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La sécurité alimentaire, enjeu principal des élections générales

Les Malawites se sont rendus en masse aux urnes pour élire leur président et renouveler leur Parlement. Si le chef de l'État sortant est donné favori, son parti ne semble pas être en mesure d'emporter une majorité absolue.

AFP - Les Malawites ont voté mardi dans le calme pour élire leur président et renouveler leur Parlement, portés par l'espoir que leur pays parvienne enfin à la sécurité alimentaire.

"Le scrutin s'est déroulé sans interruption ni interférence" et aucune violence n'a été rapportée, a déclaré le président de la Commission électorale, Justice Msosa.

Seul accroc signalé dans la journée: l'intervention de la police dans une station de radio proche de l'opposition, quelques heures avant l'ouverture des bureaux de vote, selon un responsable de ce média, Lloyd Zawanda. Trois employés de Joy Radio, basée dans la banlieue de Blantyre, ont été arrêtés et une cassette contenant un programme satirique saisie, a affirmé M. Zawanda.

Pendant la journée, les électeurs se sont rendus en masse aux urnes: des centaines de personnes ont fait la queue sous un soleil brûlant, dans les villes comme dans les zones rurales, avant de pouvoir glisser leurs bulletins.

Les bureaux de vote, où étaient attendus quelque 5,8 millions d'électeurs, ont fermé à 18h00 (16h00 GMT), après douze heures d'opérations.

Le président sortant Bingu wa Mutharika s'est réjoui dès la matinée de la "très forte participation", après avoir voté dans son village natal de Goliati (sud).

Il est donné favori contre son principal rival John Tembo, ancien bras droit du dictateur Kamuzu Banda (1964-1994).

M. Mutharika, 75 ans, mise sur la réussite de son programme de subvention de semences et de fertilisants pour obtenir un second mandat de cinq ans lors de ces quatrièmes élections nationales multipartites.

Après la famine qui, en 2005, a frappé cinq des 13 millions de Malawites, il a distribué grains et engrais, plongeant le budget national dans le rouge mais assurant trois récoltes qui ont permis de nourrir le pays, aidées par des pluies abondantes.

Les électeurs n'avaient mardi qu'un mot à la bouche: "développement". "Il est temps de voter parce qu'on a besoin de développement", a ainsi affirmé Esther Kamoto, 88 ans, qui votait seulement pour la deuxième fois.

"Avant je ne voyais pas à quoi cela servait", a-t-elle souligné, en faisant référence aux trente années de dictature qu'a connues le Malawi juste après l'indépendance du protectorat britannique en 1964.

Tous les candidats ont fait campagne sur l'éradication de la faim. Le Malawi reste à la merci de sécheresses cycliques: seules 20% des terres cultivées sont irriguées et 80% du maïs, nourriture de base, pousse sur des lopins trop petits pour une production commerciale.

Le programme de subventions agricoles risque toutefois d'être difficile à tenir avec le ralentissement prévu de la croissance en 2010, après un boom à 8,2% cette année grâce à l'ouverture d'une mine d'uranium dans le nord.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale louent de leur côté les efforts engagés pour lutter contre l'extrême pauvreté (moins d'un dollar par jour) dans laquelle vivent quelque 40% des Malawites, contre 54% en 1990.

Mais les dysfonctionnements politiques menacent la lutte contre la pauvreté. S'il devait emporter la présidentielle, M. Mutharika devra probablement diriger de nouveau un gouvernement minoritaire, avec les blocages parlementaires qui en découlent.

La formation de M. Tembo, le Parti du congrès du Malawi (MCP), peut s'appuyer sur le vote de la région centrale, autour de la capitale Lilongwe, et sur le soutien du parti de l'ancien président Bakili Muluzi qui s'est rallié derrière sa bannière.