
Le Conseil de Paris votera le 15 avril la candidature de Paris pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2024. En cas d'approbation, la Seine-Saint-Denis serait en pole position pour accueillir les infrastructures olympiques.
La quatrième fois sera-t-elle la bonne ? Après trois échecs en plus de vingt ans, Paris envisage de présenter à nouveau sa candidature pour l'organisation de Jeux Olympiques, ceux de 2024. Invitée de la matinale de France inter le 12 mars, la maire de Paris Anne Hidalgo a confirmé qu’elle soumettrait au vote des conseils d'arrondissement et au Conseil de Paris, le soutien au projet. Et elle annonce la couleur : "Je vais entrer dans cette consultation en disant que j'ai envie qu'on y aille".
Si les JO de 2012 avaient été envisagés dans le quartier des Batignolles, dans le nord-ouest de la capitale, ils se dérouleraient cette fois au-delà du périphérique. Et c'est en Seine-Saint-Denis, dans le département du "9-3", qui s'étend au nord-est de Paris, que la maire imagine l'événement. "Il y a un récit, une aventure à construire avec une candidature de Paris-Seine-Saint-Denis. (…) Il y a quelque chose de fort à construire dans ce lien", a déclaré Anne Hidalgo.
La Seine-Saint-Denis : un message fort au CIO
Forte des enseignements de l'échec de 2012 face à Londres, Anne Hidalgo inscrit la potentielle candidature sous le signe du dynamisme, de la diversité, de l'ouverture. "La Seine-Saint-Denis est stratégique. Sa population est jeune. La plupart des parents sont nés souvent ailleurs (…) La population a envie de s'engager", poursuit la maire, déjà déterminée à imposer sa ville face aux candidatures de Boston, Istanbul ou Berlin.
Anne Hidalgo se détache du ton de la campagne précédente, centrée autour d'un film de promotion de Luc Besson et donnant l’image un peu marquée d'un Paris historique à la façon "Amélie Poulain". Elle choisit plutôt de marcher sur les pas de Sebastian Coe, président de Londres 2012, qui avait vendu au Comité international olympique (CIO) une ville "où l'on parle 200 langues". De ce point de vue, la Seine-Saint-Denis remplit le contrat. Le "département-monde", comme l'appelle les élus, 65% des habitants ont au moins un parent originaire de l'étranger.
Par ailleurs, l'organisation des JO s'inscrirait dans un projet d’aménagement urbain global. "La Seine-Saint-Denis envoie un message très clair sur la volonté de restructurer, recomposer un territoire. Et le CIO s'attache à ce qu'une candidature laisse des traces positives et requalifie des villes", estime Patrick Braouezec, ancien maire de Saint-Denis et président de la communauté d'agglomération Plaine Commune, interrogé par France 24. Pour l'élu, le choix du "9-3" serait un pari gagnant-gagnant.
Grand Paris et JO 2024 au même tempo
Selon Bernard Lapasset, président du Comité français du sport international (CFSI), chargé, avec Tony Estanguet, de la potentielle candidature de Paris aux JO 2024, la Seine-Saint-Denis serait, à bien des égards, compatible avec le vaste cahier des charges du CIO. L'organisation des Jeux exige en effet une disponibilité foncière pour construire le parc olympique, la piscine et le centre des médias (qui nécessite à lui seul 150 hectares), des lieux rapidement accessibles aux publics et aux athlètes, de faibles distances entre les sites, de forte capacité d’hébergement, etc.
Au cœur du vaste projet de développement territorial du Grand Paris, la Seine-Saint-Denis a la place, les transports et des équipements sportifs. Le Stade de France en premier lieu, mais aussi le parc interdépartemental de Marville, entre la Courneuve et Saint-Denis, 40 hectares dédiés au sport situés entre Paris et Roissy. Pour le village olympique, trois sites pourraient correspondre : Saint-Denis Pleyel, où le futur Quartier universitaire international du Grand Paris couvrirait les besoins, le site PSA d'Aulnay, où 35 hectares sont constructibles pour des logements, et enfin le parc de La Courneuve-Le Bourget, qui sera desservi d'ici 2024 par le Grand Paris express, reliant la capitale à l’aéroport de Roissy en passant par le Stade de France.
Des JO "low cost"
Les coûts d’un tel événement – dont la seule campagne de candidature est estimée à 60 millions d’euros - en inquiètent cependant certains. "Nous ne devons pas tomber dans les dérives du gigantisme qu'ont connu les dernières villes organisatrices des Jeux", prévient sur son blog Mathieu Hanotin, député socialiste de Seine-Saint-Denis favorable au projet. "Il faut à la fois que ces JO s'inscrivent dans une perspective de développement durable du territoire et qu'ils n'empêchent pas le financement de futurs équipements indispensables pour la population", poursuit-il.
Les "dérives du gigantisme" sont d’ores et déjà exclues. Le financement est estimé à 6 milliards d’euros, incluant l'organisation de l’événement et la construction des infrastructures. Une évaluation bien en-deçà des éditions précédentes et qui pourrait même être moins élevée, selon Patrick Braouezec : "Ce budget peut être tenu, voire revu à la baisse, s'il est dynamique et qu'il prévoit l'après. Ce sont des investissements à long terme pour des projets que, in fine, les villes, les agglomérations, les régions et l'État auraient financé".
Cet élu historique, maire communiste de Saint-Denis de 1991 à 2004, envisage les JO non comme un poids, mais comme un accélérateur de projets qui profitera au territoire et à sa population. "Pour nous, c'est l'assurance que les transports du Grand Paris seront réalisés dans les temps et que d'autres projets seront financés", explique-t-il, insistant sur la nécessaire reconversion des infrastructures. "Le village olympique imaginé à Pleyel est envisagé dans sa finalité à long terme et il intègre déjà sa transformation en bureaux, logements, équipements culturels, etc…".
"C'est une nouvelle chance pour la Seine-St-Denis, comme l'avait été à l'époque le Stade de France, qui a été un véritable déclic", ajoute celui qui dit avoir déjà reçu l’approbation de dizaines de Dionysiens, lors d'une consultation publique sur les JO, organisée la semaine dernière dans le quartier Pleyel. Mais pour l'instant, le feu vert attendu est celui du Conseil de Paris, qui votera la candidature de la ville le 15 avril.