Plus de 36 millions d’électeurs votent en Ukraine pour choisir un nouveau président. Dans l'est du pays cependant, peu de bureaux de vote ont ouvert leurs portes. Un journaliste italien a par ailleurs été tué près de Sloviansk.
Les Ukrainiens ont commencé à voter, dimanche 25 mai, pour élire un président qui devra à la fois mettre fin à l'insurrection séparatiste prorusse dans l'Est, et normaliser les relations avec une Russie dont le retour sur le devant la scène a tourné à la confrontation avec les Occidentaux.
Mais dans l'Est séparatiste, où les insurgés avaient prévenu qu'ils feraient tout pour empêcher le scrutin de se tenir, peu de bureaux de vote étaient ouverts dimanche matin.
Plus de 36 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans tout le pays, de la nationaliste Lviv, à l'Ouest, à l'ancienne capitale Kharkiv et à Odessa, sur les bords de la Mer Noire, tout comme à Kiev, la capitale.
Mais dans le bastion rebelle de Donetsk, les rues étaient vides et la plupart des bureaux de vote sont restés portes closes.
"L'Ukraine est maintenant un autre pays, donc je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre part à cette élection", a déclaré à l'AFP Elisabeta, dans le centre de Donetsk. "Peu importe le résultat, cela ne nous concerne plus aujourd'hui.
A l'ouest de Donetsk, dans la ville de Dobropillia, un journaliste de l'AFP a vu un seul bureau de vote ouvert.
Le milliardaire pro-occidental Porochenko favori
Petro Porochenko, un milliardaire pro-occidental, est le grand favori du scrutin avec plus de 44% des intentions de vote, après une campagne sans éclat où il a assuré le service minimum.
Le milliardaire, qui promet de gérer l'Ukraine comme il gère sa très prospère entreprise de fabrication de chocolats Roshen, n'est cependant pas assuré d'être élu au premier tour. Il devra peut-être patienter jusqu'à un possible second tour, le 15 juin.
itIoulia Timochenko, l'égérie de la révolution pro-occidentale de 2004, qui prône un référendum sur une adhésion à l'Otan, et le prorusse Serguiï Tiguipko, qui promet une normalisation des relations économiques avec la Russie, sont ses principaux rivaux. Tous deux rêvent d'un second tour où les cartes seraient rebattues.
Jusqu'à la veille du scrutin, le gouvernement provisoire, né sur les barricades du Maïdan, théâtre du mouvement de contestation qui a chassé du pouvoir le président prorusse Viktor Ianoukovitch fin février, s'est mobilisé pour convaincre les Ukrainiens de l'importance d’élire un président "légitime".
Le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a ainsi appelé les électeurs à se rendre massivement aux urnes pour "défendre l'Ukraine". "Ce sera l'expression de la volonté des Ukrainiens de l'Ouest, de l'Est, du Nord et du Sud", a-t-il ajouté.
Vendredi 23 mai, le président russe Vladimir Poutine, avait esquissé un geste d'apaisement en annonçant qu'il respecterait le "choix du peuple ukrainien" et travaillerait avec le nouveau président.
Les violences dans l’Est continuent
La fin de la campagne a été marquée par la recrudescence de combats dans la région de Donetsk, dans l’est du pays, où 26 personnes, en majorité des soldats ukrainiens, ont péri dans des affrontements entre séparatistes et forces loyales à Kiev. La ville de Sloviansk, bastion des insurgés armés prorusses, connait également des combats quotidiens.
itDans les régions de Donetsk et de Lougansk, qui ont proclamé leur souveraineté après un référendum controversé, le scrutin a peu de chances de se dérouler normalement. Les électeurs ont peur d'aller voter, certaines commissions électorales locales sont sous le contrôle des séparatistes, et les urnes et les bulletins de vote ne sont pas toujours arrivés jusqu'aux bureaux de vote.
Dans une école du centre de Donetsk par exemple, il n’y a pas d’urne. "Nous accueillons d'habitude les élections, mais cette fois il semblerait qu'il n'y aura rien", regrette Olga, chargée de ce bureau de vote.
Samedi, les autorités avaient indiqué qu'elles tenteraient d'acheminer par blindés et hélicoptères, de nuit, les bulletins et les urnes jusqu'aux bureaux de vote de l'Est. Au total, Kiev a mobilisé 55 000 policiers et 20 000 volontaires pour assurer la sécurité du scrutin.
Les premiers résultats officiels sont attendus à partir de 21h GMT. Dès la fermeture des bureaux de vote, à 17h GMT, une tendance sera donnée par des sondages sortie des urnes.
Par ailleurs, le ministère des Affaires étrangères italien a annoncé dimanche qu'un journaliste avait perdu la vie près de Sloviansk. Le photographe Andrea Rocchelli, 30 ans, surnommé "Andy" et membre fondateur du collectif Cesura, aurait été tué par des obus de mortier samedi 24 mai.
Avec AFP