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Menaces de Trump contre l’Iran : les appels "inutiles" à l’invocation du 25e amendement
Après que Donald Trump a menacé de détruire "toute une civilisation" en Iran, ses propos ont ravivé les appels à invoquer le 25e amendement. Cette procédure permet de destituer un président jugé incapable d’exercer ses fonctions. Un mécanisme hors de portée politique, même si des indices suggèrent une baisse de popularité du locataire de la Maison Blanche.
Le président Donald Trump à la Maison Blanche à Washington, le 6 avril 2026. © Julia Demaree Nikhinson, AP

Habitué des polémiques, Donald Trump a franchi un nouveau cap, le 7 avril, en menaçant de détruire "toute une civilisation" en Iran. Ces propos ont provoqué une rare contestation jusque dans son propre camp.

Côté démocrate, la réaction a été immédiate. Plus de 70 élus mettant en doute les aptitudes mentales du président américain ont appelé à sa destitution. Certains ont invoqué le 25e amendement – qui permet au vice‑président et au cabinet de déclarer qu’un président n’est plus capable d’exercer ses fonctions – et d’autres ont déposé des articles de destitution.

Plus frappant, certaines figures conservatrices ont aussi vivement réagi. "25E AMENDEMENT !!! Pas une seule bombe n’est tombée sur l’Amérique. Nous ne pouvons pas tuer toute une civilisation. C’est le mal et la folie", a écrit sur X l’ancienne représentante de Géorgie, Marjorie Taylor Greene. Elle était autrefois l’une des plus ferventes soutiens de Donald Trump. Un autre de ses anciens fidèles, Tucker Carlson, l’a accusé de menacer d’"un crime de guerre, un crime moral".

Des signes de malaise ont aussi pointé du côté des alliés les plus solides du président américain. Trisha Hope, militante du 6 janvier et ancienne partisane inconditionnelle qui a fait campagne pour les personnes condamnées après l’assaut du Capitole, a rompu le rang en écrivant sur X qu’elle ressentait une "profonde tristesse" et que "ce n’est pas le mouvement Maga qui a changé, c’est Trump… il a échoué dans sa mission et il est temps qu’il quitte ses fonctions."

Le lendemain de ses ses propos polémiques, Donald Trump a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran. Mais la tempête politique n’a montré aucun signe d’essoufflement.

Un mécanisme constitutionnel qui "n’a jamais été invoqué"

Le 25e amendement a été ratifié à la suite de l’assassinat du président John F. Kennedy, en 1967. Il a établi une ligne claire de succession présidentielle et a mis en place dans sa section 4 une procédure permettant de destituer un président jugé incapable d’exercer ses fonctions. Mais ce mécanisme est loin d’être simple et "n’a jamais été invoqué", comme l’explique Mario Del Pero, professeur de politique américaine à Sciences-Po Paris.

Le vice‑président et la majorité du cabinet doivent d’abord adresser une déclaration écrite aux deux chambres du Congrès dans laquelle ils affirment que le président n’est pas en mesure d’assumer son rôle. Le vice‑président devient alors immédiatement président par intérim. Mais si le président conteste cette décision – ce que ferait certainement Donald Trump –, la question revient au Congrès. Une majorité des deux tiers à la Chambre des représentants et au Sénat est alors nécessaire pour maintenir la destitution.

"Ce que nous voyons aujourd’hui, et que nous avons vu aussi après le 6 janvier 2021, n’a aucun précédent en tant que débat politique et public de grande ampleur", estime Mario Del Poro.

Un cabinet "d’ultra‑fidèles" et une base qui tient bon

L’instant où le 25e amendement a le plus failli être invoqué remonte aux derniers jours du premier mandat de Donald Trump, immédiatement après le 6 janvier 2021. Cela ne s’est finalement pas produit. Et les obstacles aujourd’hui sont encore plus importants.

L’actuel cabinet du président américain est composé "d’ultra‑fidèles et de fanatiques", selon Mario Del Poro. Le vice-président garde, quant à lui, une certaine proximité avec Donald Trump. Cette semaine, J. D. Vance –, principal acteur potentiel de toute invocation de la section 4 – se trouvait à Budapest. Il a appelé le président américain au téléphone afin que ce dernier s’adresse à la foule lors d’un rassemblement politique en soutien au Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Aucun membre du cabinet n’a publiquement rompu avec Donald Trump au sujet de la rhétorique sur l’Iran.

Denis Lacorne se montre tout aussi sceptique sur une possible invocation du 25e amendement. "Ça ne fonctionne jamais, sauf si le président est dans le coma. Il y a tellement de restrictions. En réalité, c’est inutile", explique le politologue émérite qui étudie les présidents américains depuis les années 1960.

Par ailleurs, les fissures restent superficielles même au sein de Maga, soutient Denis Lacorne. Les figures qui se sont exprimées contre Donald Trump ont une réelle influence en tant que commentateurs et personnalités publiques, mais ne représentent pas un effondrement généralisé de la base. "L’électeur Maga moyen suit Trump, pas Tucker Carlson", ajoute Mario Del Pero.

Un langage sans précédent dans l’histoire politique américaine

Alors que le mécanisme politique entourant le 25e amendement montre ses limites, la rhétorique actuelle de Donald Trump est sans précédent dans l’histoire américaine pour un chef d’État américain. Dans le média The Atlantic, l’historienne Barbara A. Perry relève que tous les précédents présidents américains ont cherché, malgré leurs défauts dans le cercle privé, à paraître mesurés et responsables lorsqu’ils s’adressaient à la nation au sujet de la guerre.

Les diatribes grossières de Richard Nixon étaient confinées à des conversations enregistrées avec son entourage. Même lors de la crise des otages iraniens de 1979, Jimmy Carter, ancien officier de marine, avait privilégié la diplomatie patiente plutôt qu’un discours public incendiaire, estimant qu’un langage agressif mettrait en danger les 66 Américains retenus à Téhéran.

Aussi, la publication de Donald Trump le dimanche de Pâques, qualifiant les dirigeants iraniens de "tarés" et les avertissant qu’ils "vivraient en enfer", tranche radicalement avec "ses prédécesseurs, même les plus grossiers", selon Barbara A. Perry.

Maintenir l’unité de la loyale base Maga

Si la destitution semble hors de portée tant que les républicains contrôlent les deux chambres, et que le 25e amendement est politiquement inopérant, les contre‑pouvoirs les plus efficaces face à Donald Trump sont venus des tribunaux. Des juges fédéraux ont bloqué plusieurs décrets présidentiels pour des motifs constitutionnels. Même la Cour suprême, globalement favorable au programme de l’administration, a bloqué certaines initiatives majeures, notamment en matière de droits de douane, infligeant un revers significatif au président.

Une victoire des démocrates aux élections de mi‑mandat, en novembre prochain, pourrait modifier davantage l’équation. Le contrôle de la Chambre des représentants leur donnerait la présidence de commissions clés dotées d’un pouvoir de citation à comparaître. Cela ouvrirait la voie à des enquêtes sur les affaires de la famille Trump, ses investissements dans les cryptomonnaies ou encore les liens financiers entre les États du Golfe et l’administration.

Pour Mario Del Pero, "si de grands scandales éclatent, il pourrait y avoir une ouverture pour une procédure de destitution. Mais c’est un avenir lointain." Pour l’instant, la survie politique de Donald Trump repose sur une seule variable : la loyauté de la base Maga et sa capacité unique à la maintenir unie. "Trump fait le Maga, il absorbe même les volte-face politiques les plus radicales", conclut le professeur de politique américaine. "Retirez Trump et les divisions au sein de Maga exploseront."

Cet article est une adaptation de Jean-Luc Mounier du papier original en anglais disponible ici.