
L’Éthiopie a entamé mardi un deuil national de trois jours après le meurtre de 28 de ses ressortissants en Libye, revendiqué par des jihadistes se réclamant de l'organisation de l'État islamique. Reportage dans une famille endeuillée.
Des cris des familles endeuillées retentissent sous une tente bondée. Une veillée mortuaire en l'honneur de deux hommes assassinés se poursuit. Leurs portraits trônent au beau milieu de la foule rassemblée.
L’Éthiopie pleure ses 28 ressortissants chrétiens exécutés par l'organisation de l'État islamique (EI) en Libye. Le Parlement a décrété un deuil national de 72 heures qui a commencé mardi 21 avril.
"Certaines personnes que vous voyez dans notre maison ne sont même pas des voisins, note un membre de la famille endeuillée. Ce sont juste des gens qui ont vu la vidéo et qui sont venus nous réconforter. Tout le monde est choqué par la façon dont ils ont été abattus comme des animaux."
"Aucun espoir d’une vie meilleure"
Les victimes étaient des migrants qui avaient quitté le pays dans l’espoir de trouver un travail à l'étranger. En passant par la Libye, ils ont été tués par des jihadistes de l’EI. Une fin tragique qui ne semble pas dissuader d’autres Éthiopiens d’entreprendre le même périple.
Un peu loin, un homme explique que malgré les risques, il tentera tout de même de partir. "Il n’y a pas de travail ici, lance-t-il. Je vais essayer aussi mais peut-être pas en passant par la Libye. Je veux quitter cet endroit. On n’a aucun espoir d’une vie meilleure ici, et on pense tous la même chose."
L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, se vide chaque jour un peu plus de sa population. Beaucoup se rendent en Libye et dans d'autres pays d'Afrique du Nord pour trouver un emploi. D'autres prennent place sur des embarcations de fortune pour tenter de gagner les côtes européennes.
Condamnation d’Addis Abeba
Le pays paie un lourd tribut au drame de l'immigration qui se déroule semaine après semaine en Méditerranée, et qui, dimanche encore, a vu 800 personnes mourir dans le naufrage de leur chalutier au large de la Libye.
Addis Abeba, qui a condamné le meurtre de ses ressortissants, a donné consigne aux Éthiopiens de ne plus se rendre en Libye et a promis d'apporter de l'aide à ceux qui voudraient rentrer.
Soucieux d'afficher leur unité, les responsables religieux éthiopiens, chrétiens et musulmans, ont tenu dès lundi une prière commune.
Avec AFP