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Le Liban freine l'afflux de réfugiés palestiniens de Syrie

Le Liban a pris officiellement, jeudi, des mesures compliquant sérieusement l'entrée sur son territoire des réfugiés palestiniens de Syrie. Le pays compte 1,5 million de réfugiés (syriens et palestiniens) sur son sol.

Confronté à un afflux massif de ressortissants syriens depuis le début de la révolte contre le président Bachar al-Assad, au point d’en accueillir près d’un million sur son territoire, le Liban a décidé de sévir contre les Palestiniens de Syrie.

Le 8 mai, Beyrouth a en effet pris une série de mesures drastiques afin de limiter l’entrée sur le territoire libanais de réfugiés palestiniens de Syrie. Dorénavant, les autorités ne délivreront plus de visa à la frontière syro-libanaise et la prolongation des visas de ceux qui se trouvent déjà au Liban ne sera plus automatique.
Règles drastiques
Dans un communiqué sur sa page Facebook, le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, a en effet indiqué que les Palestiniens de Syrie devront faire une demande à l'ambassade du Liban à Damas et obtenir le visa de la Sûreté générale. Seuls peuvent entrer sur le territoire ceux munis d'une carte de séjour en règle. Ces mesures, a précisé le ministre, visent à empêcher des dérives.
Jusqu'à présent, les Palestiniens de Syrie pouvaient obtenir à la frontière un visa de deux semaines, prolongé ensuite de mois en mois. Nohad Machnouk a précisé que les Palestiniens de Syrie peuvent obtenir un visa de passage de 24 heures en arrivant à l'aéroport de Beyrouth s'ils ont quitté le territoire par cet aéroport ou s'ils possèdent une carte de séjour d'un pays arabe et veulent entrer en Syrie par le Liban. En outre, indique le ministre, ceux qui veulent partir de l'aéroport de Beyrouth doivent disposer d'un billet et d'un visa pour les pays où ils entendent se rendre.
"Les Libanais ont peur que les Palestiniens s'installent au Liban de manière permanente (…). Les pays, que ce soit le Liban, la Syrie ou la Jordanie, ont peur d'augmenter le nombre de Palestiniens sur leur territoire. Mais tout cela ne peut pas justifier ces mesures (…) qui vont à l'encontre des obligations internationales de l'État libanais (…)", a expliqué à RFI Nadim Houry, directeur adjoint de la section Moyen-Orient de Human Rights Watch à Beyrouth.
Sur les quelque 500 000 Palestiniens qui vivaient en Syrie, 70 % d'entre eux sont, depuis le début du conflit, devenus des déplacés ou des réfugiés. Sur les 75 000 Palestiniens de Syrie ayant quitté ce pays, 53 000 se sont réfugiés au Liban, qui compte déjà douze camps de réfugiés palestiniens accueillant près de 420 000 personnes, dont une grande partie est installée dans le pays depuis la création de l'État d'Israël en 1948.
Refoulés vers la Syrie
La décision du ministre de l’Intérieur, de clarifier la réglementation libanaise, intervient après les protestations d’une agence de l’ONU et de Human Rights Watch (HRW), qui ont dénoncé, en début de semaine, le refoulement par le Liban d’ une quarantaine de Palestiniens fuyant la guerre en Syrie. Arrêtés le week-end dernier à l’aéroport de Beyrouth, et accusés par les autorités aéroportuaires d’avoir utilisé de faux papiers,  ils ont été renvoyés vers la Syrie.
HRW a notamment accusé le Liban de refuser "de manière arbitraire" l'entrée aux Palestiniens et de violer la loi internationale en renvoyant les civils dans une zone de conflit. Consciente des difficultés rencontrées par Beyrouth, l’ONG a toutefois appelé les gouvernements étrangers à fournir une meilleure assistance au Liban face à la crise des réfugiés.
Le Liban, petit pays d’un peu plus de 10 000 km2 et de quelque 4 millions d'habitants, compte désormais la plus importante concentration de réfugiés de toute l'histoire récente, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés.
Avec AFP