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Nigeria : des dizaines de personnes tuées dans des frappes aériennes de l'armée dans le Nord-est
Dans l'État de Yobe, situé dans le nord-est du Nigeria, le village de Jilli a été la cible samedi de frappes provenant d'avions militaires nigérians qui poursuivaient des jihadistes de Boko Haram. Selon l'ONG Amnesty international, le bilan s'élève à plus de 100 morts. L'armée nigériane a indiqué avoir mené une frappe à Jilli, sans préciser le nombre de victimes.
Photo d'archive d'habitants dans une rue de Dapchi, dans l'État de Yobe au Nigeria, le 22 février 2018. © AFP

Des dizaines de personnes, dont de nombreux civils, ont été tuées samedi 11 avril par des avions militaires qui poursuivaient des jihadistes dans l'État de Yobe, dans le nord-est du Nigeria, ont indiqué dimanche des habitants et l'ONG Amnesty International.

Le pays le plus peuplé d'Afrique est confronté depuis 17 ans à une insurrection jihadiste, déclenchée en 2009 par des violences de Boko Haram et également nourrie par des factions dissidentes puissantes, comme le groupe État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP).

Au cours des 10 derniers jours, plus de 100 personnes ont été tuées dans le nord du pays par des jihadistes et des bandes criminelles, appelées "bandits", qui ont intensifié depuis l'an dernier leurs raids contre des bases militaires et des villages dans ces régions proches du Sahel.

Les frappes aériennes de l'armée nigériane ont déjà coûté la vie à des civils par le passé. Les enquêtes qui s'ensuivent n'aboutissent généralement à aucun résultat concret.

Le nombre de victimes des frappes menées samedi dans le village de Jilli, dans l'État de Yobe, diffère selon les sources. Amnesty International a avancé un bilan de "plus de 100 morts" et "35 personnes grièvement blessées" dans une publication sur le réseau social X, tandis que Lawan Zanna Nur, un chef local, a évoqué environ "200 morts et blessés".

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"Les blessés ont été transportés vers les hôpitaux de Geidam et de Maiduguri. Nous parlons de dizaines de morts, mais il est difficile de donner un bilan précis", a ajouté Lawan Zanna Nur.

Un marché contrôlé par Boko Haram, d'après les services nigérians

Dans un communiqué publié dimanche sur X, l'armée nigériane a indiqué avoir mené une frappe à Jilli, sans préciser le nombre de victimes. Selon elle, cette zone est depuis longtemps connue pour être "un important corridor de déplacement terroriste et un point de convergence pour les terroristes de l'ISWAP et leurs collaborateurs".

"Le 11 avril 2026, plusieurs rapports ont signalé des déplacements de pick-up armés et de motos de l'ISWAP le long de cet axe", a-t-elle ajouté.

Suite à des allégations de victimes civiles lors du bombardement, "le chef d'état-major de l'armée de l'air a ordonné l'activation immédiate de la cellule d'enquête sur les dommages causés aux civils, afin de se rendre sans délai sur les lieux pour une mission d'établissement des faits visant à vérifier ces accusations", a indiqué l'armée dans un autre communiqué diffusé dimanche.

Ibrahim Liman, membre d'un groupe d'autodéfense antijihadiste à Maiduguri, a indiqué de son côté que "certains blessés ont été transportés à Maiduguri, environ 70 personnes, car l'hôpital de Geidam ne peut pas s'occuper du nombre important de victimes".

"Le marché de Jilli attire des commerçants venant d'aussi loin que les États de Kano et de Jigawa (nord-ouest). Le marché est entièrement contrôlé par Boko Haram, qui assure la sécurité et collecte des taxes auprès des commerçants. Nous avons étudié ce marché pendant longtemps", a expliqué à l'AFP une source au sein du renseignement nigérian.

Des civils touchés 

Les bombardements aériens de l'armée nigériane touchent régulièrement des civils. En juin 2025, au moins 20 civils avaient été tués par une frappe aérienne dans l'État de Zamfara (nord-ouest), où l'armée lutte contre des bandits qui attaquent, pillent puis incendient des villages, et tuent ou enlèvent les habitants.

En février 2025, six civils avaient aussi été tués par un avion militaire qui poursuivait des gangs criminels dans l'État de Katsina (nord).

Les violences qui se multiplient ces derniers mois dans le nord du Nigeria sont nourries à la fois par des groupes jihadistes et des bandes criminelles, sur fond d'extrême pauvreté dans cette région.

Dans le nord-est du pays, les groupes jihadistes ont été repoussés des territoires qu'ils contrôlaient au plus fort du conflit mais poursuivent leurs actions dans les zones rurales, où les attaques ont augmenté ces derniers mois.

L'insurrection jihadiste a fait plus de 40 000 morts et déplacé environ deux millions de personnes dans le nord-est du Nigeria, majoritairement musulman, depuis son déclenchement en 2009.

En décembre, les États-Unis, venant appuyer le Nigeria, avaient bombardé le nord-ouest de l'État de Sokoto (nord), ciblant des combattants du groupe État islamique au Sahel (ISSP), habituellement présents au Niger voisin, au Mali et au Burkina Faso.

Washington a depuis commencé à déployer 200 soldats au Nigeria pour soutenir et former les soldats nigérians dans leur lutte contre les groupes jihadistes.

Avec AFP