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Politique migratoire : la crise de Ceuta ravive les divisions européennes
Les ministres de l’Intérieur des pays membres de l’Union européenne tiendront mardi une réunion en visioconférence sur la situation à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord où plus de 60 000 personnes, selon Madrid, sont entrées illégalement la semaine dernière. Le débat sur la politique migratoire européenne est relancé.
Un migrant prie sur la plage de Ceuta, en Espagne, après des traversées massives de migrants à pied et par la mer du Maroc vers le territoire espagnol, le 3 août 2026. © Violeta Santos Moura, Reuters

Échanges en visioconférence au cœur de l'été pour les Vingt-Sept. Une réunion ministérielle est prévue mardi 4 août entre les ministres de l’Intérieur des États membres des Vingt-Sept, initiée par 22 pays après l’entrée illégale, fin juillet, de plus​ de 60 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta en Afrique du Nord, selon le bilan donné par Madrid qui fait état de 72 morts.

L'Italie et le Danemark avaient pris samedi l'initiative – soutenue au total par 22 dirigeants européens dont le chancelier allemand Friedrich Merz – d'adresser une lettre ouverte à la présidence irlandaise de l'UE pour réclamer "une réponse européenne immédiate et coordonnée" à cet événement inédit qui a laissé le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez isolé.

"Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l'instrumentalisation des migrations ou d'autres menaces hybrides donnent le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Et qu'une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal", écrivaient les signataires, dont le Portugal et la France – deux pays frontaliers de l’Espagne – ne faisaient pas partie.

À la veille de cette réunion, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a appelé à trouver "une réponse européenne commune", dans une lettre adressée au Premier ministre espagnol. "Cet épisode montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles", a-t-elle écrit.

Elle évoque comme solution "une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l'utilisation de barrières physiques", mais nuance : "La protection de l'ensemble de nos frontières extérieures constitue une responsabilité européenne partagée."

"Menace pour l'Europe"

La droite et l’extrême droite européennes, en particulier, reprochent à l’Espagne sa politique migratoire, parmi les plus souples de l’Union européenne, et le manque de contrôles aux frontières. Jeudi, la Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni est allée jusqu’à demander de suspendre l'Espagne de l'espace Schengen.

Une mesure soutenue par le Danemark et la Finlande, bien qu'elle ne soit pas prévue par les textes européens. "Les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen", a souligné pour sa part la ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen, membre de la droite populiste.

Politique migratoire : la crise de Ceuta ravive les divisions européennes
Une capture d'écran d'une publication de la ministre de l’Intérieur finlandaise, Mari Rantanen, sur X le 31 juillet 2026. © X

Même son de cloche du côté de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, du parti social-démocrate (de centre gauche) : "Une immigration incontrôlée constitue une menace pour l'Europe et pour le Danemark."

"Du pur théâtre politique"

Pour Camille Le Coz, directrice de l’Institut de politique migratoire européenne interrogée sur l'antenne anglophone de France 24, "les images des migrants qui se ruent en masse dans les rues de Ceuta ont été utilisées politiquement par les partis de droite et d’extrême droite dans toute l’Europe, pour montrer que l’Europe était attaquée."

"C'est du pur théâtre politique car, comme cela a été bien documenté, personne n'est venu de Ceuta en Espagne continentale", a-t-elle indiqué.

Selon Madrid, la quasi-totalité des migrants sont depuis repartis au Maroc, l’entrée à Ceuta ne donnant pas le droit de rester en Espagne, ni de gagner la péninsule Ibérique, ni de voyager librement en Europe, conformément à la réglementation de l'espace Schengen, ont rappelé des responsables espagnols.

Au Maroc, les migrants de retour après leur passage à Ceuta

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Politique migratoire : la crise de Ceuta ravive les divisions européennes
Image de couverture : © France 24
02:07

L'Espagne isolée

Malgré tout, Rome a décidé de renforcer les contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne. "Il s'agit d'une mesure exceptionnelle, adoptée pour protéger la sécurité nationale et prévenir d'éventuelles répercussions pour notre Nation", a justifié Giorgia Meloni vendredi sur X.

Politique migratoire : la crise de Ceuta ravive les divisions européennes
Une capture d'écran d'une publication sur X de Giorgia Meloni, la Première ministre italienne d’extrême droite, le 31 juillet 2026. © X

Une politique suivie également par le Portugal et la France, où le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé "une invasion migratoire coordonnée du territoire européen".

L’Espagne se retrouve ainsi isolée, bien que Paris et Londres se soient proposés d'apporter de l’aide.

"À un moment où l'UE tente de réparer toute cette vision passée pour construire un système commun, nous voyons certains États membres utiliser la situation pour attaquer le gouvernement espagnol, qui est actuellement assez isolé sur la scène européenne", souligne Camille Le Coz.

La réunion ministérielle de mardi devrait aborder la question du renforcement de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, et celle de l’efficacité de la coopération entre l’UE et le Maroc.

Avec AFP et Reuters