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L'Union européenne a adopté des sanctions sévères contre l'Iran, visant notamment son secteur énergétique. Pour le chercheur Mehdi Mekdour, cette décision devrait obliger Téhéran à changer d'attitude concernant son programme nucléaire.

Après le refus de l'Iran de suspendre ses activités d'enrichissement d'uranium, l'Union européenne a adopté, ce lundi, une nouvelle série de sanctions d'une ampleur sans précédent à l'encontre de Téhéran. Elles visent ses industries gazières et pétrolières, mais aussi le secteur du transport de fret, le secteur bancaire et les échanges commerciaux.

Si Téhéran estime que ces nouvelles sanctions "ne feront que compliquer la situation", le spécialiste de l'Iran Mehdi Mekdour, chercheur au sein du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Grip) à Bruxelles, juge qu'elles devraient permettre de relancer les négociations.

En quoi l'adoption par l'Union européenne de nouvelles sanctions contre l'Iran est-elle importante ?

Mehdi Mekdour : C'est la première fois que l'Union européenne adopte des sanctions aussi sévères, en touchant aux secteurs du gaz et du pétrole. Les Européens et les Américains réclamaient depuis longtemps des sanctions dans le domaine énergétique dans le cadre des Nations unies, mais face au blocage de certains pays, l'ONU n'a pas pu aller jusqu'au bout. La Chine et la Russie notamment étaient d'accord pour adopter des sanctions, mais pas sur le gaz ou le pétrole.

Pourquoi une telle décision aujourd'hui ? A la fois parce que l'Iran ne coopère pas avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et en raison de l'échec de la politique "de la main tendue" menée par les Etats-Unis. Washington est allé vers un durcissement en adoptant, fin juin, des sanctions sur le gaz et le pétrole - tout en excluant l'attaque armée. L'Union européenne s'aligne sur la politique américaine.

Il y a eu des divergences au sein de l'Union avant de parvenir à cette décision, mais cela prouve tout de même que les Vingt-Sept peuvent parler d'une seule voix.

Ces nouvelles sanctions seront-elles efficaces ?

M.M. : Des firmes telles que Shell, Total ou ENI ont, sous la pression américaine, mis fin à toutes leurs activités en Iran depuis fin juin. On peut penser que ce mouvement va s'accélerer après la décision européenne. Le fait que l'on touche au gaz et au pétrole fait peur à l'establishment iranien car ce sont des secteurs stratégiques. L'Iran a du pétrole mais ne possède pas les capacités pour le raffiner. Il exporte du pétrole brut, mais importe de l'essence des Occidentaux. Aujourd'hui, il y a un risque de pénurie d'essence à Téhéran.

On peut donc s'attendre à un changement d'attitude de Téhéran. Déjà, le fait que l'Iran ait réclamé dimanche des discussions immédiates sur l'échange de combustible est le résultat de cette pression américaine et européenne. Des négociations devraient avoir lieu d'ici un mois. Les Occidentaux ne négocieront que si l'Iran accepte de mettre fin à son programme d'enrichissement d'uranium.

Ces sanctions auront-elles un coût pour le peuple iranien ?

M.M. : L'impact sur les populations existe depuis qu'il y a un régime de sanctions contre l'Iran, c'est-à-dire depuis près de vingt ans. Aujourd'hui, les Occidentaux veulent véritablement cibler l'establishment iranien en interdisant la délivrance de visas à certaines personnalités, en gelant des comptes bancaires... Il y a une volonté d'aller vers des sanctions dites "intelligentes", mais elles ont malgré tout toujours un impact sur le peuple.