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Karzaï accuse les forces de l'Otan d'avoir tué 52 civils dans la province du Helmand

Selon le président afghan, près de 52 civils ont été tués par les forces de l'Otan dans une attaque à la roquette dans la province du Helmand. L'Otan dément ces accusations qu'elle juge "complètement infondées".

AFP - Le président afghan Hamid Karzaï a accusé lundi les forces internationales d'avoir attaqué à la roquette et tué 52 "civils innocents" dans le sud de l'Afghanistan, ce que l'Otan a fermement démenti affirmant qu'il n'y avait pas de "preuves" de civils tués.

Le chef de l'Etat afghan a condamné "dans les termes les plus fermes l'attaque à la roquette sur un village de la province du Helmand qui a tué 52 civils innocents".

Cette bavure - si elle se confirmait - est la plus meurtrière depuis septembre 2009 quand plus de 100 personnes, dont des civils, avaient été tuées dans une raid aérien de l'Otan à Kunduz, dans le nord du pays.

Selon une enquête des services secrets afghans (NDS), une maison dans le district de Sangin, dans la province du Helmand, a été touchée vendredi "par une roquette, tirée par les troupes de l'Otan".

M. Karzaï avait diligenté une enquête pour déterminer qui des rebelles et des forces de l'Otan étaient à l'origine des tirs.

Dans la soirée, le commandement de l'Otan a fermement démenti ces accusations, "complètement infondées" selon lui, et assuré qu'il n'y avait pas de "preuves" de civils tués.

Selon l'amiral Greg Smith, des unités de l'Otan et de l'armée afghane ont essuyé des tirs de mitrailleuses lourdes et de lance-roquettes (RPG).

"La force conjointe a répondu par des attaques d'hélicoptères et de missiles à guidage précis contre les insurgés", souligne le responsable militaire.

"Les forces de la coalition ont tué six insurgés, dont un commandant taliban, selon un rapport vérifié sur le terrain et par des sources des renseignements", affirme l'amiral.

Samedi, deux habitants interrogés par un journaliste de l'AFP à l'hôpital de Kandahar, dans la province voisine, avaient affirmé qu'une quarantaine de civils pourraient avoir été tués et blessés la veille et que les roquettes avaient été tirées par des hélicoptères des forces internationales.

Selon les deux témoins, des habitants avait quitté leur village sous la pression de talibans assurant qu'une attaque de l'Otan était imminente. Les habitants avaient alors trouvé refuge dans un village voisin, qui a été bombardé par l'Otan, selon eux.

Abdul Ghafar, 45 ans, a déclaré avoir perdu "deux filles, un fils et deux soeurs" dans l'attaque.

Avec six autres familles, ils avaient fui leur village et s'étaient réfugiés à 500 mètres, dans le village de Regey.

Vers 16H30, "les hélicoptères ont commencé à tire sur une maison et tué quasiment tout le monde à l'intérieur", a-t-il affirmé.

Les civils sont les premières victimes du conflit en Afghanistan, frappés le plus souvent par des attaques suicide ou des bombes artisanales rebelles, selon l'ONU, mais également parfois par des bombardements ou opérations au sol des quelque 150.000 forces internationales déployées dans le pays.

Les forces de l'Otan ont réussi ces derniers mois à réduire le nombre de pertes civiles en limitant les frappes aériennes.

Le 8 juillet, six civils avaient toutefois été tués accidentellement par des "tirs d'artillerie" de soldats de l'Otan dans la province instable de Paktia (sud-est), avait reconnu l'Alliance atlantique, qui avait déjà confirmé la veille sa responsabilité dans la mort de six militaires afghans.

Cette attaque controversée intervient alors que la publication par un site internet spécialisé dans le renseignement, Wikileaks, de dizaines de milliers d'archives secrètes du Pentagone sur l'Afghanistan de 2004 à décembre 2009 met en lumière des bavures des troupes internationales.

Selon le Guardian, l'un des trois médias qui a pu consulter ces archives, au moins 195 morts civils non connus jusque là y sont recensés, un chiffre "probablement sous-estimé car de nombreux événements controversés sont omis dans les rapports quotidiens des troupes sur le terrain".