
Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 21 avril 2026. © Ilia Yefimovich, AP
La crise couvait : la majorité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a décidé mercredi 13 mai de prendre les devants en actant son sabordage contrôlé pour avoir la main sur le calendrier électoral, ouvrant la voie à des élections anticipées à partir de la fin du mois d'août.
La coalition gouvernementale a déposé un projet de loi de dissolution du Parlement, a annoncé mercredi soir le Likoud, le parti de droite de Benjamin Netanyahu. Cela ouvre automatiquement la voie à des élections après un délai de 90 jours suivant l'adoption de cette loi.
"La 25e Knesset sera dissoute avant la fin de son mandat. Les élections [en vue de constituer la prochaine assemblée] auront lieu à la date fixée [en commission] qui ne pourra être inférieure à 90 jours après l'adoption de cette loi", indique le texte du projet diffusé par le Likoud et signé par les chefs des six groupes parlementaires de la majorité.
Yaïr Lapid : "Nous sommes prêts. Ensemble"
Le chef de l'opposition, Yaïr Lapid, à la tête du parti centriste Yesh Atid ("Il y a un avenir"), s'est fendu sur X d'un message laconique pour acter cette décision. "Nous sommes prêts. Ensemble", a-t-il écrit sur le réseau social, utilisant le nom de la nouvelle formation politique Beyahad ("Ensemble") qu'il a créée fin avril en s'associant avec l'ancien Premier ministre Naftali Bennet (droite) dans le but de battre Benjamin Netanyahu dans les urnes.
Selon des médias israéliens, le projet de dissolution pourrait être soumis au vote le 20 mai. L'adoption de la loi ne fait aucun doute. Les élections pourraient dès lors avoir lieu à partir de la dernière décade d'août, soit environ deux mois avant la fin de la législature, fixée au 27 octobre.
L'annonce de la dissolution, à l'initiative du parti de Benjamin Netanyahu, survient alors que celui-ci apparaissait menacé depuis 24 heures d'une implosion de sa majorité du fait du mécontentement des partis ultraorthodoxes lui reprochant de ne pas avoir fait voter comme il leur avait promis une loi qui mettrait à l'abri des obligations militaires les jeunes hommes étudiant dans des yéshivot (écoles talmudiques).
Profitant de ces remous, certains partis d'opposition avaient annoncé mardi leur intention de déposer un projet de loi de dissolution de la Knesset, mais l'annonce du Likoud semble leur couper l'herbe sous le pied en permettant à Benjamin Netanyahu de prendre la main sur le calendrier électoral.
Benjamin Netanyahu rêve d'un ultime mandat
Phénix de la politique israélienne, Benjamin Netanyahu, 76 ans, qui a récemment révélé s'être fait opérer d'un cancer de la prostate et qui a gouverné le pays plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre (plus de 18 années cumulées depuis 1996), rêve d'un ultime mandat alors qu'il est empêtré dans un procès au long cours et dans l'attente d'une grâce présidentielle.
Le dernier sondage publié mardi par la chaîne publique KAN donnait le Likoud en tête des intentions de vote avec une courte avance sur Beyahad, aucune de ces deux formations ne semblant en mesure de former un gouvernement compte tenu de la dispersion de l'électorat.
Selon ce sondage, le Likoud obtiendrait 26 sièges sur 120 à la Knesset (contre 32 dans le Parlement sortant), Beyahad 25, devant "Yashar" ("Tout droit"), formation de Gadi Eizenkot (centre-droit), ancien chef d'état-major et allié potentiel du duo Lapid-Bennett, qui obtiendrait 15 sièges.
Tenu responsable par une majorité d'Israéliens de l'échec sécuritaire ayant permis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, Benjamin Netanyahu a promis à ses compatriotes une "victoire totale" contre le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et l'Iran, qu'il est encore loin d'avoir obtenue après plus de deux ans et demi d'une guerre multi-fronts usant le pays.
Face à lui, Yaïr Lapid et Naftali Bennett ont l'intention d'imposer comme thèmes de campagne la promesse d'une commission d'enquête nationale sur le 7-Octobre destinée à désigner les responsables de la journée la plus meurtrière qu'ait connue Israël, ainsi que le vote d'une loi qui soumettrait les juifs ultra-orthodoxes au service militaire.
Avec AFP
