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Parce qu’elle estime que Google a tout fait pour l’empêcher d’exister, la société française de gestion de moteurs de recherche spécialisés 1plusV lui réclame 295 millions d’euros de dommages et intérêts.
La société française 1plusV a décidé d’attaquer Google là où cela peut lui faire le plus mal : au portefeuille. Ce mardi, elle a déposé une plainte devant le tribunal de commerce de Paris, réclamant au géant américain de l’Internet 295 millions d’euros de dommages et intérêts pour pratiques anticoncurrentielles. Il s’agit de la plus grosse somme requise auprès du géant californien en Europe. "Google a tué 1plusV", assure ainsi à FRANCE 24 Jacques Laffite, conseiller juridique pour cette société qui gère une trentaine de moteurs de recherche spécialisés tels qu’ejustice.fr ou eguides.fr.
Voilà plus de quatre ans qu’1plusV est partie en croisade contre Google. Plus précisément depuis que le maître incontesté de la recherche sur l’Internet a décidé, selon le plaignant français, de déréférencer 16 500 pages de différents sites lui appartenant. En clair : 1plusV accuse Google de l'avoir bouté hors de son moteur de recherche, utilisé à l'époque par plus de 90 % des internautes français. "En 24 heures, le trafic vers nos sites a dégringolé de 90 %", rappelle Jacques Laffite.
Depuis, les relations entre les deux parties se sont considérablement dégradées. Le petit poucet français soutient que le mastodonte américain ne lui a jamais fourni les raisons de ce traitement et que d’autres moteurs de recherche européens, essentiellement allemands, auraient connu le même sort.
De son côté, Google a estimé par le passé que certains sites d’1plusV n’étaient rien d’autre qu’une collection de liens sans intérêt pour l’internaute et tombaient dans la catégorie des "fermes de contenu" ne cherchant une exposition sur les moteurs de recherche que pour avoir des rentrées publicitaires. Un genre de sites contre lequel la firme de Mountain View est en guerre depuis plusieurs années.
L’ombre de Microsoft
À partir de 2010, le différend prend une forte coloration judiciaire. En février de cette année-là, 1plusV dépose plainte contre Google devant la Commission européenne pour pratiques anticoncurrentielles. Par la suite, deux autres moteurs de recherche, dont Ciao, se joignent au dossier. Un appui dont se serait bien passé 1plusV...
Ciao appartient en effet à Microsoft, laissant planer le doute que toute l’opération est, en fait, orchestrée par le rival de Google. "Nous n’avons aucun lien avec Microsoft", se défend Jacques Laffite, qui reconnaît cependant avoir été autrefois employé par le géant américain du logiciel... avant d’être licencié par la société.
Cependant, au niveau européen où l’affaire suit son cours, impossible de réclamer des dommages et intérêts. Au mieux, Google peut être condamné à une amende qui ne sera pas versée aux plaignants, d’où la démarche initiée aujourd’hui par 1plusV devant le tribunal de commerce de Paris. Contacté par FRANCE 24, Google se borne à déclarer avoir "tout juste reçu la plainte", avant de préciser ne pas pouvoir faire plus de commentaires dans l'immédiat. Depuis quelques mois, le géant américain a toutefois décidé de réinclure certains sites d’1plusV dans les résultats de son moteur de recherche.
Reste que, pour Google, cette action en justice tombe au plus mauvais moment. Depuis quelques semaines aux États-Unis, le risque de voir la FTC (Federal Trade Commission) ouvrir une enquête sur les pratiques commerciales du moteur de recherche se précise. Une heureuse coïncidence pour 1plusV ? La société se défend d’avoir sauté sur l'opportunité pour en tirer un bénéfice financier. "Cela fait maintenant près de cinq mois que nous calculons le montant des indemnités que nous comptons réclamer à Google, ce n’est pas une plainte sortie de nulle part !", s’emporte Jacques Laffite.
Le tribunal de commerce de Paris doit maintenant se saisir de l’affaire, dont l'instruction devrait durer au minimum un an. Pour 1plusV, le pire des scénarios serait que la juridiction française décide d’attendre que la procédure aboutisse au niveau européen… "Cela pourrait alors prendre des années", déplore Jacques Laffite.