
Létalité, contagiosité, absence de vaccin... France 24 fait le point sur l'hantavirus Andes. © Joel Saget, AFP
Taux de mortalité élevé, mais contagion limitée
L'hantavirus Andes a causé, entre le 2 et le 13 mai, la mort de trois personnes, toutes ayant séjourné à bord du navire de croisière MV Hondius, qui reliait Ushuaïa, en Argentine, à l'archipel du Cap-Vert. Une létalité qui est au centre des préoccupations des autorités sanitaires, car elle est importante : elle pourrait aller de 38 %, selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain, à 60 %, selon Santé publique France.
"C'est une maladie grave pour toute personne qui l'attrape. Elle présente un taux de mortalité d'environ un sur trois, il est donc vraiment important de faire tout notre possible pour empêcher que l'épidémie ne se propage davantage", explique à l'antenne anglophone de France 24 Matt McKee, professeur de santé publique européenne à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.
Dans cette situation sanitaire transitoire, la contagiosité moindre de l'hantavirus Andes semble, toutefois, être une nouvelle plutôt rassurante pour les spécialistes interrogés sur le sujet. "Il y a des raisons de ne pas être trop inquiet, la transmission interhumaine de ce type de virus est assez exceptionnelle", explique à l'antenne francophone de France 24 Jean-Daniel Lelièvre, professeur des universités et praticien hospitalier en immunologie.
Le spécialiste poursuit : "C'est une maladie très rare – on parle de 200 cas et 30 décès par an sur le continent américain. Avec ce virus, les malades commencent à être infectieux au moment des premiers signes cliniques (notamment la fièvre). A priori, les personnes totalement asymptomatiques ne transmettent pas cet hantavirus, et celles qui sont symptomatiques le transmettent assez peu. En médecine, le risque zéro n'existe pas mais la probabilité que vous ayez une transmission de quelqu'un n'ayant aucun signe clinique est quasiment nulle avec ce type de virus."
L'hantavirus Andes ne semble, en tout cas, pas avoir les mêmes capacités de transmission que le Covid, qui avait conduit à une pandémie il y a plusieurs années. "Ce virus est très différent, il ne se transmet pas aussi facilement et pas non plus par les voies respiratoires supérieures comme la grippe ou le Covid", explique à l'antenne anglophone de France 24 Bryce Warner, virologue canadien et chercheur à la Vaccine and Infectious Disease Organization. "Par conséquent, le risque de transmission large est faible. Nous ne faisons pas face au même type de menace."
Le cluster argentin de 2018-2019 et ses précieuses leçons
La communauté scientifique fonde son raisonnement actuel sur les observations d'un précédent cluster survenu en Argentine, fin 2018-début 2019, afin d'anticiper la suite.
Fin 2018, le village d'Epuyen, en Patagonie argentine, est touché par une épidémie d'hantavirus – faisant 34 malades et 11 morts. "On savait très peu de choses sur la maladie. La transmission d'humain à humain a été découverte pour la première fois en 1996" à El Bolson, village à 40 km d'Epuyen, rappelle Jorge Diaz, épidémiologiste du ministère de la Santé de la province de Chubut, à l'Agence France-Presse (AFP).
Le fil des événements a été remonté a posteriori : tout a débuté lorsqu'un habitant d'Epuyen a été infecté par la souche Andes, probablement après un contact avec l'urine, les excréments ou la salive de rongeurs près de son domicile. Le 3 novembre 2018, cet homme a assisté à un anniversaire en compagnie d'une centaine d'autres personnes.
Cinq personnes ayant été en contact avec lui ont développé des symptômes dans les semaines suivant la fête, selon une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine. Trois personnes symptomatiques, dites "super-propagatrices", ont été à l'origine de deux tiers des infections. L'une d'elles, un homme, a contaminé six personnes "en raison de sa vie sociale active", précise l'étude. Il est décédé 16 jours après l'apparition des symptômes. Son épouse, la troisième super-propagatrice, se sentait mal lors de sa veillée funèbre, durant laquelle dix autres personnes ont été contaminées. Lors de cette flambée de cas, les personnes semblent avoir été contaminées surtout "par inhalation de gouttelettes", selon l'étude.
"Il y a eu un premier cas et des cas secondaires, et dès que les mesures ont été prises pour repérer et isoler les cas contacts, l'épidémie s'est très vite arrêtée", précise Jean-Daniel Lelièvre. "Quand on a analysé ce virus (du MV Hondius, NDLR), on s'est aperçu qu'il ressemblait au virus isolé des années auparavant. On est donc probablement dans le même cadre d'une contamination dans un contexte très particulier, avec des gens en vase clos sur un bateau et ensuite dans un avion."
Le professeur des universités et praticien hospitalier en immunologie explique aussi le rôle joué par les "super-contaminateurs", comme pour le Covid-19 : "Ces personnes ont une probabilité de transmettre un virus de manière très importante. Mais après, rapidement, les transmissions interhumaines sont beaucoup moins importantes avec l'hantavirus, et la maladie disparaît. Il n'y a pas d'inquiétudes majeures à avoir à l'heure actuelle en France."
Autre preuve de la faible transmissibilité de l'hantavirus : aucune personne n'a été infectée parmi les plus de 80 professionnels de santé en contact étroit avec des patients symptomatiques en Argentine, entre fin 2018 et début 2019. Ils n'avaient pourtant pas pris de précautions sanitaires particulières – pas de masques ni de gants – pour prendre en charge les patients infectés.
Pas de vaccin et des mesures sanitaires pour casser la transmission
"Il n'existe actuellement ni traitement spécifique ni vaccin" contre l'hantavirus Andes, précise à l'AFP l'infectiologue Vincent Ronin (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales-Maladies infectieuses émergentes). Mais "plus la prise en charge est rapide, meilleur sera le pronostic", souligne Virginie Sauvage, de l'Institut Pasteur, responsable du Centre national de référence des hantavirus. En cas d'atteintes pulmonaires sévères, une assistance respiratoire sera nécessaire, notamment en réanimation, et une dialyse en cas d'insuffisance rénale.
"Le problème, c'est que le marché pour un tel vaccin serait relativement limité", explique Matt Mckee. "Cependant, nous sommes aujourd'hui dans une bien meilleure situation qu'il y a 5 ou 10 ans, notamment grâce à la technologie de l'ARN messager utilisée pour certains vaccins contre le Covid. (...) Mais le défi reste économique. De nombreuses maladies tropicales sont ‘négligées' parce que les populations touchées n'ont pas un pouvoir d'achat suffisant. La question sera donc de savoir si le marché justifie un tel investissement."
En attendant une éventuelle solution développée en laboratoire, les mesures sanitaires prises par les autorités, notamment en France, prennent tout leur sens : les personnes infectées et les cas contacts sont hospitalisés pour casser la chaîne de transmission le plus rapidement possible. Le ministère français de la Santé a d'ailleurs annoncé mercredi que les 22 Français cas contacts sont "actuellement hospitalisés" au moins "pour 14 jours".
"Ces mesures mises en place ressemblent beaucoup à celles utilisées pendant la pandémie de Covid", note Brice Warner. "Isolement, protections appropriées (comme les masques)... Avec ce virus, ces mesures devraient être très efficaces et permettre de stopper rapidement la transmission. Contrairement au Covid, où cela a duré plusieurs années, l'hantavirus devrait être bien plus rapide à contrôler."
Finalement, les experts interrogés par France 24 se montrent globalement rassurants. L'hantavirus Andes "présente un risque de diffusion très faible", conclut Jean-Daniel Lelièvre.
Avec AFP
