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Festival de Cannes : "L'Abandon", un récit "au plus près des faits" sur l'assassinat de Samuel Paty
Sorti mercredi et présenté hors compétition à Cannes, "L'Abandon" relate les 11 jours qui ont séparé l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, du moment où il a montré en classe deux caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo. Récit d'un engrenage funeste, le film se veut aussi le portrait d'un homme esseulé face une campagne de haine en ligne.

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L'acteur français Antoine Reinartz (au centre) et la sœur de Samuel Paty, Mickaelle Paty (à droite), arrivent pour la projection du film "L'Abandon" lors de la 79e édition du Festival de Cannes, le 13 mai 2026. © Thibaud Moritz, AFP
04:07

Thriller glaçant et récit intime, "l"Abandon" de Vincent Garenq, sorti mercredi 13 mai en salles et présenté hors compétition au festival de Cannes, retrace avec minutie les 11 derniers jours de la vie de Samuel Paty. Le  16 octobre 2020, le professeur d'histoire-géographie était poignardé puis décapité à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine par Abdoullakh Anzorov, un jeune terroriste islamiste d’origine tchétchène.

Pendant 1h40, le long métrage s'attache à décortiquer l'engrenage qui a mené à cet attentat terroriste : le cours d'enseignement moral et civique au cours duquel deux caricatures de Mahomet sont montrées par Samuel Paty, le mensonge d'une élève instrumentalisée par deux adultes, le père de la collégienne et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, puis la cabale en ligne qui finira par l'innommable.

Face à l'extrême sensibilité du sujet, le tournage s'est déroulé "en secret avec des mesures de sécurité particulières", explique Albéric de Gouville, l'envoyé spécial de France 24 à Cannes, rappelant que le 16 octobre 2020 avait "constitué un véritable choc en France".

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Festival de Cannes : "L'Abandon", un récit "au plus près des faits" sur l'assassinat de Samuel Paty
A l'Affiche! © FRANCE 24
12:50

Un effort de pédagogie

Inertie des institutions académiques et policières, désaveu de certains collègues... Le film décrit l'isolement croissant de Samuel Paty à mesure que grandit la campagne en ligne l'accusant, à tort, d'avoir stigmatisé des élèves musulmans.

Mais si "L'Abandon" décrit par le menu la chaîne de responsabilités qui a conduit à l'assassinat sordide de l'enseignant, "le film ne cherche pas des boucs-émissaires", indique à l'AFP le réalisateur Vincent Garenq, spécialiste des récits judiciaires, qui revendique une œuvre "au plus près des faits".

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Basé sur le livre enquête de Stéphane Simon, "Les Onze Derniers Jours de Samuel Paty" (Ed.Plon) avec comme consultante Mickaëlle Paty, la sœur de la victime, le film se présente également comme un effort de pédagogie face à un événement qui a sidéré la communauté éducative. 

"On s'est aperçus en tournant avec les gosses qui jouaient les élèves de la classe qu'ils observaient chaque année une minute de silence sur Samuel Paty mais qu'ils ne savaient absolument rien de cette histoire", assure le cinéaste.

"Quand on est traumatisé par un évènement, on a tendance à regarder ailleurs", estime-t-il, assurant que le cinéma permet d'y remédier en "incarnant cette histoire et la chaîne de causalités qui a conduit à la tragédie".

Simple et direct, le film n'escamote rien et prend notamment le parti de montrer les caricatures de Mahomet, au cœur de la campagne en ligne lancée contre Samuel Paty.

"C'était pour moi indispensable parce que c'est la raison pour laquelle mon frère est mort", explique Mickaëlle Paty. "Il n'est pas mort pour avoir soi-disant discriminé des élèves musulmans, il est mort parce qu'il a été accusé d'avoir commis un acte de blasphème".

"Touchée de le revoir"

Sous les traits du professeur assassiné, Antoine Reinartz, remarqué dans son rôle de procureur dans "Anatomie d'une chute", livre une prestation tout en finesse et en sobriété de cet homme intègre, bientôt dépassé par les événements.

"Je joue l'hyperquotidien d'un professeur passionné par son boulot. Je me suis plongé pleinement dans sa vie donc je connais pleinement sa vocation", explique le comédien sur France 24. "On a tellement travaillé qu'on sait que nous sommes au plus près des faits. La difficulté c'est plutôt d'en parler après [...], c'est un sujet d'une grande fébrilité et d'une grande sensibilité pour beaucoup de gens".

Au-delà d'un récit clinique dont l'ambition est de réveiller les consciences, "L'Abandon" se veut également un vibrant hommage à Samuel Paty, professeur passionné et habité par les valeurs républicaines. 

"Samuel Paty est une figure que nous avons tous en tête mais ce film, et c'est la force indestructible du cinéma, il nous permet de marcher à côté de lui. Et c'est un cadeau inestimable d'être avec lui le temps du film et de cette immense souffrance et de cet isolement qu'il a connu et que nous n'avons pas vécu", confie Emmanuelle Bercot, qui incarne la principale du collège où il enseignait.

"Il y a une chose à laquelle je ne m'attendais pas, c'est qu'Antoine arrive à s'emparer du personnage à ce point", affirme Mikaelle Paty. "Il a réussi à ressusciter mon frère pendant 1h40. J'ai été très touchée, très touchée de le revoir".

Bien accueilli par la presse française, "L'Abandon" semble avoir réussi son pari de porter à l'écran un sujet potentiellement explosif. Après le film de Vincent Garenq, une autre fiction reviendra sur les derniers jours du professeur assassiné : "La Rumeur", un téléfilm produit par France 2 sera diffusé au mois d'octobre. Par ailleurs, le comédien Jean-Paul Rouve incarnera un enseignant "librement inspiré" de Samuel Paty, dans un long-métrage du cinéaste belge Stephan Streker qui doit sortir en 2027 et sera intitulé "Le silence de Dieu".