
La proposition de loi pour la reconnaissance d'un État palestinien, qui devrait être adoptée mardi par l'Assemblée nationale, divise la classe politique française toute entière, soulevant le débat au sein même des partis.
Le vote a beau être symbolique, il n'en est pas moins un sujet de discorde dans la classe politique française. L’appel à reconnaître l’État de Palestine, résolution non contraignante débattue vendredi à l’Assemblée et qui doit être adoptée mardi 2 décembre, reflète l'extrême sensibilité du sujet en France, où vit une communauté juive comptant 500 à 600 000 membres.
Soutenue "avec enthousiasme" par une majorité de socialistes, les Verts et le Front de gauche, le texte, qui a été déposé le 20 novembre à l’Assemblée, est rejeté par l’UMP et le FN. En surface du moins. Car dans les détails, le vote divise au sein même des familles politiques.
Le PS défend quasi unanimement "un vote pour la paix"
Côté PS, l’initiatrice du vote et présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Elisabeth Guigou, y voit un "geste pour la paix". "Face à l'escalade préoccupante de la violence et du terrorisme, il ne faut pas perdre de vue l'horizon de la paix", avec ce vote qui est "un acte fort", soutient également Bruno Le Roux, président du groupe socialiste.
Les députés socialistes n'ont, sur ce point, pas besoin de convaincre le gouvernement et le président de la République, qui soutiennent la solution des deux États au Proche-Orient. François Hollande, encore candidat, avait promis de reconnaître la Palestine indépendante. Devant les députés, Laurent Fabius a de son côté de nouveau répété que "la France reconnaîtra[it] l'État palestinien", sans cependant s'engager sur un délai.
itLes élus les plus proches d’Israël, eux, ne souscrivent pas. Dix députés sur 289 n’ont pas signé le texte. Parmi eux, l'Alsacien Armand Jung, président du groupe d'amitié France-Israël, ou François Pupponi, député maire de Sarcelles, où vit une importante communauté juive. "Notre fonction n'est pas de mettre de l'huile sur le feu. Je me demande s'il ne faut pas avoir un peu de mesure, un peu de retenue et si on ne ferait pas mieux de reporter ce débat par prudence et par esprit de responsabilité", a affirmé Armand Jung au "Journal du Dimanche".
L’UMP majoritairement contre une "reconnaissance unilatérale"
Les députés UMP ont d'ores et déjà annoncé la couleur. Reste à savoir s’ils choisiront la non-participation ou le vote contre. Certains ont déjà exprimé clairement leur opposition, comme Hervé Mariton, Thierry Mariani, Christian Estrosi, ou encore Laurent Wauquiez, qui a annoncé qu’il voterait contre : "Je n’aime pas ces résolutions qui n’ont aucun impact […] Je trouve aussi que le moment est très mal venu ; on est à peine 15 jours après un attentat très meurtrier à Jérusalem", a-t-il affirmé mardi sur I>Télé.
itEn meeting à Boulogne-Billancourt, mardi soir, Nicolas Sarkozy, depuis élu président de l'UMP, avait "demandé à ses amis de voter contre" cette résolution : "Je me battrai pour que les Palestiniens aient leur État. Mais une reconnaissance unilatérale après un attentat meurtrier, et alors qu'il n'y a aucun processus de paix, non !", avait-t-il affirmé.
Certains membres de l'UMP ont néanmoins rallié la position de la majorité, comme l’élu du Val d’Oise, Axel Poniatowski, qui a soutenu vendredi la résolution socialiste, emportant les applaudissements des députés de gauche. Le député des Yvelines Jacques Myard a de son côté rappelé que 135 États ont déjà reconnu l'État palestinien, et considère qu'il faut "donner un coup de pouce aux chances de paix face à une situation bloquée". Plus mitigé, le député de Paris Pierre Lellouche s’est dit "dérangé par le côté partisan" de ce vote tout en redoutant la réaction de l’État hébreu. "Une telle reconnaissance ne fera que radicaliser un peu plus la position israélienne", a-t-il dénoncé.
Au FN, Collard, l'électron libre, déroge à la ligne officielle
Du côté du Front national, si la ligne officielle du parti est la reconnaissance d’un État palestinien, la question divise historiquement. Marion Maréchal Le Pen, députée du Vaucluse avait d’abord annoncé mardi, sur BFM TV, qu'elle voterait la résolution avant de se raviser, selon France Inter, et de prôner l’abstention, suivant sur ce point la ligne officielle.
Plus électron libre, Gilbert Collard, député sans étiquette mais apparenté FN et membre du Rassemblement Bleu Marine, ne s’est pas aligné. Vendredi 28 novembre à l’Assemblée, il s’est lancé dans un plaidoyer de cinq minutes contre le vote. "Cette résolution, a-t-il plaidé, va créer de graves tensions dans le pays. Elle est irrecevable, irréaliste et n'a pour but que de vous fournir l'orthopédie de combats idéologiques qui aujourd'hui vous font défaut, pour reconquérir les banlieues qui vous rejettent", a-t-il déclaré.
Gilbert Collard à l'Assemblée: "Cette résolution va créer de graves tensions dans le pays"
Au centre, pas de vague. Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, a annoncé mardi qu'il ne voterait pas la résolution sur la Palestine, préférant une position européenne commune à ce qu'il qualifie d'"opération électoraliste" : "Pour moi, c'est la position traditionnelle de la France, les Palestiniens ont droit à un État mais cet État doit reconnaître la sécurité d'Israël", a-t-il dit. Il voterait "oui" à cette résolution au niveau européen, alors que le vote français, "pardon, c'est une opération électoraliste".
À gauche de la gauche, on vote "pour"
Les communistes et les Verts, eux, sont quasi unanimes. Ils réclament depuis longtemps la reconnaissance d’un l'État palestinien dans les frontières de 1967. Les députés du Front de Gauche voteront la résolution socialiste car ils "ne peuvent que souscrire à cet appel salutaire à la raison et à la justice qui, malheureusement, n'a jusqu'ici jamais été entendu par le gouvernement français", ont-il expliqué dans un communiqué.
Coprésident du groupe des Verts, François de Rugy se dit "favorable à deux États vivant en paix, en sécurité et en liberté". Et François Asensi (PCF) défend" le droit inaliénable du peuple palestinien à disposer de son propre État".