième du commencement d'une offensive contre le groupe, elle a expliqué son attachement au droit du sol par ses origines malgaches", a également plaidé Gilles Le Gendre, l'un des vice-présidents du groupe, rejoint par d'autres responsables LREM.

Très heureux qu @ainakuric reste dans notre groupe, continuons à travailler ensemble pour la Marne et à porter le projet En Marche. J ai apporté mon soutien la semaine dernière en rappelant à @RichardFerrand le travail d Aina dans la Marne sur notre territoire pour les marcheurs pic.twitter.com/HaI4RCrG5F

  GIRARDIN Eric (@GirardinEric) 31 juillet 2018

Aina Kuric a en effet surtout été portée par des "convictions personnelles", comme elle l’a exprimé dans une déclaration publique. "Le risque, c’est de ne plus être en phase avec soi-même et de voter un texte auquel on ne croit pas. Je suis toujours loyale au groupe mais je crois qu’il faut aussi l’alerter quand on pense qu’on peut faire mieux", avait-elle précisé en juin 2018 dans l’Hebdo du vendredi, une publication de la Marne.

Le souvenir des violences à Madagascar

Inconnue du grand public, cette députée de la Marne est une novice en politique. Avant de rejoindre le palais Bourbon, Anna Kuric était une auto-entrepreneuse qui faisait visiter des caves en Champagne à des touristes étrangers. Investie par La République en marche pour les législatives de 2017, cette marcheuse de la première heure a battu la députée LR sortante et ancienne ministre, Catherine Vautrin, alors vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Rien ne prédestinait cette jeune femme à un tel parcours. Née à Creil, il y a 31 ans, elle a passé une partie de sa vie à Madagascar. Comme le raconte Libération, sa famille a été rapatriée d’urgence en France en 2002, à cause des violences survenues sur l’île pendant les élections : "On pouvait voir des morts sur le chemin pour aller à l’école, on avait un couvre-feu, on était quand même dans une situation très compliquée. Dans mon malheur, la seule chance que j’ai eue, c’est d’être née française, et beaucoup étant dans ma situation à Madagascar au même moment ne peuvent pas en dire autant".

Un souvenir douloureux qui a manifestement influencé sa position contre le texte asile-immigration. "J’ai un problème avec la base de ce projet de loi. On y parle de droit d’asile et d’immigration, ce qui n’a quasiment rien à voir ! Les personnes qui fuient la guerre pour échapper à la mort doivent être accueillies de manière inconditionnelle. Ce qui me dérange, c’est qu’on crée plus de conditions pour refuser que pour accueillir. Il faut améliorer les conditions d’accueil. Je ne veux pas qu’on accueille plus, je veux qu’on accueille mieux", avait-elle précisé dans l’Hebdo du vendredi.

▶️ J'ai présenté ce matin lors de la 2nde lecture sur le projet de loi #asile & #immigration un amendement visant à supprimer les dispositions dérogatoires d'acquisition de la nationalité ???????? à #Mayotte, introduites par le Sénat lors de l'examen du texte ! pic.twitter.com/3IwV7S8qlq

  Aina Kuric (@ainakuric) 26 juillet 2018

Pas une frondeuse

Aina Kuric a surtout dénoncé dans ce texte l'adaptation du droit du sol à Mayotte et déposé des amendements pour supprimer cette "fausse solution". Un article introduit au Sénat et approuvé par l'Assemblée exige en effet pour les enfants nés sur ce 101e département que l'un de ses parents ait, au jour de la naissance, été présent de manière régulière sur le territoire national depuis plus de trois mois. "Moi je suis sur un principe d’égalité des territoires, on est là pour fabriquer la loi pour tous les Français, pas pour faire du cas par cas", a-t-elle affirmé au journal Libération.

Malgré cette position courageuse à l’encontre de son groupe, Aina Kuric n’est pas une frondeuse. La députée de la Marne ne compte pas s’écarter de la ligne du parti, comme elle l’a rappelé sur France 3 Grand Est : "J’ai voté contre le fond […] mais cela ne veut pas dire que j’ai voté contre mon groupe".