
La mort prématurée de la coalition de centre-gauche de Romano Prodi a compliqué la tâche des partis italiens. Dans une campagne qui s’intéresse plus aux hommes qu’aux débats, Silvio Berlusconi reste incontournable.
A la veille des élections de 2001, le célèbre et très respecté journaliste Indro Montanelli n’avait pas hésité à appeler les électeurs à voter Berlusconi. Son raisonnement, pourtant, était d’une espèce bien particulière : "Berlusconi est comme une maladie, on n’en guérit que par vaccination", précisait-il. "Qu’on prenne une bonne dose de Berlusconi au poste de Premier ministre, une bonne dose de Berlusconi à la présidence, une bonne dose de Berlusconi à la place du pape et n’importe où il peut le souhaiter encore, et on sera définitivement immunisé."
Berlusconi a effectivement remporté les élections de 2001. Et bien qu’il soit tombé de peu face à Romano Prodi cinq années plus tard, il est de retour sur la scène politique italienne en tant que candidat de la droite pour la cinquième fois consécutive.
Les propos d’Indro Montanelli, journaliste insoupçonnable de complaisance à l’égard de la gauche, révèlent bien l’ampleur du phénomène Berlusconi : depuis vingt ans, il est sans aucun doute l’homme le plus controversé en Italie. L’homme le plus riche du pays, mis en cause dans de nombreuses affaires louches, est aussi le dirigeant qui a le mieux réussi ces dernières années.
Malgré une coalition hétérogène entre les conservateurs de l’Alliance nationale et les séparatistes de la Ligue du Nord difficile à manœuvrer, Berlusconi est le seul Premier ministre à avoir réussi à conserver son poste pendant cinq années sans interruption, entre 2001 et 2006 – une performance incontestable dans un pays qui a changé 61 fois de gouvernement en à peine 63 ans.
Un danger pour la liberté ?
Les sondages d’opinion, qui prédisent le retour aux affaires pour la troisième fois du Cavaliere, montrent bien que les électeurs sont toujours sensibles à ses promesses de baisser les impôts, de limiter les interventions de l’Etat, et à ses paroles qui flattent l’orgueil de toute une nation. Cependant, le charme de Berlusconi n’est pas sans susciter des critiques, en particulier à l’étranger où médias et politiques ont souvent dénoncé le pouvoir qu’il exerçait sur la presse et la télévision, ainsi que ses attaques répétées contre la justice italienne. Le très respectable hebdomadaire britannique The Economist a ainsi appelé à plusieurs reprises les électeurs italiens à en finir avec ce nabab controversé de la sphère médiatique.
Depuis ses premiers pas dans la vie politique italienne en 1994, Berlusconi a mis en place et dirigé une série de coalitions, du Pôle de la liberté au Peuple de la liberté, en passant par la Maison de la liberté. Pourtant, pour beaucoup, il est tout sauf un libéral. Natalia Aspesi, du quotidien de centre-gauche La Repubblica, confie à FRANCE 24 : "Le vrai rôle de Berlusconi, c’est celui d’un monarque absolu."
Ces dernières années, le leader de centre-droite a réussi à échapper à de nombreux procès pour corruption. Bon nombre de charges on été abandonnées grâce à une nouvelle législation mise en place par son propre gouvernement, avec notamment la loi dépénalisant la falsification des bilans.
Un Silvio Berlusconi plus mature et plus sobre ?
Contacté par FRANCE 24, Marc Lazar, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, estime que Berlusconi a changé : "Il est devenu plus mature et légèrement plus modéré qu’il l’était dans le passé." A 72 ans, le Cavaliere tente d’éviter de faire encore de belles promesses, il a même osé annoncer à ses compatriotes des années difficiles.
Mais bien qu’il ait d’abord adhéré à la requête du président Giorgo Napolitano, qui avait demandé une campagne sobre, Berlusconi n’a pu s’empêcher de revenir à ses classiques. Quand une jeune diplômée lui a demandé ce qu’il comptait faire pour aider les jeunes adultes à trouver du travail, il lui a répondu : "Servez-vous de votre sourire pour vous marier avec mon fils ou un autre millionnaire."
Quelques jours plus tard, il s’est attaqué à sa cible favorite, les magistrats, qu’il appelle les "robes rouges" (en référence aux communistes). Cette fois-ci, il a suggéré de leur faire passer un examen de "santé mentale". Enfin, sans surprise, il a traité son rival Walter Veltroni de "communiste recyclé".