
Donald Trump a attaqué le Pape Léon XIV sur les réseaux sociaux avant de poster une image généré par IA où il a apparait sous les traits de Jésus-Christ. © Studio graphique France Médias Monde
Donald Trump a fini par effacer l'image de la discorde. Après un jour d'intense controverse, le président américain a fait disparaître, lundi 13 avril, le message sur Truth Social comportant une image où il était visiblement représenté sous l’apparence du Christ sauveur, accompagné d’une multitude d’autres symboles du nationalisme chrétien nord-américain.
"Blasphématoire" avait jugé une partie du camp Maga, y compris certains intervenants sur la très loyaliste chaîne ultraconservatrice Fox News.
"Pas un grand fan" de Léon XIV
Une action d'autant plus mal reçue que cette mise en scène générée par intelligence artificielle avait été postée un jour seulement après une longue tirade du milliardaire républicain contre le pape Léon XIV. "Je ne suis pas un grand fan du pape", avait déclaré sur Truth Social Donald Trump, avant d’expliquer notamment qu’il trouvait le premier souverain pontife nord-américain "trop faible contre la criminalité".
Une attaque qui intervenait elle-même après une déclaration, samedi, de Léon XIV pour qui le monde en avait "assez du culte de soi et de l'argent. Assez des démonstrations de force. Assez des guerres" et qui appelait les belligérants à "négocier et faire la paix".
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Donald Trump "s'est semble-t-il immédiatement senti visé", alors même que Léon XIV "a fait attention à ne pas évoquer les États-Unis ou la guerre contre l’Iran dans ses déclarations", souligne Emma Long, spécialiste du système politique nord-américain à l’université d’East Anglia, qui a travaillé sur la place de l’Église dans les institutions outre-Atlantique.
Difficile, certes, de ne pas voir dans les déclarations papales une réaction au conflit au Moyen-Orient. Il n’y a cependant rien de surprenant dans cette prise de parole qui s’inscrit "dans une tradition du Vatican d’agir en fonction d’un sens moral" contre les guerres en général, assure Blandine Chelini-Pont, spécialiste de la géopolitique du christianisme et de l’histoire politique du catholicisme américain à l’université d’Aix-Marseille.
Mais pour un Donald Trump déjà malmené dans les sondages à cause d’une guerre impopulaire, l’avis pontifical passe mal. Surtout qu’il vient d’un pape nord-américain. Sa parole est davantage prise en compte par l’opinion aux États-Unis et plus difficile à remettre en cause que celle, par exemple, de son prédécesseur François, originaire d'Argentine, "qui pouvait être décrit [par le camp trumpiste, NDLR] comme un gauchiste venant de l’hémisphère sud ", souligne Blandine Chelini-Pont.
La longue diatribe du président américain qui accuse Léon XIV, pêle-mêle, de ne pas être suffisamment Maga, d’être faible contre la drogue et le crime et d’accepter que l’Iran se dote de l’arme nucléaire "démontre aussi à quel point le président américain ne comprend pas grand-chose à la foi catholique et à l’importance de l’autorité du pape", assure Emma Long.
Pour elle, Donald Trump essaie d’initier avec Léon XIV le genre de bras de fer verbal dont il a l’habitude avec ses adversaires politiques aux États-Unis ou ailleurs. Mais, en l'occurrence, "il insulte simplement une partie des chrétiens nord-américains et des millions de fidèles catholiques à travers le monde", estime Emma Long.
Une pose très messianique
Le pape, lui,s’est bien gardé d’entrer dans la controverse. "Je ne suis pas un politicien, je n'ai pas l'intention d'entrer dans un débat avec lui", a-t-il réagi alors qu’il était en déplacement en Algérie.
Au lieu de calmer les esprits, Donald Trump a ensuite versé dans la surenchère religieuse avec son image controversée débordant de symboles chrétiens. Le président y apparaît au centre de l’image dans une pose très messianique avec une lumière - qu’on imagine d’origine divine - irradiant des mains. "C’est une référence directe à l’icône de la miséricorde divine", explique à La Croix le prêtre Paul Adrien, très présent sur les réseaux sociaux.
Et ce n’est pas n’importe quelle représentation christique qui est reprise ici. "Les couleurs de l’étole, c’est-à-dire le vêtement liturgique qu’il porte, ne correspondent pas à l’imagerie protestante mais bien plus aux codes catholiques", analyse Blandine Chelini-Pont.
À ce titre, ce visuel peut être perçu comme une nouvelle tentative de Donald Trump de se mesurer à Léon XIV. Le président américain a-t-il pu croire qu’il ferait bonne impression aux catholiques américains en se transformant en autorité encore plus incontestable à leurs yeux que le pape ?
Pas impossible. En effet, "une partie des fondamentalistes américains ont comparé Donald Trump à l’Élu", note Blandine Chelini-Pont. À commencer par Paula White-Cain, la conseillère spirituelle personnelle du président, qui a fait un parallèle entre la vie du milliardaire américain et celle du Christ. Pour l'experte, il est donc ainsi possible que Donald Trump "ait pensé pouvoir légitimement se représenter en Jésus-Christ sur une image".
Ce n’est pas non plus la première fois que des mèmes sur Internet intègrent Donald Trump dans une iconographie très religieuse. Après l'attentat dont il avait réchappé en juillet 2024, des images avaient mis en scène le Christ en ange gardien de celui qui n’était alors encore que candidat à la présidence.
Mais cette fois-ci, ça ne passe pas. Le site Newsweek a même établi une liste de tous les membres influents du camp Maga qui ont critiqué cette image.
Une base Maga moins soudée
En s’improvisant comme un Jésus-Christ des temps modernes, Donald Trump a "touché au symbole ultime" du christianisme et poussé le bouchon trop loin, d’après les experts interrogés par France 24.
Le retour de flammes est aussi un signe du temps politiquement plus orageux pour Donald Trump. Il y a quelques mois à peine, l’emprise de Donald Trump sur son camp était telle que personne n’aurait osé critiquer cette image. Plus maintenant. La gestion controversée du dossier Epstein tout comme la décision contestée à droite de sa politique étrangère va-t-en-guerre ont laissé des cicatrices. "Tant que Donald Trump appliquait les politiques voulues par ces milieux religieux de droite, cet électorat fermait les yeux sur ses frasques, mais maintenant, il semblerait que cela devienne moins évident", analyse Emma Long.
Reste à savoir si les attaques contre le pape et le faux pas de l'image postée par Donald Trump peuvent lui coûter cher politiquement. "Une partie de l’électorat religieux, notamment les nationalistes chrétiens, ne va pas être affectée", assure Emma Long. L’image, qui mélangeait des symboles chrétiens avec des références nationalistes comme l'aigle américain, le drapeau et les soldats, était même taillée sur mesure pour eux, estime cette spécialiste.
Le jugement des catholiques devrait être plus dur. Ces controverses "risquent de desservir électoralement le président auprès de cet électorat", affirme Blandine Chelini-Pont. En effet, si la plupart des chrétiens évangéliques (protestants) forment le socle du camp Maga, les catholiques ont la loyauté moins chevillée au corps. Il est possible que ces controverses et "les prises de position d’autorités comme le pape ou des cardinaux nord-américains, qui avaient critiqué en janvier le comportement de l’ICE [la police de l’immigration, NDLR]" éloignent une partie des catholiques des républicains.
Ces fidèles vont certainement suivre de près les réactions du premier d’entre eux au sein de l’administration Trump : J. D. Vance. "Il va être très intéressant de voir comment le vice-président réagit à tout ça", note Blandine Chelini-Pont.
Pour l’instant, celui qui doit bientôt publier un livre sur sa conversion tardive au catholicisme "s’est montré très diplomatique en cherchant à déminer le terrain", analyse Emma Long. En tout cas, bien plus que lorsqu'il critique les pays européens. Il a notamment déclaré qu’il était normal qu’il puisse y avoir des désaccords entre le pape et le président américain.
Pour Emma Long, l’impact de cette séquence politique sur le vote catholique va dépendre de la capacité du duo Trump-Vance à en minimiser l’importance tout en passant à autre chose. Car sinon, d’après elle, "cet électorat va s’en souvenir en novembre".
