
Une affiche de campagne de Robert Abela, Premier ministre et chef du Parti travailliste, et une banderole représentant Alex Borg, chef du Parti nationaliste (opposition), à Hamrun, à Malte, le 29 mai 2026. © Darrin Zammit Lupi, Reuters
Les électeurs maltais se rendent aux urnes, samedi 30 mai, pour des élections qui devraient, sauf coup de théâtre, assurer un quatrième mandat record au gouvernement travailliste.
Les sondages d'opinion annoncent une victoire du Premier ministre sortant Robert Abela, qui fait campagne sur le bilan économique du Parti travailliste et la promesse de protéger Malte, fortement dépendante des importations, des crises géopolitiques.
Son principal adversaire est le candidat du Parti nationaliste (PN), Alex Borg, un avocat de 30 ans. S'il remportait l'élection, il deviendrait le plus jeune dirigeant du pays.
Le dernier sondage du Malta Independent place le Parti travailliste largement en tête avec 49% des intentions de vote, contre 38% pour le PN. Les premiers résultats du vote sont attendus dimanche après-midi.
Jeudi, lors des derniers rassemblements avant le vote, aux accents festifs, Robert Abela a déclaré à ses partisans agitant des fumigènes qu'il serait "un capitaine fort comme l'acier".
"Mr World Malta"
Son rival Alex Borg, ancien lauréat du concours de beauté "Mr World Malta", dénonçait dans le même temps un pays "en plein chaos", citant un système de santé à bout de souffle ou encore les coupures de courant récurrentes durant les étés caniculaires.
Situé au large de la côte sicilienne, Malte est le plus petit et le plus densément peuplé des pays de l'Union européenne, avec environ 550 000 habitants vivant sur 316 kilomètres carrés.
L'île possède une économie florissante fondée en grande partie sur le tourisme, les jeux en ligne et les services financiers, et de nombreux électeurs estiment que sa performance économique prime sur toutes les autres préoccupations.
"Nous étions pauvres et sous les Travaillistes nous sommes riches !", a déclaré Conny Pace, 72 ans, arborant fièrement un chapeau à paillettes rouge, la couleur du Parti travailliste.
Boom de la construction
La population a augmenté de près de 30% en dix ans, principalement sous l'effet de l'arrivée d'étrangers, ce qui a déclenché un boom de la construction, remplissant l'horizon de grues, créant des embouteillages et mettant sous pression les services essentiels ainsi que l'environnement.
Mais dans un pays qui importe presque la totalité de son énergie, le coût des factures est le sujet de campagne le plus brûlant.
Le gouvernement affirme avoir prévu 250 millions d'euros supplémentaires pour d'éventuelles subventions, afin d'amortir les répercussions du conflit au Moyen-Orient, en plus des 150 millions d'euros déjà programmés pour 2026.
Malte, qui dispose de peu de ressources naturelles, est en première ligne face au changement climatique et menacé par la désertification et la sécheresse, mais aucun des deux principaux partis n'en a fait sa priorité.
Corruption
Selon un rapport du Conseil de l'Europe de 2025, Malte reste nettement à la traîne dans la lutte contre la corruption, mais de nombreux habitants ne souhaitent pas s'exprimer publiquement sur la question.
Robert Abela dirige Malte, membre de l'UE, depuis janvier 2020, lorsque son prédécesseur Joseph Muscat a démissionné à la suite d'une crise politique provoquée par l'assassinat en 2017 de la journaliste d'investigation Daphne Caruana Galizia.
Pour le politologue Andrew Azzopardi, de l'Université de Malte, le Premier ministre a probablement convoqué des élections anticipées afin qu'elles se tiennent avant le prochain procès de l'homme d'affaires Yorgen Fenech, poursuivi pour avoir orchestré le meurtre de la journaliste.
Daphne Caruana Galizia a mis au jour la corruption au plus haut niveau du pays, braquant les projecteurs sur les liens troubles entre les milieux d'affaires et l'élite politique maltaise.
Une commission d'enquête publique a conclu, en 2021, que l'État "devait assumer la responsabilité" de sa mort pour avoir créé un "climat d'impunité".
Selon Andrew Azzopardi, de nombreux électeurs penseront d'abord à leur portefeuille samedi et voteront pour le Parti travailliste malgré les scandales, car certes "il y a de la corruption, mais je touche 50 euros de plus par semaine sur ma pension".
Avec AFP
