
Kevin Warsh, candidat du président américain Donald Trump à la présidence de la Réserve fédérale (Fed), assiste à une audition de confirmation devant la commission bancaire du Sénat, au Capitole, à Washington, le 21 avril 2026. © Elizabeth Frantz, Reuters
Le Sénat américain a validé, mercredi 13 mai, la nomination du candidat de Donald Trump, Kevin Warsh, à la tête de la puissante banque centrale des États-Unis, la Réserve fédérale (Fed).
Kevin Warsh, 56 ans, n'a plus qu'à prêter serment avant de prendre définitivement ses fonctions pour un mandat de quatre ans. Sa nomination a été confirmée par 54 votes contre 45. La plupart des élus de l'opposition démocrate ont voté contre.
Ils doutent qu'il saura faire barrage aux pressions de Donald Trump, qui attend des taux d'intérêt plus bas pour stimuler l'économie américaine. Le chef de l'État balaie d'un revers de main la poussée de fièvre inflationniste en cours, que la Réserve fédérale est censée contenir.
"Les Américains méritent de savoir clairement si Kevin Warsh est déterminé à défendre la Réserve fédérale en cette période d'attaques sans précédent et de pressions politiques de la part de la Maison Blanche", a déclaré le sénateur démocrate Chris Van Hollen avant le vote.
"J'espère qu'il agira en toute indépendance et qu'il prendra des décisions fondées sur des faits et des preuves, même lorsque ces décisions iront à l'encontre des volontés du président", a ajouté l'élu du Maryland.
La chambre haute, où le camp présidentiel est majoritaire, avait déjà validé mardi l'entrée de Kevin Warsh au conseil des gouverneurs de la Fed, pour 14 ans.
Donald Trump avait envisagé de le nommer au sommet de l'institution monétaire dès 2018, du temps de son premier séjour à la Maison Blanche. Il lui avait finalement préféré Jerome Powell, renouvelé sous le démocrate Joe Biden, dont la présidence s'achève vendredi.
Donald Trump avait très vite regretté son choix et l'a fait savoir en multipliant les injures et pressions de toutes sortes à l'encontre de Jerome Powell.
Nombre d'observateurs prédisent le même sort à Kevin Warsh s'il n'abaisse pas les taux directeurs. Or, si le président de la Fed est une voix très influente, son vote ne pèse pas plus lourd que celui des 11 autres personnes qui votent sur la politique monétaire des États-Unis.
La plupart sont aujourd'hui focalisées sur l'inflation qui s'éloigne à grande vitesse de l'objectif de l'institution (2 %) du fait du choc énergétique créé par la guerre au Moyen-Orient. Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un rythme qui n'avait plus été vu depuis quasiment trois ans (+ 3,8 % sur un an).
"L'indépendance de la Fed dépend de la Fed elle-même"
Kevin Warsh présidera sa première réunion de politique monétaire les 16 et 17 juin. Il retrouve une institution qu'il a déjà connue en tant que simple gouverneur (2006-2011) et siégera aux côtés de responsables dont il a sévèrement critiqué les choix.
Le premier d'entre eux est Jerome Powell, qui a passé 8 ans à la tête de la Fed et décidé de rester au conseil des gouverneurs (il peut le faire jusque janvier 2028). L'institution représente une forme de protection pour celui que Donald Trump a pris en grippe.
Il y a également la gouverneure Lisa Cook, que le président américain a aussi tenté d'éjecter. La Cour suprême doit rendre prochainement sa décision dans cette affaire.
"Je ne pense pas que l'indépendance de la politique monétaire soit menacée lorsque des élus expriment leur point de vue sur les taux. L'indépendance de la Fed dépend de la Fed elle-même", a affirmé Kevin Warsh devant les sénateurs qui l'ont auditionné, le mois dernier.
Les investisseurs accueillent plutôt bien son arrivée à la Fed. Ils se rappellent qu'il a été un banquier central "faucon", soucieux de l'inflation et pensent qu'il ne défendra pas des baisses de taux injustifiées.
Kevin "Warsh pourrait peut-être voter pour une baisse des taux, mais il sait qu'il ne l'emportera pas, car il n'y aura que son vote, peut-être un autre, et tous les autres ne voudront pas bouger, voire voudront commencer à relever les taux" au vu de l'inflation, affirme à l'Agence France-Presse Mark Zandi, économiste à Moody's.
Avec AFP
