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À Athènes, les Grecs dans le piège du référendum

à Athènes – Alors que les Grecs sont appelés à se prononcer, dimanche, sur les propositions des créanciers, les électeurs, tenaillés entre rejet de l’austérité et attachement à l’Europe, sont en plein désarroi. Reportage à Athènes.

Le trentenaire Yiorgos, patron d’un café "Oxo Nou" rue Benaki, à Exarkia, en est certain : ce référendum n’est qu’une étape "démocratique". "Il va dans le sens du programme de Tsipras. Il avait proposé du changement. Les créanciers n'en veulent pas. Tsipras consulte le peuple pour valider sa position", résume-t-il simplement.

Quelques mètres plus loin, dans la file d’attente d’un distributeur Alpha Bank, Nikolaos, un Athénien, est plus anxieux. Selon lui, la "question posée (au référendum) n’est pas claire". Si, sur le papier, l’interrogation est : "Êtes-vous pour ou contre les mesures des créanciers ?", en substance, "on ne sait pas si l’on vote pour ou contre l’euro, pour ou contre le gouvernement, pour ou contre l’austérité", se lamente Nikolaos. De nombreux Athéniens se retrouvent dans ce sentiment confus d’avoir à choisir entre euro ou drachme, le 5 juillet.

Une campagne marathon

Les Grecs sont sous la pression d’une intense campagne lancée dimanche 28 juin. Sur les télévisions locales, les débats virulents se multiplient entre politiciens. Les scénarios divers allant du "Grexit" à la faillite bancaire sont évoqués. Et sur les réseaux sociaux, les pro ou anti se déchirent... Les interventions solennelles des ex-dirigeants du pays se multiplient. La campagne en faveur du "oui" au référendum joue sur l’ambiguïté de la question posée.

Lundi 29 juin, l’ancien Premier ministre Antonis Samaras, de Nouvelle Démocratie (droite), a rappelé : "La réelle question est 'oui' ou 'non' à l’Europe et le 'non' mènera au chaos." En face, Syriza répond que l’issue du "non" ne sera pas un "Grexit". "Après un refus, nous serons prêts à négocier un accord durable", a déclaré Alexis Tsipras, lundi soir à la télévision publique ERT.

Dans la rue, la campagne aussi bat son plein. Sur la vaste place Syntagma, au centre d’Athènes, les manifestations s’intensifient. Ce mardi 30 juin, un rassemblement se tiendra en faveur du "oui" au référendum. Lundi soir, quelque 17 000 personnes se sont massées pour soutenir le "non", dans une ambiance surchauffée.

Quelle tendance ?

Avec cette échéance extrêmement courte, les pronostics sont flous. Les Grecs eux-mêmes, pour la plupart surpris par un recours si précipité, ne sont pas tous fixés. Selon le quotidien de centre-droit "Kathimerini" paru le 30 juin, le "oui" l’emporterait, à 66 %. Un clivage intergénérationnel semble aussi de dessiner. Une partie de la jeunesse, désenchantée, est toujours autant séduite par le quadragénaire Alexis Tsipras et devrait voter "non". Dans les rassemblements "pro-gouvernement", les 20-40 ans sont nombreux. Tokas, un doctorant de 25 ans de tous les cortèges, se dit par exemple "très fier" de son Premier ministre : "Il a tenu bon, c’était clair qu’il ne lâcherait pas. Le non passera, croit-il. Pour la démocratie."

L’issue inconnue de ce référendum

"Après toutes ces années de rigueur, si nous votons 'oui', nous serons les moutons de l’Europe", prévient Yiorgos, le patron d’Oxo Nou, qui prévoit que "l’austérité continuera". En cas de "oui" de la part du peuple, Alexis Tsipras a laissé entendre qu’il pourrait démissionner. Son départ entraînerait alors la tenue de législatives anticipées.

De même, une victoire du "non" pourrait amener une période d’instabilité. "Même si nous refusons l’austérité, nous ne pouvons pas dire non à l’Europe dont nous sommes dépendants économiquement", estime Nikolaos. L’incertitude concernant l’attitude des créanciers est grande. Sur les chaînes de télévision, les paroles des représentants des "créanciers" ou dirigeants européens tournent en boucle, alimentant l’anxiété. À l’image de la déclaration du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker : "Un 'non' des Grecs serait un non à l’Europe." Cette campagne n’est pas seulement grecque, elle est européenne.