
Une Soudanaise déplacée d'El-Facher assise devant sa tente au camp d'El-Afadh, récemment établi à Al Dabbah, dans le nord du Soudan, le 16 novembre 2025. © Marwan Ali, AP
La mission indépendante d'établissement des faits de l'ONU sur le Soudan a fait état jeudi 19 février d'"actes de génocide" à El-Facher, théâtre de nombreuses exactions après sa prise par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), fin octobre dernier.
"Alors que le conflit s'est étendu à la région du Kordofan, la protection urgente des civils est plus que jamais nécessaire", a averti Joy Ngozi Ezeilo, experte de la mission.
Depuis la chute d'El-Facher, dans le Darfour, le Kordofan voisin, vaste région fertile et riche en pétrole au sud de Khartoum, est devenu le front le plus disputé du conflit qui oppose depuis avril 2023 l'armée régulière aux FSR, avec récemment une intensification des frappes de drones.
Lundi, une frappe sur un camp de déplacés de l'ouest du Kordofan, a tué au moins 15 enfants et en a blessé dix autres, a annoncé mercredi soir l'Unicef, sans attribuer l'attaque.
Jeudi, une autre frappe a fait un mort dans la ville de Kourmouk, à la frontière avec l'Éthiopie, selon une source gouvernementale pro-armée qui a accusé les FSR. Une frappe sur un marché du Kordofan-Nord avait fait au moins 28 morts dimanche.
Dans un rapport intitulé "Caractéristiques du génocide à El-Facher", la mission de l'ONU a établi que "l'intention génocidaire est la seule conclusion raisonnable que l'on puisse tirer des agissements systématiques des FSR" dans cette ville du Darfour, région de l'ouest du Soudan déjà ensanglantée dans les années 2000.
Ces actes sont "caractérisés par des meurtres ciblés sur des critères ethniques, des violences sexuelles, des destructions et des déclarations publiques appelant explicitement à l'élimination des communautés non arabes, en particulier les Zaghawa et les Four", détaille un communiqué accompagnant le rapport.
Les atrocités documentées par la mission "sont véritablement horribles", a réagi la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, qui entend mentionner le rapport jeudi lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur le Soudan.
Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a récemment estimé qu'au cours des trois premiers jours de l'offensive des FSR, au moins 6 000 personnes avaient été tuées, 4 400 à l'intérieur de la ville et plus de 1 600 tandis qu'elles fuyaient.
Mi-novembre, à l'issue d'une session extraordinaire, le Conseil des droits de l'homme avait ordonné une enquête de la mission indépendante d'établissement des faits de l'ONU sur le Soudan.
Selon ses conclusions, "au moins trois actes constitutifs de génocide ont été commis".
Ces actes comprennent "le meurtre de membres d'un groupe ethnique protégé ; le fait de causer des atteintes graves à l'intégrité physique et mentale ; et le fait d'imposer délibérément des conditions d'existence destinées à entraîner la destruction physique totale ou partielle du groupe".
"Horreur absolue"
"L'ampleur, la coordination et le soutien public apporté à l'opération par les hauts responsables des FSR démontrent que les crimes commis à El-Facher et dans ses environs n'étaient pas des exactions de guerre isolées", a déclaré Mohamad Chande Othman, président de la mission, cité dans le communiqué.
Avant la prise de contrôle d'El-Facher, les 18 mois de siège ont "systématiquement affaibli la population ciblée par la famine, les privations, les traumatismes et l'enfermement", la laissant "sans défense face à l'extrême violence qui a suivi", rappelle la mission.
Au début de l'offensive des FSR, des milliers de personnes ont été "tuées, violées ou ont disparu au cours de trois jours d'horreur absolue".
Le rapport documente notamment "des massacres, des viols généralisés, des violences sexuelles, des actes de torture (...) et des disparitions forcées" lors de la prise de la ville.
Selon la mission, les combattants des FSR "ont ouvertement déclaré leur intention de cibler et d'éliminer les communautés non arabes".
Son rapport prévient qu'"en l'absence de mesures efficaces de prévention et de responsabilisation (...) le risque de nouveaux actes de génocide demeure grave et persistant".
"Lorsqu'il existe des preuves de génocide, la communauté internationale a une obligation accrue de prévenir, de protéger et de veiller à ce que justice soit faite", a insisté Mohamad Chande Othman.
Près de trois ans de guerre ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déraciné plus de 11 millions de personnes au Soudan, provoquant la "pire crise humanitaire au monde" selon l'ONU.
Avec AFP
