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Les responsables du putsch de 1980 n’expriment aucun remord

Jugés pour leurs responsabilités dans le coup d’État de septembre 1980, les deux ex-généraux de l’armée turque, Kenan Evren et Tahsin Sahinkaya, ont estimé n’avoir commis aucun crime. Affaiblis par la maladie, les vieillards risquent la perpétuité.

C’est l’un des procès les plus attendus de l’histoire de la Turquie moderne. Les deux derniers généraux encore en vie à l'origine du putsch sanglant de 1980 se sont défendus mercredi 21 novembre pour la première fois devant la justice de leur pays.

Premier des deux à prendre la parole, le commandant de l’aviation de l’époque, Tahsin Sahinkaya, 86 ans, a lu une note dans laquelle il a assumé sobrement et sans exprimer de contrition, sa participation au putsch. "Les forces armées turques ont accompli le 12 septembre 1980 leur devoir envers le peuple. Nous avons fait la meilleure chose possible à l'époque", a-t-il déclaré, précisant qu’il avait agi par "devoir constitutionnel".

Du côté du chef d'état-major du coup d’État, Kenan Evren, le discours est sensiblement le même. L’homme fort de l’opération, aujourd’hui âgé de 94 ans, a estimé que l'intervention du 12 septembre 1980 "ne constituait pas un crime". Et d’ajouter : "Je n'ai pas de remords (...) Nous avons fait ce qui était juste à l'époque. Si c'était à refaire aujourd'hui, je ferais la même chose."

Les deux ex-généraux ont également fait comprendre que la cour d’Assises d’Anlaka n’était pas compétente pour les juger. "Je ne suis pas un accusé. Mon devoir consiste simplement à assister cette cour [dans ses fonctions]. Seule l'Histoire peut me juger", a affirmé Kenan Evren. Tous deux ont refusé de répondre aux questions des juges et de la partie civile. L'audience a été ajournée à jeudi.

Interrogés par vidéoconférence

Entourés de leur avocat et d’une assistance médicale, c’est depuis leur lit d’hôpital que les deux accusés, qui risquent la prison à vie, ont été entendus. Un système de vidéoconférence a permis de découvrir les visages fatigués de ces deux vieillards malades, dont le procès s’est ouvert le 4 avril dernier. Leur comparution constitue une grande première dans l'histoire de la Turquie.

Le putsch de 1980 fut le plus sanglant mené par l'armée turque. Dans les semaines et les mois qui l'ont suivi, cinquante personnes ont été exécutées, 600 000 arrêtées et des dizaines ont succombé sous la torture.

Les auteurs du coup d'Etat de 1980 ont longtemps été protégés par une immunité qui n'a été levée qu'en 2010 lors d'une révision constitutionnelle amorcée par le gouvernement islamo-conservateur du Parti de la justice et du développement (AKP).

Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, l'AKP a engagé un bras de fer avec l'armée. À force de purges et de procédures judiciaires contre des complots présumés, le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est parvenu à limiter considérablement l'influence politique des militaires.

FRANCE 24 avec dépêches

Tags: Turquie, Justice,