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Copa America : Chili - Argentine, une finale qui ravive les antagonismes

L’histoire complexe entre le Chili et l’Argentine, séparés par la cordillère des Andes, va connaître un nouvel épisode samedi soir, lors de la finale de la Copa America. Pour les deux rivaux régionaux, l'honneur est en jeu.

Il y a 37 ans, c’était arme au poing que le Chili et l’Argentine, qui partagent une frontière de près de 5 000 kilomètres le long la cordillère des Andes, avaient failli s’affronter. Près de quatre décennies plus tard, les relations se sont apaisées entre les deux rivaux régionaux, qui se retrouvent sur un terrain plus amical : la pelouse de l’Estadio Nacional de Santiago du Chili, où ils se disputeront samedi soir la suprématie continentale en finale de la Copa America. Une rencontre prévue à 22 h, heure de Paris.

Pour le Chili, bon élève de la région sur le plan économique mais moins brillant sur le plan sportif, c’est plus que jamais une question d’honneur. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont bien meilleures depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Mais le longiligne pays sud-américain est encore loin de considérer son voisin comme un pays frère, même s’il compte aujourd’hui une communauté de 60 000 Argentins sur son sol.

Officiellement, les relations bilatérales sont qualifiées d'"excellentes", surtout depuis le retour à la tête du Chili de la socialiste Michelle Bachelet en mars 2014, donnant une nouvelle impulsion à des liens passablement refroidis sous le mandat du président de droite Sebastian Pinera (2010-2014).

"Le football ne peut pas interférer avec les liens profonds qui unissent nos deux pays", a insisté mercredi le ministre chilien des Affaires étrangères, Heraldo Munoz, dans une tentative pour détendre l'atmosphère avant le match couperet de ce samedi.

En dépit des appels au calme, le ressentiment des deux populations à l’endroit de leur voisin est loin d’avoir disparu. Une rivalité qui se justifie par un passé commun compliqué : en 1978, le Chili et l'Argentine, deux pays alors gouvernés par une dictature militaire, ont été au bord de la guerre après une dispute territoriale sur la souveraineté de trois îles dans le canal Beagle. Avec des troupes déployées des deux côtés de la frontière, le conflit n'avait alors pu être résolu qu'après la médiation du pape Jean-Paul II.

Le complexe d’infériorité chilien

Par ailleurs, les Argentins n'ont pas oublié le soutien apporté par la dictature d'Augusto Pinochet à la Grande-Bretagne, pendant la guerre des Malouines en 1982. Une "trahison" qui inspire toujours certains chants de supporters argentins lorsque les deux sélections se rencontrent.

Lors de la demi-finale Argentine - Paraguay à Concepcion, en début de semaine, l'hymne argentin avait été vertement conspué par les fans locaux, tandis que les visiteurs répondaient avec le mot d'ordre "celui qui ne saute pas est un traître", une allusion à la position chilienne sur ce dossier épineux.

En outre, il existe un véritable complexe d'infériorité au Chili envers un voisin qui, pendant des années, l'a dominé dans tous les domaines : l’économie, le sport, la diplomatie… "Nous les Chiliens, nous continuons à nous voir comme inférieurs aux Argentins, en dépit de nos indicateurs économiques qui sont bien meilleurs aujourd'hui", relève Ricardo Israël, avocat et professeur à l'université autonome du Chili.

"Cela remonte à une autre époque, lorsque les Chiliens qui allaient en Argentine avaient l'impression d'aller en Europe", ajoute-t-il.

Appels au calme

La crainte que les esprits ne s'échauffent d'ici samedi a suscité un rappel à l'ordre de plusieurs protagonistes de la finale.

"Il faut espérer que les gens comprennent que le football est un sport, pas une guerre", a par exemple lancé le milieu de terrain argentin Javier Mascherano après la demi-finale victorieuse contre le Paraguay.

"Ce sera un match très intense où beaucoup de choses entreront en jeu, mais au-delà d'une rivalité dans le jeu, il doit y avoir un respect entre camarades", a pour sa part estimé le défenseur chilien Eugenio Mena.

"Le match de samedi est très important. Les Chiliens veulent dire : ‘Maintenant nous sommes supérieurs aux Argentins en tout’. Les Argentins veulent démontrer quant à eux que dans le domaine du football, ils restent les meilleurs", analyse Patricio Navia, de l'université Diego Portales.

L'enjeu sportif est effectivement énorme pour les deux adversaires : l'Albiceleste veut mettre fin à une disette de 22 ans dans le tournoi continental. La dernière fois que l’Argentine a dominé le continent, c’est en 1993, autant dire une anomalie au regard des générations qui ont constitué cette sélection sur les deux dernières décennies.

Mais devant son public de l'Estadio Nacional de Santiago, et après quatre finales perdues, le Chili dispose d’une opportunité unique : celle de conquérir son premier titre continental, 99 ans après la création de la Copa America.

Avec AFP