À Hiroshima, des représentants de 100 pays ont assisté aux côtés du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, aux cérémonies du 70e anniversaire du premier bombardement nucléaire de l'Histoire, qui a fait 140 000 morts.
Le monde a marqué par une cérémonie à Hiroshima, jeudi 6 août, le 70e anniversaire du premier bombardement nucléaire de l'Histoire, qui conduisit à la capitulation du Japon et à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À 08h15 (23h15 GMT, mercredi), une jeune femme et un écolier ont frappé une grande cloche d'une longue poutre de bois suspendue, immuable geste accompli à l'heure précise où un bombardier américain B-29 baptisé "Enola Gay", volant à haute altitude, largua une bombe à uranium et sema le feu et la mort sur cette grande ville japonaise.
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Au son de la puissante cloche enveloppée du seul chant des cigales, omniprésent l'été au Japon, une foule de 55 000 personnes s'est recueillie dans le Parc mémorial de la paix de cette cité de 1,2 million d'habitants de l'ouest de l'archipel, devenue un symbole du pacifisme.
Dotée d'une force destructrice équivalente à 16 kilotonnes de TNT, la bombe avait porté la température à 4 000 degrés au sol, anéantissant tout alentour. On estime à 140 000 le nombre de morts, au moment de l'impact puis ultérieurement, sous l'effet de l'irradiation.
"Nous devons abolir le mal absolu"
"Pour coexister, nous devons abolir le mal absolu et le comble de l'inhumanité que représentent les armes nucléaires. Il est temps maintenant d'agir", a déclaré après la minute de silence le maire de la ville, Kazumi Matsui, avant de laisser la parole à de jeunes enfants.
Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, était là, entouré des représentants de 100 pays, le plus grand nombre jamais présent aux cérémonies de Hiroshima. Parmi eux, l'ambassadrice des États-Unis au Japon, Caroline Kennedy, et la sous-secrétaire américaine chargée du contrôle des armements Rose Gottemoeller, plus haut responsable américain jamais envoyé de Washington pour les commémorations annuelles.
"En tant que seul pays frappé par l'arme atomique [...] nous avons pour mission de créer un monde sans arme nucléaire, a déclaré Shinzo Abe à la foule. Nous avons la responsabilité de faire comprendre l'inhumanité des armes nucléaires, à travers les générations et les frontières." Le Premier ministre a précisé que son pays présenterait une nouvelle résolution destinée à abolir l'arme nucléaire à l'Assemblée générale de l'ONU cette année.
Depuis la Malaisie où il effectue une visite officielle, le secrétaire d'État américain, John Kerry, a estimé que ce 70e anniversaire soulignait l'importance de l'accord nucléaire conclu avec l'Iran le 14 juillet. "J'ai regardé la cérémonie. [...] Il va sans dire que c'est un très, très puissant rappel, non seulement des conséquences sur les gens et les pays
d'une guerre qui dure, mais cela souligne aussi l'importance de l'accord auquel nous sommes parvenus avec l'Iran pour réduire la possibilité d'armes nucléaires supplémentaires."
Pour le chef de la diplomatie américaine, ces commémorations soulignent également l'importance du travail des États-Unis et d'autres pays, notamment la Russie, pour réduire
le nombre d'armes nucléaire existantes.
Après Hiroshima, Nagasaki
Trois jours après Hiroshima, l'armée américaine avait largué une bombe au plutonium sur la ville portuaire de Nagasaki, tuant quelque 74 000 personnes. Ces deux bombes ont porté un coup final au Japon impérial, qui s'est rendu le 15 août 1945, marquant le terme de la Seconde Guerre mondiale.
Sept décennies plus tard, l'usage de l'arme atomique à la fin de la Seconde Guerre mondiale divise encore les opinions. Certains historiens estiment que celle-ci a épargné un bien plus grand nombre de victimes en évitant une attaque terrestre de l'archipel nippon, d'autres que le Japon était de toute façon proche de la défaite et que les deux bombes n'étaient pas nécessaires pour mettre fin au conflit.
Plus de la moitié des Américains considèrent que les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki étaient justifiées, selon un sondage réalisé en février par l'institut de recherche américain Pew Research Center. Près de 80 % des Japonais interrogés par ce think tank pensent au contraire qu'elles étaient injustifiées.
Paul Tibbets, pilote de l'"Enola Gay", avait déclaré dans une interview en 2002, cinq ans avant sa mort : "Je sais que nous avons fait ce qu'il fallait". Washington, allié très proche de Tokyo depuis la guerre, n'a jamais exprimé d'excuses officielles pour ces bombardements.
Avec AFP