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"Femmes au combat" : portraits de militaires françaises sur le terrain, d'hier à aujourd'hui
Une exposition intitulée "Femmes au combat dans les conflits contemporains" retrace l’engagement des femmes dans l'armée française de la Première Guerre mondiale à aujourd’hui. Grâce aux collections de l’Ecpad, des parcours longtemps restés en marge des grands récits sont mis en lumière. Ces destins révèlent le long combat de ces combattantes pour être reconnues.
L'exposition "Femmes au combat dans les conflits contemporains" organisée au jardin Eugénie-Djendi à Paris. © Stéphanie Trouillard, France 24

Le lieu de la nouvelle exposition organisée par l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (Ecpad) n'a pas été choisi par hasard. "Nous sommes ici dans le parc Eugénie-Djendi, une figure trop méconnue, mais pourtant symbolique de l’engagement des femmes durant la Seconde Guerre mondiale", souligne Thomas Fontaine, directeur du projet du Mémorial des femmes en résistance et en déportation, lors de l’inauguration de l’événement dans ce jardin du XVe arrondissement de Paris.

En quelques mots, l’historien rappelle le destin tragique de cette jeune femme, née à Bône (aujourd'hui la ville d'Annaba) en Algérie, engagée volontaire dans le corps féminin des transmissions. Après avoir participé à la campagne de Tunisie, elle intègre ensuite les services spéciaux à Alger et rejoint l’Angleterre. Parachutée en avril 1944 en France occupée, elle est rapidement arrêtée, puis déportée à Ravensbrück où est exécutée en janvier 1945. 

"Elle a été assassinée par les nazis avec trois autres de ses camarades parce qu’elles étaient des combattantes. C’est donc très fort de proposer ici-même aujourd’hui au public cette exposition avec ces figures incarnées", insiste Thomas Fontaine.

Les parenthèses de la Première et de la Seconde Guerre mondiale

Comme Eugénie Djendi, des milliers de femmes ont combattu pour la France. La très grande majorité sont restées dans l’ombre. Une vingtaine de photographies sélectionnées dans les archives de l’ECPAD leur rendent hommage et proposent de découvrir l’évolution de leur statut. "Les femmes sont présentes dans l’armée française depuis bien plus longtemps que ce que l’on peut penser. Aux XVIIIe et XIXe siècle, elles étaient connues sous le nom de suiveuses de guerre  (cantinières, blanchisseuses, prostituées NDLR)", explique Caroline François, responsable de la programmation scientifique et culturelle, de la communication et des partenariats des Hauts lieux de la mémoire nationale en Île-de-France.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour que les femmes commencent "à se faire voir" ajoute la co-commissaire de l’exposition en montrant des clichés d’infirmières dans une ambulance de la Marne en 1916 ou de mécaniciennes réalisant l’entretien et le montage de véhicules dans la Meuse en 1918.

"Femmes au combat" : portraits de militaires françaises sur le terrain, d'hier à aujourd'hui
Au parc automobile de Bar-le-Duc (Meuse), des femmes réalisent l’entretien et le montage des véhicules, le 24 mai 1918. © Maurice Boulay/SPCA/ECPAD/SPA 39 BO 1848

"Dans nos archives photographiques, la mobilisation des femmes est mis en avant", décrit Constance Lemans-Louvert, adjointe à la cheffe du pôle du développement culture et de la diffusion de l’ECPAD. "Néanmoins, à la fin du conflit, les femmes ne vont obtenir ni le droit d’intégrer l’armée ni le droit de vote. Elles vont retourner dans leurs foyers", ajoute celle qui a sélectionné ces photographies parmi 15 millions d’images.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’engagement des femmes est de nouveau mis à l’honneur. À l’été 1940, plusieurs centaines d’entre elles répondent à l’appel du général de Gaulle et rejoignent l’Angleterre. "Le 7 novembre 1940 le corps des volontaires françaises de la France libre est officiellement créé. Cela représente 700 femmes sur la durée de la guerre qui deviennent conductrices ou ambulancières, ce qui est peu", raconte Thomas Fontaine, spécialiste de la Résistance. "Le vrai virage de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les 25 000 femmes qui s’engagent dans les différents corps auxiliaires des armées qui combattent pour la Libération de la France à l’image d’Eugénie Djendi".

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Deux conductrices-ambulancières de la Croix-Rouge, en position de soutien lors du débarquement sur l’île d’Oléron, le 30 avril ou le 1er mai 1945. ©Photographe inconnu/SCMarine/ECPAD/MARINE 423-9160

Le tournant de l’Indochine

Mais cette période n’est encore une fois qu’une parenthèse. Même si en février 1946, le corps du personnel féminin de l’armée de terre voit le jour, la plupart de ces femmes sont de nouveau renvoyées dans leur foyer. Il faut attendre 1951 pour qu’un décret définisse un statut pour les cadres féminins sous contrat dans l’armée. La guerre d’Indochine constitue aussi un tournant. "Elles sont encore une fois tournées vers les métiers du soin ou sont conductrices, mais elles sont aussi au plus près des combats", retrace Caroline François devant une photo représentant deux membres du personnel féminin du Corps auxiliaire des forces armées en mission de protection dans la région des Hauts Plateaux d’Annam au Vietnam.

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Deux membres du personnel féminin du Corps auxiliaire des forces armées d'Extrême-Orient en mission de protection d’un chantier dans la région des Hauts Plateaux d’Annam (Vietnam), en mai 1952. © Raoul Coutard/SPI/ECPAD/ANN 52-104 R194

Entre 1946 et 1954, 200 femmes trouvent la mort en Extrême-Orient, soit entre 5 et 10% des effectifs féminins engagés sur place. Peu à peu, les femmes prennent leur place, même si lors de la guerre d’Algérie, elles sont encore affectées aux équipes médico-sociales itinérantes et aux sections administratives spécialisées.

Combattantes à parts égales

Dans les années 70, le mouvement s’accélère avec la création d’un service militaire féminin volontaire et une loi qui pose enfin le principe d’égalité entre les hommes et les femmes au sein des armées. Les femmes peuvent enfin accéder à tous les grades.

Mais dans les faits, la marche vers l’égalité est toujours ralentie, comme le constate Constance Lemans-Louvert : "Dans certaines unités, il y a des quotas d’intégration. C’est pour cela qu’on va avoir encore peu de femmes sur des théâtres d’opérations extérieures. Nous avons néanmoins mis une photographie du détachement féminin de parachutiste qui a été envoyé en 1982 au Liban. C’est l’une des premières opérations dans laquelle elles interviennent dans un conflit".

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Le détachement d’intervention parachutiste féminin débarque à Beyrouth (Liban) dans le cadre de la Force multinationale de sécurité, le 25 septembre 1982. © François-Xavier Roch/ECPA/ECPAD/F 82-471 L88

En 1997, la suspension du service national et la professionnalisation des armées font disparaitre les derniers barrages. Les quotas sont abandonnés. Sur les panneaux de l’exposition se dessinent cette lente, mais certaine progression. "On entre dans un nouvelle phase", résume Constance Lemans-Louvert. "Les femmes peuvent aussi devenir combattantes à part égales avec les hommes. On va les retrouver dans les opérations du Kosovo, du Liban et du Mali".

Désormais déployées à l’étranger, les femmes tombent aussi au champ d’honneur. À quelques mètres du lieu de l’exposition sont ainsi inscrits les noms de quatre femmes sur le Monument aux Morts pour la France en opérations extérieures : la soldat Anita Gaillon, en Ex-Yougoslavie en 2004, la capitaine Laurence Briançon en Égypte en 2007, la sergent-chef Yvonne Huynh au Mali en 2021 et la Maréchal des logis Fany Claudin au Liban en 2024. "Des noms continuent malheureusement d’être ajoutées sur ce monument", précise Caroline François.

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Un membre d’équipage d’un hélicoptère Gazelle examine son appareil lors d’une mission dans le Gourma malien, dans le cadre de l’opération Barkhane, le 9 avril 2019. ©Olivier Le Comte/ECPAD/2019_ECPAD_005_O_027_524

"Que des soldats"

Aujourd’hui, l’armée française est la 4e contingent le plus féminisé au monde derrière les États-Unis, Israël et la Hongrie. Les femmes représentent 17 % de l’ensemble du personnel militaire, soit 34 700 femmes sur 200 000 militaires. La sergent-chef Philippine fait partie de celles qui portent l’uniforme. Photographe militaire à l’Ecpad, elle figure sur l’un des clichés de l’exposition. "Je n’étais pas au courant. C’est une surprise!", avoue la jeune femme qui n'approuve pas le terme de "soldate" ou "femme soldat". "On ne préfère pas être différencié. En général, on dit qu’il n’y a pas de femmes, pas d’hommes à l’armée, il n’y a que des soldats", relève-t-elle.

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Le sergent-chef Philippine, soldat de l'image de l'Ecpad, lors de l'opération Almahaou au Niger, le 30 août 2022. © Rouslan Maskouta 2e REI Défense, Ecpad

Depuis plusieurs années, elle enchaîne les missions son appareil photo à la main : Afghanistan, Mali, Niger ou encore Roumanie. "On voit que maintenant, il y a des femmes dans pratiquement toutes les unités. C’est sympa de les mettre en valeur avec ces photos qui sont très belles", décrit la sergent-chef. "À partir du moment où on montre qu’on fait bien notre travail, l’intégration se fait rapidement. Mais les femmes seront vraiment intégrées quand on arrêtera de les différencier dans toutes les métiers".

"Un long travail qui reste à faire"

Depuis 2017, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins sont accessibles aux femmes, mais elles sont encore trop peu nombreuses à accéder à des postes à hautes responsabilités. Elles ne représentent que 9,3 % des généraux et 9 % des lauréates de l’école de guerre. 

Monique Legrand-Larroche, première Française nommée officier général quatre étoiles en 2014 et cinq étoiles en 2022, reconnaissait ainsi en 2023 dans le magazine Chemins de Mémoire que la féminisation est loin d’être gagnée : "Sans être une exception, mon parcours reste encore trop rare. […] Je ne parlerai pas de place grandissante des femmes ; j’évoquerai plus volontiers une meilleure reconnaissance aujourd’hui des qualités et des apports des femmes au sein de l’institution militaire. […] Une étape importante sera franchie lorsqu’on ne se sentira plus obligé de compter les femmes générales."

"Femmes au combat" : portraits de militaires françaises sur le terrain, d'hier à aujourd'hui
Un second maître en poste de quart au central opération du sous-marin nucléaire d’attaque Suffren, lors d’un exercice en 2024. © Lumir Lugué/Marine Nationale/Défense/2024_MBST_219_R_003_008_BD

Constance Lemans-Louvert admet aussi "qu’il y un long travail qui reste à faire ", rappelant notamment que seulement 6 % des effectifs en opérations extérieures sont féminins et qu’elles ne sont que 10 % dans l’armée de terre. En 2024, le ministère français des Armées a également dû lancer une mission d'inspection sur les violences sexuelles dans ses rangs après une série de témoignages d'abus alimentant un #MeToo de l'institution militaire. 

"Avec cette exposition, on ne veut pas minimiser ces aspects. On est conscient de cette réalité, mais on veut aussi montrer les progrès et les combats menés par ces femmes", insiste la co-commissaire. "Ces photos permettent de changer le regard. Pour que des femmes se lancent dans cette carrière, il faut qu’elles aient des modèles".