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Guerre en Ukraine : la Russie au défi du brouillage de Starlink
Des images montreraient la destruction, par les forces ukrainiennes, d'un système russe visant à brouiller les signaux Starlink, qui serait actuellement déployé sur le front. Ce réseau, particulièrement difficile à neutraliser, est devenu crucial pour fournir un accès à Internet à haut débit à l'Ukraine.
Une vidéo partagée le 15 juin 2026 par Serhii Beskrestnov, conseiller du ministre ukrainien de la Défense, montrerait la destruction par l’Ukraine d’un dispositif russe visant à brouiller Starlink. © Facebook / Serhii Beskrestnov

Six remorques blanches, alignées en deux rangées de trois, dont l'une s'embrase, frappée par un engin explosif. C'est ce que l'on peut voir sur une vidéo aérienne de drone, partagée mi-juin par Serhii Beskrestnov, un expert ukrainien en guerre électronique connu sous l'indicatif "Flash", devenu conseiller du ministre ukrainien de la Défense en janvier 2026. 

Elle montrerait, écrit-il, la destruction par l'armée ukrainienne d'un "complexe de guerre électronique" russe destiné à brouiller Starlink.  

Ce service d'accès à Internet, détenu par Elon Musk, a été activé sur le territoire ukrainien dès 2022 et est massivement utilisé par l'Ukraine, notamment pour piloter ses drones. Il fonctionne grâce à une constellation de satellites qui diffusent une connexion Internet à des antennes paraboliques pouvant être positionnées n'importe où. Celles-ci distribuent ensuite le réseau aux appareils à proximité.

"Starlink a changé la donne pour l'Ukraine en fournissant un canal de communication extrêmement fiable et facile à utiliser", explique Oleg Kutkov, ingénieur ukrainien et expert en réseau Starlink. "En quelques minutes, au milieu de nulle part, on peut disposer d'une connexion haut débit et transférer des vidéos en temps réel ou des données." 

Guerre en Ukraine : la Russie au défi du brouillage de Starlink
Capture d’écran d'une vidéo partagée par "Flash" le 15 juin 2026 sur Facebook, qui montrerait la destruction d’un système russe visant à brouiller Starlink. © Facebook / Serhii Beskrestnov

La vidéo a été géolocalisée par le compte de l'enquêteur en ligne Dominik, à Melitopol, dans le sud de l'Ukraine occupée, à proximité de la route E105. C'est l'un des axes visés par de nombreuses frappes de drones ukrainiens ces dernières semaines.

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Une autre vidéo, également filmée par un drone, a été publiée le même jour par le 422e régiment de systèmes sans pilote "Luftwaffe" du 17e corps d'armée ukrainien – régiment dont le nom et la symbologie font explicitement référence à l'armée de l'air hitlérienne.

On y voit un complexe de six éléments, ressemblant à des remorques ou des conteneurs, attaqué par un drone. Selon la publication, l'opération aurait été menée conjointement avec l'unité Alpha, une unité d'opérations spéciales du Service de sécurité d'Ukraine (SBU), et aurait visé à "détruire un complexe ennemi destiné à brouiller les stations de communication Starlink".

Guerre en Ukraine : la Russie au défi du brouillage de Starlink
Capture d'écran d'une vidéo publiée le 15 juin 2026 sur Telegram par le 422e régiment ukrainien de systèmes sans pilote. © Telegram

"Signaux parasites"

Selon "Flash", ces brouilleurs correspondraient à un modèle nommé "Volna Kupol Garant", produit par "Russkiy Kupol", une entreprise russe identifiée comme un fabricant des systèmes de guerre électronique pour la Crimée.

Ils seraient composés, écrit "Flash", de six remorques, chacune dissimulant deux antennes émettant de puissantes interférences en direction du satellite, "de manière à ce que ce dernier ne puisse plus capter les signaux provenant des terminaux (Starlink) ordinaires" utilisés par l'Ukraine au sol. Ces antennes, qui pourraient également être installées au sol, ressembleraient "à des œufs" et dissimuleraient une parabole équipée d'un mécanisme de rotation. Chacune d'entre elles émettrait des interférences sur une bande de fréquences distincte parmi celles reçues par le satellite. 

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Schéma du fonctionnement de Starlink. Le terminal utilisateur se connecte aux satellites Starlink, qui lui fournissent ensuite une connexion Internet. © RF Wireless World

La Russie a elle-même communiqué sur ce modèle de brouilleur, sans pour autant en partager d'images. "Ce système ne vise pas à perturber les communications entre un drone et un satellite, mais à neutraliser le satellite lui-même", assurait ainsi Dmitry Kuzyakin, directeur du Centre pour les solutions intégrées sans pilote, qui appartient au complexe militaro-industriel russe, à l'agence de presse officielle russe TASS le 16 juin. "Pour ce faire, il le brouille avec des signaux parasites, empêchant les abonnés au sol de le recevoir."

"L'idée, c'est que pour les satellites Starlink, c'est comme si quelqu'un vous criait directement dans l'oreille en mettant de la musique à fond", décrypte Oleg Kutkov. "Ça rend difficile de capter le signal supplémentaire provenant d'un terminal Starlink."

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Article du 16 juin 2026 de TASS, dans lequel Dmitry Kuzyakin présente le "Volna Kupol Garant". (Traduction automatique par Google) © TASS

Dans un entretien accordé à la BBC, "Flash" indique que ce système aurait été identifié pour la première fois en 2024 dans la région de Kharkiv. 

Mais l'Ukraine aurait "commencé à enregistrer son utilisation à grande échelle ces dernières semaines", notamment depuis qu'elle a "commencé à attaquer activement la logistique russe avec des frappes intermédiaires". L'expert évoque le recensement d'"une dizaine de systèmes au maximum", positionnés "pour protéger les infrastructures critiques et les voies logistiques" – sans dévoiler leur localisation. 

Starlink déjà ciblé par le passé

Notre rédaction n'a pas été en mesure de vérifier indépendamment que les complexes apparaissant sur ces vidéos correspondent au "Volna Kupol Garant", peu d'informations étant publiquement disponibles sur ce système. Si le site Web de "Russkiy Kupol" présente plusieurs types de brouilleurs, aucune mention n'est faite de ce modèle. 

De multiples éléments indiquent, en revanche, que Moscou cherche bien à perturber le réseau Starlink depuis le début du conflit. 

"Il a déjà été fait état de perturbations russes visant Starlink", affirme Victoria Samson, directrice de la sécurité de l'espace à la Secure World Foundation, qui recense plusieurs de ces tentatives dans un rapport de 2026

Début mars 2022, indique le rapport, Elon Musk affirmait que des terminaux Starlink avaient été brouillés en Ukraine, et que la société avait mis à jour son logiciel pour contrer l'opération – sans qu'il y ait eu d'informations indépendantes sur la nature et l'ampleur de ce brouillage.

L'année suivante, une fuite de documents des services de renseignement américains suggérait que la Russie aurait tenté d'utiliser ses systèmes militaires de brouillage GPS "Tobol", originellement développés pour protéger ses propres satellites, dans le but de perturber les transmissions de Starlink en Ukraine. 

Quelques mois plus tard, en mai 2024, alors que des unités ukrainiennes avaient fait état de perturbations généralisées des connexions Starlink, c'est l'Ukraine qui a communiqué sur le déploiement par la Russie de "puissants" systèmes de guerre électronique visant à perturber le service, sans détailler les dispositifs utilisés. 

L'agence russe TASS rapportait par ailleurs, fin 2024, le développement d'un autre système, baptisé "Kalinka", destiné à perturber les drones et les communications militaires ukrainiennes. Selon les médias russes, celui-ci serait capable de localiser les signaux Starlink mais aussi Starshield, la version militarisée et normalement plus sécurisée du service. Les informations indépendantes relatives à ces systèmes et à leur éventuel déploiement sont cependant extrêmement limitées.

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Image montrant un terminal Starlink, publiée sur Facebook le 9 février 2026 par le commandement des Forces de communication et de cybersécurité de l'armée ukrainienne. © Facebook

Signaux difficiles à brouiller

En Ukraine, les forces russes parviennent à contrer d'autres signaux, comme le GPS. "Et au départ, cela posait un problème pour Starlink, car celui-ci utilisait beaucoup de données GPS", souligne Oleg Kutkov. "Mais aujourd'hui, SpaceX a adapté son logiciel pour fonctionner uniquement avec le système Starlink." 

Mais les signaux satellitaires Starlink sont difficiles à neutraliser, explique Thomas Withington, expert en guerre électronique au Royal United Services Institute :

"La Russie a déployé des efforts considérables pour brouiller Starlink, mais sans grand succès jusqu'ici.

Les satellites Starlink offrent une bande passante énorme. Pour les bloquer, il faut donc pouvoir brouiller l'ensemble des fréquences qu'ils utilisent.

Et le faisceau radio entre le satellite et le terminal est extrêmement étroit. Pour le brouiller, il faut orienter le signal de brouillage pile dans l'axe. Vous devez donc vous trouver relativement près du terminal, et sur le champ de bataille, ce n'est pas une bonne idée."

De plus, la continuité de la connexion Starlink est assurée par un grand nombre de satellites – plus de 10 000 actuellement –, situés en orbite basse (environ 500 kilomètres) et par un passage de relais constant d'un satellite à l'autre.

"À tout moment, il y a donc plusieurs terminaux Starlink dans le ciel au-dessus d'une zone donnée", décrypte Oleg Kutkov. "Vous devez donc savoir quel satellite cibler. Les terminaux modernes peuvent également basculer vers un satellite de secours en cas de problème avec le satellite utilisé." Conséquence : un grand nombre d'antennes est nécessaire pour suivre tous les satellites.

"Il faut donc un signal suffisamment puissant pour brouiller un satellite dans l'espace, puis le suivre, rester orienté très précisément vers celui-ci et recommencer dès qu'il passe à un autre satellite", résume Thomas Withington. "Je ne dis pas que c'est impossible, mais c'est un sacré défi à relever."

Système coûteux

Le "Volna Kupol Garant" pourrait-il changer la donne ?

La presse russe a notamment souligné que le modèle est doté d'antennes qui pourraient être capables de suivre les satellites et d'orienter électroniquement le faisceau de brouillage dans leur direction.

Si les experts interrogés soulignent le manque d'informations indépendantes et d'images pour évaluer l'efficacité du modèle, ils en identifient toutefois plusieurs limites apparentes.

"C'est un système repérable", détaille notamment Oleg Kutkov. "Des camions alignés, avec leurs câbles raccordés, c'est difficile à dissimuler."

Le dispositif pourrait également être détecté par le fort signal électronique qu'il émet et par sa "signature thermique", puisqu'il nécessite une importante source d'énergie, via une centrale électrique ou un générateur.

Enfin, le système serait coûteux : 1,5 million de dollars l'unité, selon Flash. Et il ne pourrait protéger qu'une zone de 20 km2, indique le média russe pravda.ru.

Victoria Samson développe : 

"L'armée russe a eu beaucoup de dépenses dernièrement. Alors, est-ce que ça vaut le coup de dépenser une fortune pour un système de défense qui ne couvre qu'un petit rayon, qui devient une cible et alors qu'il faut encore dépenser de l'argent pour le protéger ? Je ne les vois pas forcément avoir les moyens ni l'intérêt de le déployer partout, mais plutôt dans des endroits très précis et stratégiques."

Thomas Withington dit ainsi "accueillir les affirmations russes avec scepticisme". "Je pense que cela peut avoir un certain impact, mais rien de très critique. D'autant qu'un système a déjà été détruit."

Alors que Starlink a désactivé, début 2026, les terminaux que Moscou se procurait via des pays tiers pour améliorer la précision de ses frappes, la Russie travaille désormais à la mise en place d'un réseau équivalent.

Mais tout indique qu'elle poursuivra également le ciblage de Starlink, selon Thomas Withington, qui note toutefois "un fossé entre le désir de pouvoir empêcher le service de fonctionner et la capacité effective à le faire".