Des milliers de partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi se sont rassemblés ce jeudi au Caire pour fêter l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan, défiant le gouvernement intérimaire qui appelle les manifestants à se disperser.
Les festivités de l'Aïd el-Fitr, la fête de la fin du ramadan, sont placées sous haute tension au Caire ce jeudi 8 août. Alors que les Frères musulmans incitent les partisans du président déchu Mohamed Morsi à occuper la rue, le gouvernement intérimaire appelle, lui, les manifestants à se disperser au plus vite, faisant redouter un nouvel épisode sanglant.
Sous une nuée de ballons, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont participé à la grande prière de l'aube qui marque officiellement la fin du mois de jeûne sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda de la capitale égyptienne, occupées depuis la destitution de Mohamed Morsi par l'armée le 3 juillet.
Le gouvernement a menacé mercredi 7 août de disperser les manifestants par la force, affirmant s'être retenu jusqu'alors en raison du "caractère sacré du ramadan". Les autorités se sont également abstenues d'intervenir jusqu'à présent par crainte de voir Mohamed El Baradeï démissionner de son poste de vice-président le cas échéant, ce qui priverait le nouveau pouvoir mis en place par l'armée d'une importante caution libérale, rapporte une source militaire.
Dans le pays profondément divisé où des violences en marge de manifestations rivales ont fait plus de 250 morts - en majorité des pro-Morsi - depuis la fin juin, le journal gouvernemental "Al-Goumhouriya" titrait ce jeudi "Dernier avertissement" et "L'heure de la bataille se rapproche".
Échec des médiations étrangères
À l'issue d'un ballet diplomatique ininterrompu qui a vu se succéder au Caire des émissaires européens, américains, africains et arabes, la présidence par intérim installée par l'armée a décrété que les discussions avaient été un échec. Washington a appelé mercredi une nouvelle fois les Égyptiens à faire des compromis afin de sortir de l'impasse.
La présidence a tenu les Frères musulmans pour responsables de cet échec et prévenu qu'ils devraient assumer "les conséquences à venir de leurs violations des lois et de leur mise en danger de la sécurité publique".
Les chefs des diplomaties américaine et européenne, John Kerry et Catherine Ashton, ont toutefois répliqué que le gouvernement avait "une responsabilité particulière pour lancer le processus" démocratique, disant redouter "le risque de davantage d'effusion de sang et de bipolarisation", qui entraverait la reprise économique essentielle à la transition.
"Un État policier"
Les islamistes continuent pour leur part de dénoncer un coup d'État contre le premier président démocratiquement élu du pays et de manifester contre un "État policier" qui a arrêté nombre de leurs dirigeants, dont Mohamed Morsi, toujours détenu au secret par l'armée.
Depuis les manifestations monstres du 30 juin réclamant le départ de l'ancien président Morsi, qui ont permis à l'armée de justifier son coup de force, la presse quasi-unanime et une grande partie de la population accusent les manifestants pro-Morsi de "terrorisme" et appellent à leur dispersion pour relancer la transition.
Selon les autorités, cette transition ne devrait pas excéder neuf mois, durant lesquels une nouvelle Constitution doit être adoptée avant des élections début 2014, conformément à la feuille de route édictée par l'armée avec la caution de figures religieuses et politiques.
Parmi elles, Ahmed Al-Tayeb, le grand imam d'al-Azhar, principale autorité sunnite d'Égypte, a réclamé mercredi soir aux autorités une réunion extraordinaire de sortie de crise après l'Aïd el-Fitr.
Avec dépêches