
À l'occasion de sa première visite en Nouvelle-Calédonie, une collectivité d'outre-mer en proie à de vives tensions entre indépendantistes kanaks et partisans du maintien de l'île dans la République française, le président a appelé "au compromis".
AFP - Le président Nicolas Sarkozy a appelé vendredi au "compromis" pour apaiser les tensions en Nouvelle-Calédonie, au premier jour de la visite qu'il effectue, de vendredi à dimanche, sur cet archipel en cours de décolonisation.
Le chef de l'Etat est arrivé vendredi matin en Nouvelle-Calédonie, en provenance de Pékin, pour une visite de deux jours et demi dans cet archipel, en proie à des tensions politiques et sociales.
Le 6 août, un conflit sur le prix des billets d'avion a dégénéré sur l'île de Maré (environ 200 km à l'est de Nouméa) en affrontements qui se sont soldés par la mort de quatre jeunes Kanaks, tandis que trente autres étaient blessés.
C'est la première fois que M. Sarkozy se rend dans ce territoire d'outre-mer, celui qui l'avait le mieux élu en 2007 (62,8%). Il était venu à deux reprises en tant que responsable du RPR (un des ancêtres de l'UMP). Le président doit ouvrir samedi soir les XIVè Jeux du Pacifique.
"Je reste convaincu, qu'y compris dans le camp des indépendantistes que je respecte, il y a un attachement, aussi, pour la France, pour l'histoire commune" et qu'"il y a même de l'inquiétude à l'idée qu'on se sépare (...) mais réfléchissons, il va bien falloir faire des compromis", a lancé M. Sarkozy aux élus calédoniens, lors d'une table ronde au Haut-Commissariat à Nouméa.
En vertu de l'accord de Nouméa, signé en 1998, un referendum d'autodétermination doit être organisé entre 2014 et 2018. Pour éviter ce vote couperet, la droite non indépendantiste et les indépendantistes kanaks réfléchissent à l'élaboration d'un statut consensuel.
"Des deux côtés, il y a eu un travail de remise en cause des fondamentaux qui s'est engagé", s'est félicité le président. "Vous avez mis du pragmatisme dans vos idées", a-t-il ajouté.
Dans cette logique, le leader indépendantiste Paul Neaoutyine, président de la province nord, a admis qu'il fallait "construire un avenir solidaire" tandis que le député UMP Pierre Frogier a appelé à "construire, ensemble, alors que nos aspirations ne sont pas les mêmes".
Par ailleurs, le président du sénat coutumier, le Kanak Pascal Sihazé, a lancé au président de la République : "n'ayez pas peur des Kanaks". Nicolas Sarkozy lui a immédiatement répondu : "n'ayez pas peur de la République française".
Le président Sarkozy a insisté sur "l'impasse" que représente à ses yeux, la violence. Il a ainsi sévèrement condamné les événements de Maré, en appelant "très solennellement, les autorités coutumières de l'île de Maré à régler leurs différends autrement que par la force".
"Rien ne justifie la mort de quatre personnes dans de pareilles circonstances", avait-il affirmé dès son arrivée, lors d'un discours devant le monument aux morts, dans lequel il a salué le ralliement précoce, six jours après l'appel du 18 juin du général de Gaulle, de la Nouvelle-Calédonie à la France libre.
Selon lui, "la fusillade de Maré est à rebours de l'immense chemin parcouru par la Calédonie depuis la fin des années 1980".
"En Calédonie, moins qu'ailleurs, on ne peut tolérer la première violence, parce que la mèche peut être toute petite qui fait le grand incendie", a-t-il affirmé. "Ca, je ne l'accepterai jamais", a-t-il ajouté, en promettant que les auteurs de la fusillade "auront à rendre des comptes et seront punis".
Interpellé, lors de la table ronde, par les deux députés calédoniens, sur la montée de la délinquance, M. Sarkozy a annoncé un renforcement des effectifs sur place, avec l'arrivée de soixante-dix nouveaux policiers dans l'archipel, d'un doublement des voitures de police ainsi que la création d'un Groupement d'intervention régional (GIR) pour lutter contre "les ravages spectaculaires de l'alcool" et le trafic de drogue.
Dans l'après-midi, le président Sarkozy devait se rendre dans un quartier mixte de Nouméa où se côtoient villas luxueuses et immeubles d'habitat social.