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En Martinique, les jeunes étudiants contraints au départ
Chaque année, 45 % des bacheliers ultramarins quittent leur île pour entamer des études supérieures. De la Réunion à la Guadeloupe, la fuite des cerveaux paraît inévitable, à cause du manque d’opportunités. Une réalité qui est plus vraie que jamais en Martinique, menacée de devenir le département le plus vieux de France d’ici 25 ans.

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En Martinique, 1 jeune sur 2 doit partir. Vie chère, manque d’opportunités, chômage : grandir ici, c’est souvent devoir quitter son île. Sans savoir quand on pourra la revoir. Pourquoi les jeunes martiniquais·es s’en vont-ils ? Et peut-on vraiment revenir vivre en Martinique ? © ENTR

Le soleil se couche sur la plage de Schoelcher, petite commune limitrophe de Fort-de-France, en Martinique. Un dégradé de mauve et d'orange teinte le ciel, pendant qu'un groupe de jeunes enchaînent les paniers à trois points sur le terrain de basket, musique caribéenne sur leur enceinte.

Au milieu de cette carte postale, Emmanuelle, 18 ans, et trois de ses amis sont assis sur un banc. C'est leur point de ralliement habituel après leurs journées de cours à l'Université des Antilles.

Dans leur discussion ce soir, ils parlent de 1T1 et Theomaa, deux chanteurs guadeloupéens qui viennent bientôt en concert en Martinique. "Ce sera le truc du siècle ! Ils ont fait le Zénith à Paris, là ils viennent en Martinique, je veux être là !", s'enthousiasme Emmanuelle, qui n'a pas souvent l'occasion de voir ses artistes préférés en concert. "Je suis tellement jalouse quand je vois les gens monter sur scène en France [hexagonale], qu'ils s'amusent, et puis il n'y a pas ça en Martinique", ajoute son amie Akeelah, suivie par Nathan : "S'il faut prendre un billet d'avion pour aller voir l'artiste, laisse tomber".

Ce simple concert est un exemple, à l'échelle de quatre étudiants, du sentiment d'injustice que ressentent les Martiniquais vis-à-vis de l'Hexagone – communément appelé "la France" ou "là-bas" en Martinique. Un sentiment qui est encore plus présent quand on aborde le sujet épineux de l'accès aux études. Emmanuelle, par exemple, est en première année de droit : "La licence, je peux la faire ici. Le master, ça dépend de la spécialité que je vais choisir. Mais à un moment, il faudra aller à l'école d'avocats et il n'y en a pas en Martinique. Il n'y en a pas en Guadeloupe, et il faut partir en Hexagone. Je trouve ça injuste de ne pas pouvoir tout faire ici."

Le dilemme du retour au pays

Pour réaliser son rêve de devenir avocate, Emmanuelle sera donc obligée de partir à plus de 7 000 km de chez elle, dans un cadre de vie bien différent du sien. Sur ce point, Maëly sait de quoi elle parle. Cette Martiniquaise de 25 ans est originaire des Anses-d'Arlet, commune très touristique du sud de l'île. Elle s'est retrouvée à Angers pour faire ses études dans le patrimoine. 

"C'était pas facile, avoue-t-elle. Il fallait s'adapter à un nouvel environnement, au froid. Je suis partie vraiment toute seule, je ne connaissais personne là-bas. J'avais l'impression d'être mise de côté, de ne pas être dans le moule."

Maëly se rend très vite compte des écarts entre chez elle et l'Hexagone. Entre le coût de la vie – les produits alimentaires sont 40 % plus chers en Martinique – et l'accès à l'emploi, Maëly se pose la question de rester ou de rentrer. Elle finit par choisir la deuxième option. 

"Je sais que ce n'est pas quelque chose de facile. Il faut trouver les opportunités, saisir les occasions. On dit aux jeunes d'aller faire des études, de se former, et puis au final, il n'y a pas de travail." En Martinique, un jeune sur quatre n'est ni en emploi, ni en études, ni en formation, contre un sur huit dans l'Hexagone. Le taux de chômage, lui aussi, est plus élevé de ce côté-là de l'Atlantique. Pour Maëly, c'est une fierté d'être partie, et d'avoir réussi à rentrer : "Il faut permettre à ceux qui ont envie de revenir, d'avoir les outils pour ça, un accompagnement et puis un emploi, puisque s'il n'y a pas de travail, ils ne peuvent pas rester."

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