
Le Costa Rica produit depuis le début de l'année 100 % de son électricité à partir d'énergies renouvelables. Ce record est dû a des spécificités géographiques et une volonté politique affichée.
Pas de pétrole, ni de charbon, que du renouvelable. Depuis le début de l’année, le Costa Rica est devenu un paradis pour écolos et pour ceux qui croient que l'avenir de l'électricité réside dans les sources d'énergie renouvelables. Ce petit pays d'Amérique centrale a, en effet, établi un record : fournir de l’électricité à tout le monde pendant 75 jours sans passer par la case énergie fossile.
La quasi-totalité des besoins costaricains a pu être couverte grâce à sa production hydraulique, a annoncé l'Institut costaricain d'électricité (ICE), la société nationale et publique d'électricité. Le reste du mix énergétique de ce début d'année provient de la géothermie (transformer la chaleur du sous-sol en énergie), la biomasse (transformer les déchets en énergie par combustion), l'éolien et le solaire.
Coup de pouce de la nature
La production en électricité des centrales hydrauliques du pays a reçu un sérieux coup de pouce de la nature depuis le début de l'année. Des fortes pluies ont, en effet, rempli les quatre principales réserves d'eau du pays bien au-delà des anticipations de l'ICE.
La prouesse du Costa Rica tient, aussi, aux spécificités de ce petit pays de 51 100 km². Il ne compte que cinq millions d'habitants, son économie est encore fortement tournée vers le tourisme et l'agriculture, et ne compte que peu d'industries très gourmandes en énergie.
Le Costa Rica était donc le candidat naturel idéal pour établir ce record. Les autorités ont, cependant, tout fait pour le décrocher. Le pays est réputé depuis plusieurs années pour être à la pointe du développement des énergies renouvelables. Sous l'impulsion de gouvernement, par exemple, l'éolien et du géothermique ont augmenté de plus en 10 % en un an. C'est l'État "d'Amérique centrale qui a la plus importante proportion d'énergies renouvelables dans son mix électrique (91 %)", peut-on lire dans le rapport annuel de 2013 sur la production d'électricité d'origine renouvelable de la fondation Énergies pour le monde et de l'Observatoire des énergies renouvelables.
Couverture optimale et tarifs modérés ?
Si les autorités misent avant tout sur l'hydraulique, le Costa Rica possède une autre botte secrète : les volcans. Plus de 14 % de la production d'électricité du pays avait une origine géothermique en 2012 et l'État compte faire plus. Aller chercher la chaleur dans les sous-sols à proximité des volcans permet de ne plus être tributaire du niveau de précipitations.
Actuellement, cinq centrales géothermiques sont actives, dont quatre sont situées sur le flanc du volcan Miravalles, dans le nord du pays. La dernière, mise en route en 2011, se trouve aux abords du volcan Rincon de la Vieja, dans le nord-ouest. L'État a décidé, en juillet 2014, d'investir 958 millions de dollars en plus pour développer les installations géothermiques près de ce volcan. Pour les autorités, ce projet représente une étape cruciale pour atteindre l'objectif d'être neutre en émission de carbone en 2021.
Le Costa Rica ne s'est pas lancé dans cette quête du Graal vert uniquement pour battre des records. Cette priorité accordée aux énergies renouvelables lui a déjà permis d'être le pays à offrir la deuxième meilleure couverture en électricité (99,4 %) d'Amérique latine derrière l'Uruguay, à des "tarifs particulièrement bas pour la population", rappelle Sophie Vorrath, spécialiste des énergies renouvelables sur le blog américain Reneweconomy.
Mais le ciel vert costaricain n'est pas dénué de nuage pour autant. Ainsi, le futur méga-barrage d’El Diquis, un projet porté par ICE, rencontre de fortes oppositions au sein des populations indigènes du sud du Costa Rica. Ce grand chantier, qui doit être achevé en 2016, devrait notamment signer la fin d'une communauté entière d'Indiens de la région qui serait alors privée de ses terres.
Par ailleurs, le pari des énergies renouvelables n'est tenable au Costa Rica que tant que le pays ne développe pas son industrie lourde. Un choix qui risque d’être perçu comme un frein à la croissance économique à plus ou moins long terme.