
En perte de vitesse, Mattel espère relancer sa poupée phare avec une Barbie à reconnaissance vocale qui enregistre les goûts des enfants. Mais ce modèle inquiète la presse allemande, qui se demande si ce n'est pas une atteinte à la vie privée.
La nouvelle poupée de Mattel s'appelle Barbie Hello, mais elle a déjà un surnom : "Barbie IM". C’est ainsi que le magazine allemand "Stern" a choisi de la baptiser en référence aux informateurs de la Stasi, la police est-allemande, les "Inoffizieller Mitarbeiter". Pour l'hebdomadaire, ce jouet a en effet des relents d’espionnage.
Cette Barbie nouvelle génération a la particularité d’être équipée d'un système de reconnaissance vocale. La plus célèbre poupée au monde discute avec l’enfant et interagit avec lui : "Pour que cela fonctionne, elle enregistre en permanence l'ensemble des sons émis dans son environnement. Si elle reconnaît que quelqu'un est en train de parler, la poupée enregistre ce qui est dit et le transmet à un serveur Mattel. La langue est analysée là-bas et une réponse adéquate est générée", décrit "Stern".
La présentation de "Hello Barbie" (en anglais)
Ce qui pose toutefois problème selon l'hebdomadaire, c’est l'utilisation qui est faite ensuite de ces données. La poupée connectée est capable d’établir un profil de son utilisateur : "Comme si l'idée d'une Barbie IM n'était pas suffisamment inquiétante, Mattel veut également enregistrer les goûts des enfants. Cela sert prétendument à donner des réponses adéquates. On imagine aisément la valeur que représente pour un fabricant de jouets une base de données qui recense les goûts des enfants. Peut-être que ce n'est qu'une question de temps pour que Hello Barbie ne commence à demander un cheval ou une voiture".
Barbie Hello est destiné au marché américain et non allemand, mais cette mauvaise publicité ne risque pas de faire les affaires du géant Mattel. Depuis plusieurs années, sa poupée, créée en 1959, n’est plus la numéro un dans le cœur des petites filles. De nouveaux jouets comme les Bratz, ses principales concurrentes, sont arrivés en nombre dans les rayons des supermarchés.
La poupée en plastique a aussi été l'objet de nombreuses controverses par le passé, très souvent accusés de véhiculer des valeurs sexistes. En 1992, la "Teen Talk Barbie", déjà parlante, avait été pointée du doigt car elle incitait surtout à faire du shopping et prononçait la phrase suivante : "Math class is tough!" ("Les math, c'est dur !"). En 2010, Barbie Video Girl, équipée d’une caméra et d’un écran, avait aussi suscité l’inquiétude des autorités qui craignait que les images ne soient détournées par des pédophiles.