Au lendemain d’élections municipales catastrophiques pour le Parti socialiste, le président François Hollande a nommé Manuel Valls au poste de Premier ministre. Un choix qui divise la gauche.
L’ambitieux et populaire Manuel Valls poursuit son ascension politique, au risque de faire imploser la gauche. L’ancien ministre de l’Intérieur, à qui l’on prête régulièrement des airs de "Sarkozy de gauche", remplace Jean-Marc Ayrault à la tête d’un gouvernement remanié.
Cet ancien rocardien, qui incarne la gauche libérale et sécuritaire, fait pencher la balance à droite, au grand mécontentement de certains membres du gouvernement. Avant même cette nommination officielle, les deux ministres écologistes, Cécile Duflot et Pascal Canfin, avaient déjà annoncé qu’ils ne rejoindraient pas le gouvernement de Manuel Valls. Ils estimaient que "les idées portées par le nouveau Premier ministre ne constituaient pas la réponse adéquate aux problèmes des Français".
La nomination de ce dernier a aussi déclenché des réactions très diverses au sein de son parti. Elle été accueillie avec mécontentement par l’aile gauche du PS. "C'est plus que surprenant de prendre celui qui est le plus à droite au PS, qui n'a fait que 5 % dans le débat interne [de la primaire de 2011, NDLR], qui était contre les 35 heures, qui était pour la TVA sociale, comme réponse au fait que le peuple de gauche ait contesté la politique libérale de François Hollande", a ainsi estimé la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann.
Matignon laisse "fuiter"
Du côté des proches de François Hollande, plusieurs figures du parti se sont en revanche déclarés satisfaits de l’arrivée à Matignon de Manuel Valls. Le maire de Dijon François Rebsamen a loué "un professionnel" qui "fait les choses de manière sérieuse". "Il a beaucoup de qualités, il mettra en oeuvre la politique décidée par le président de la République", a-t-il ajouté.
La nouvelle, attendue depuis la déroute du Parti socialiste aux élections municipales, a été annoncée officiellement par le président François Hollande, lors d’une allocution télévisée donnée lundi 31 mars au soir depuis le palais de l’Élysée. Contrairement à la tradition, la démission d’Ayrault a été "fuitée" par Matignon quelques heures avant l’annonce du chef de l’État.
Volonté de partir sur un coup d’éclat ou ultime couac d’un Premier ministre à bout de souffle ? Toujours est-il que Jean-Marc Ayrault restera comme l’un des chefs de gouvernement les moins populaires de la Ve République et que son passage à Matignon n’aura finalement pas coïncidé avec une l’inversion tant attendue de la courbe du chômage.
À 51 ans, Manuel Valls devient le deuxième Premier ministre de François Hollande. Il devrait prendre la tête d’un gouvernement resserré, avec pour mission de remonter la côte de l’exécutif lors de la seconde partie du quinquennat, via la grande réforme portée par l’Élysée : le pacte de responsabilité.