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En Espagne, l’euthanasie de la jeune Noelia Castillo relance le débat sur la fin de vie
Devenue paraplégique à la suite d’une tentative de suicide, Noelia Castillo, 25 ans, a été euthanasiée jeudi en Espagne au terme d'une éprouvante bataille judiciaire avec son père, qui s'opposait à sa décision. L'affaire suscite suscite un vif débat sur la fin de vie dans un pays marqué par un profond héritage catholique mais où l'aide à mourir est légale depuis 2021
Noelia Castillo lors de son interview accordée à Antena 3 quelques jours avant son euthanasie. © Capture d'écran YouTube

C'est un cas exceptionnel qui bouleverse l'Espagne et illustre la complexité des questions liées à la fin de vie. Une jeune femme paraplégique a été euthanasiée, jeudi 26 mars, dans un hôpital de Catalogne, à sa demande, après près de deux ans de bataille judiciaire avec son père qui s'opposait à son choix.

"Je veux partir en paix maintenant, arrêter de souffrir. Un point c'est tout", avait confié la jeune femme, dans son ultime entretien diffusé mercredi par la chaîne de télévision Antena 3, décrivant une vie pleine de souffrances, marquée par une enfance sous tutelle de l'administration et des violences sexuelles.

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Noelia, 25 ans, est décédée jeudi en début de soirée dans un hôpital de Sant Pere de Ribes, à 40 kilomètres de Barcelone (nord-est), ont indiqué la télévision espagnole et d'autres médias, après le rejet jusqu'à ces dernières heures de recours déposés par son père.

"Nous ne sommes pas face à (un cas) d'euthanasie. Nous sommes face à un suicide assisté", a dénoncé juste avant l'opération devant l'hôpital l'avocat de l'association ultraconservatrice "Abogados Cristianos" (Avocats chrétiens), José María Fernández, qui représentait le père de Noelia.

"Culture de la mort"

Chez les partisans de l'aide à mourir, c'est au contraire le soulagement qui prédomine mais aussi l'inquiétude de constater des failles dans la législation sur l'euthanasie adoptée en 2021 par le Parlement. Elle fait de l'Espagne l'un des rares pays permettant à un patient atteint d'une maladie incurable de recevoir de l'aide pour mourir.

Depuis l'entrée en vigueur de cette loi et jusqu'à la fin de l'année 2024, 1 123 personnes ont été euthanasiés dans le pays, selon les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé

"Qu'on contourne la loi pour pouvoir faire quelque chose comme l'ont fait les Abogados Cristianos, à savoir trouver une brèche par laquelle tenter de faire tomber la loi, cela nous a mis en colère et inquiétés", déplore auprès de l'AFP Cristina Vallès, présidente de l'association "Droit de mourir dans la dignité" de Catalogne.

En août 2024, le père de Noelia avait obtenu gain de cause auprès de la justice espagnole car selon lui, sa fille souffrait de troubles mentaux pouvant "affecter sa capacité à prendre une décision libre et consciente".

Fin février, le Tribunal suprême à Madrid, plus haute juridiction en Espagne, avait finalement rejeté un nouveau recours, confirmant l'octroi de la prestation d'aide à mourir à la jeune femme. Son père avait toutefois tenté un ultime recours devant la Cour européenne des Droits de l'Homme.

Dans la presse nationale, les éditoriaux traduisent les tiraillements qui agitent la société espagnole où l'influence de l'Église reste importante. Journal de centre gauche, El Pais affirme que "les tentatives visant à faire obstacle, par voie judiciaire, au droit à l'euthanasie de cette jeune femme n'ont fait que prolonger ses souffrances"

À droite, le ton est tout autre. "Si les personnes qui demandent l'euthanasie n'ont pas préalablement eu accès à tous les moyens thérapeutiques et de soutien disponibles, le risque existe que l'aide à mourir soit perçue comme une issue dictée par le manque de ressources", écrit ABC, le journal madrilène qui s'inquiète d'une "culture de la mort" et pointe la responsabilité de l'État.

Journal centriste, El Mundo estime que le débat actuel sur "le cas complexe" de Noelia Castillo "ne doit pas se dérouler dans un climat de simplisme et de polarisation".

Une législation plus restrictive en France

L'histoire tragique de cette Catalane explique sans en doute en partie la nature de cette affaire qui agite l'Espagne. Jamais une personne aussi jeune n'avait demandé à être euthanasiée. Placée en foyer à l'âge de 13 ans, elle connaît très jeune un parcours cabossé. Victime d'un viol collectif en 2022, elle tente de se suicider quelques jours après son agression en se jetant du cinquième étage d'un immeuble. Une chute qui la rend paraplégique et l'enferme dans un calvaire de douleurs chroniques.

Le cas dramatique de la jeune Espagnole pourrait également nourrir le débat en France où la proposition de loi sur la fin de vie sera de retour au Sénat à la mi-mai. Les réseaux sociaux et la presse conservatrice se sont déjà emparés de l'affaire pour en faire un symbole et réclamer des garde-fous. Selon une étude Ifop de 2024, plus de neuf Français sur dix (92 %) se déclarent favorables à l’euthanasie lorsque le patient, atteint d’une maladie incurable, en formule la demande. 

À ce stade, la future législation française est toutefois bien plus restrictive que de l'autre côté des Pyrénées. Elle prévoit cinq conditions pour accéder à une aide à mourir, dont un pronostic vital engagé. En Espagne, le texte exclut la question du temps qu'il reste à vivre au patient. Il évoque simplement des pathologies sans espoir de guérison et des "souffrances intolérables".

Avec AFP