Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a été reçu mercredi par le président français François Hollande. De la crise syrienne qui menace de s'étendre au Liban aux appels de l'opposition à sa démission, il répond aux questions de FRANCE 24.
Premier ministre d’un Liban profondément divisé au sujet de la crise syrienne, entre partisans majoritairement chiites et adversaires sunnites du président Bachar al-Assad, Najib Mikati fait le dos rond. Il refuse de démissionner comme le lui demande depuis plus d’un mois l'opposition anti-syrienne libanaise. Celle-ci reproche à cette importante figure politique sunnite, ami intime du président Bachar al-Assad, de faire preuve de complaisance à l'égard du parti chiite Hezbollah qui occupe une place prépondérante dans le gouvernement actuel. Najib Mikati a été appelé plusieurs fois à démissionner, notamment après l’assassinat du général Wissam al-Hassan, le 19 octobre à Beyrouth, imputé par l’opposition à Damas. En visite officielle à Paris, il a accepté de répondre aux questions de FRANCE 24.
FRANCE 24 : Votre gouvernement a-t-il obtenu le soutien de la France concernant sa politique de distanciation à l’égard de la crise en Syrie ?
Najib Mikati : La politique de distanciation, pour laquelle nous avons opté vu la situation dans la région en général et en Syrie en particulier, a toujours bénéficié d’un appui international total. Nous avons même été encouragés à poursuivre une telle politique, car elle a fait ses preuves. Notre unique objectif est de sauvegarder la paix civile dans notre pays. Tant que le Liban restera neutre, il sera à l’abri d’un débordement de la crise syrienne.
L’opposition n’a de cesse de demander votre démission et celle de votre gouvernement. Avez-vous, là aussi, obtenu le soutien de la France ?
N.M : Nous n’avons pas abordé ce sujet avec les autorités françaises car nous n’avons pas discuté de questions politiques internes. Le changement de Premier ministre ou un éventuel remaniement sont des points à régler entre Libanais. Toutefois, j’ai toujours dit que les gouvernements ne sont pas éternels. Je ne suis pas accroché au poste de Premier ministre, je suis prêt à démissionner à tout instant, à condition que la stabilité du pays soit préservée et qu’un accord intervienne avec l’opposition. Ma main est toujours tendue à l’opposition, je suis prêt au dialogue, car mon seul but est la sauvegarde de la stabilité du pays.
Outre la crise syrienne, craignez-vous que le conflit en cours à Gaza puisse s’étendre au Liban ? Deux roquettes ont été tirées mercredi soir du sud du Liban en direction d'Israël, selon la sécurité libanaise...
N.M : Premièrement, je souhaite que le sang des innocents cesse de couler à Gaza et que les agressions israéliennes sur ce territoire soient stoppées. La question palestinienne est la question mère de cette région. Je pense qu’il est grand temps de se pencher sérieusement sur le dossier du conflit israélo-arabe. En général, du côté des États-Unis, le second mandat d’un président démocrate est propice pour débloquer les choses et avancer sur le chemin de la paix au Moyen-Orient. En ce qui concerne le Liban, il n’est dans l’intérêt de personne, notamment dans le sud, d’exposer ce pays au danger ou de le déstabiliser. Et nul n’a intérêt à provoquer Israël, vu la situation actuelle.
Ou en est l’enquête sur l’assassinat du général Wissam al-Hassan, imputé par l’opposition à la Syrie ?
N.M : L’enquête est toujours en cours, nous attendons ses résultats. Ce qui rend les accusations contre la Syrie prématurées. J’ai dit moi-même que cet assassinat pourrait être lié à l’affaire Samaha [l’ancien ministre Michel Samaha, proche de Bachar al-Assad, est accusé d’avoir fomenté des attentats dans le nord du Liban à la demande du régime syrien, NDLR], mais je ne peux le confirmer tant que la justice libanaise ne s’est pas prononcée sur les résultats de l’enquête.
Les Occidentaux s’inquiètent ces derniers temps d’une poussée de fièvre salafiste dans la région. Le Liban est-il à l’abri de ce phénomène ?
N.M : Je pense que cette question est exagérée, plus qu’il ne le faut. Il y a en effet des groupes salafistes, mais tant qu’ils sont apolitiques et uniquement religieux, je ne pense pas qu’il faille les craindre. Par contre, si la religion est utilisée à des fins militaires, alors oui, cela devient problématique et inadmissible. Que ce soit le gouvernement, l’armée libanaise, les services de renseignements ou les services de sécurité, cette question est suivie de près, notamment dans le nord du pays.