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Lula repousse de quelques heures sa décision sur l'extradition de Battisti

Le président brésilien doit rencontrer le procureur général de la République Luis Inacio Lucena avant de rendre publique sa décision. Battisti est réclamée avec force par l'Italie où il a été condamné à la perpétuité.

AFP - Le président Luiz Inacio Lula da Silva a repoussé à vendredi, à quelques heures de quitter le pouvoir, sa décision très attendue sur l'extradition de Cesare Battisti, alors que l'Italie a prévenu qu'elle jugerait "inacceptable" un refus du Brésil de lui remettre l'ex-activiste d'extrême gauche.

Le report de la décision de Lula a été confirmée à l'AFP par des sources à la présidence.

Le chef de l'Etat rencontrera vendredi matin le procureur général de la République Luis Inacio Lucena. Ce dernier a remis jeudi un rapport au président brésilien, à sa demande, pour lui permettre de fonder juridiquement sa décision, a indiqué à l'AFP une source du ministère public.

L'extradition de Battisti est réclamée avec force par l'Italie où il a été condamné par contumace en 1993 à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres commis en 1978 et 1979, crimes dont il se dit innocent.

Battisti, 56 ans, attendait jeudi dans une prison des environs de Brasilia la décision du chef de l'Etat brésilien qui devrait s'opposer à son extradition, selon la presse.

Le gouvernement italien a déjà vivement réagi à la perspective d'une libération de l'ancien activiste, déclarant dans un communiqué "qu'il considère absolument incompréhensible et inacceptable" un refus d'extrader Battisti.

Les plus hauts magistrats brésiliens ont remis en question, en novembre 2009, l'octroi de l'asile accordé à Battisti par le gouvernement brésilien et donné leur feu vert à l'extradition de l'italien, jugeant que ses crimes n'étaient pas de nature politique.

Ils avaient néanmoins laissé le président Lula décider en dernier ressort, et avaient précisé ultérieurement que sa décision devrait respecter le traité d'extradition liant le Brésil et l'Italie.

Sans attendre, le gouvernement italien et la presse avaient déjà vivement réagi dans la matinée. Le ministère des Affaires étrangères a averti que l'Italie envisagera "toutes les mesures nécessaires pour obtenir le respect du traité bilatéral d'extradition" avec le Brésil.

Plus offensif, le ministre de la Défense Ignazio La Russa s'est déclaré prêt à "soutenir des initiatives de boycottage" du Brésil si ce pays n'extradait pas Cesare Battisti.

Le président Lula a minimisé les réactions attendues de l'Italie. "Le Brésil est souverain, nous ne craignons pas des représailles italiennes", a-t-il dit mercredi à la presse, ajoutant que "chaque pays fait ce qu'il doit faire, et nous avons toujours respecté la décision souveraine d'un autre pays".

Battisti a été arrêté dans son pays en 1979, quand il militait dans le groupuscule des "Prolétaires armés pour le communisme" (PAC). Condamné à douze ans de prison, il s'évade en 1981.

Après un passage par le Mexique, il a trouvé refuge en France de 1990 à 2004, bénéficiant de la protection de l'ancien président socialiste François Mitterrand, et publié une dizaine de romans noirs.

Mais, en 2004, le gouvernement de Jacques Chirac change de politique et décide d'extrader Battisti vers l'Italie.

Ce dernier s'enfuit alors au Brésil sous une fausse identité. En 2007, il est arrêté à Rio de Janeiro où il vivait depuis trois ans et est incarcéré près de Brasilia.

Dans sa prison, Battisti a écrit son dernier livre, "Etre un Bambou", une autobiographie romancée publiée par une maison d'édition brésilienne).