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Hantavirus : bien que peu contagieux, le virus se transmet bien d’humain à humain
Plusieurs internautes et des personnalités controversées comme l’homme politique français Nicolas Dupont-Aignan affirment que l’hantavirus ne serait pas transmissible d'une personne à l'autre. Les scientifiques confirment pourtant que la souche du virus repérée sur le navire de croisière MV Hondius peut bien se transmettre d’homme à homme.
Contrairement à ce qu'affirment des internautes le 7 mai 2026, selon son espèce, l'hantavirus peut bien se transmettre d'homme à homme. © X

Le 3 mai dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait le décès de trois passagers sur le MV Hondius, un navire de croisière naviguant sur l'océan Atlantique, causé par un foyer infectieux d'hantavirus. Le virus, qui a une létalité de 38 % selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies américaines, a conduit à des mesures d'isolement et de suivi drastiques des malades et des cas contact. 

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes estiment pourtant que ces mesures sanitaires ne seraient pas justifiées : en effet, selon eux, l'hantavirus ne se transmettrait de toute manière pas d'humain à humain. 

Dans une vidéo postée sur X, Nicolas Dupont-Aignant, ancien candidat nationaliste à l’élection présidentielle et actuel maire de Yerres, affirme ainsi que les "scientifiques" auraient déclaré que "[l'hantavirus] ne se transmet pas d'homme à homme, mais entre les animaux".

Toujours sur le réseau X, des internautes affirment qu'au début des années 1990, l'hantavirus n'était pas considéré comme contagieux. Ils partagent comme prétendue preuve une fiche d'information attribuée au département de la santé du bassin de San Juan (Colorado), aux États-Unis, où il est effectivement mentionné que le virus n'est pas transmissible de personne à personne. 

Cette supposée fiche d'information du département de la santé du bassin de San Juan dans le Colorado, republiée par des internautes le 7 mai, fait très probablement référence à une autre espèce d'hantavirus, effectivement non transmissible d'une personne à l'autre, que le virus présent sur le le MV Hondius. Source X.

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Cependant, contrairement à ce qu'affirment ces internautes, la souche d'hantavirus identifiée sur le MV Hondius est bien transmissible entre humains. 

Une espèce différente de virus

Le département de la santé de San Juan est un organisme de santé qui a réellement existé dans l'État du Colorado. La structure a été cependant dissoute le 1ᵉʳ janvier 2024. Il est donc difficile de confirmer ou d’infirmer l’authenticité de la fiche d’information sur l’hantavirus partagée en ligne.

En effectuant une recherche à l'aide de la Wayback Machine – un site qui archive les sites internet – des pages du site internet du département de la Santé de San Juan mentionnant dans leur adresse le mot "hantavirus", on retrouve une page de prévention sur la maladie publiée en 2001. On y retrouve la même affirmation que celle présente dans la fiche d’information qualifiant le virus de "non contagieux" de "personne à personne".

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, le service de santé publique du comté de La Plata, un organisme qui a pris la succession du département de la santé de San Juan à sa fermeture, estime que la fiche d’information partagée sur les réseaux sociaux "a l’air authentique", sans en être toutefois entièrement certain. 

Pour autant, il ne faut pas en déduire, comme le font les internautes, que le virus détecté à bord du MV Hondius ne peut pas se transmettre d’humain à humain.

D'abord, si le service de santé de La Plata confirme que l’hantavirus est présent dans le Colorado depuis 1993, il explique aussi que la souche présente dans cet État est le virus Sin Nombre, une espèce totalement différente de l’hantavirus Andes retrouvé sur le MV Hondius.

Des médecins contactés par notre rédaction confirment cette différence. "Ce n’est pas du tout le même virus. Il y a clairement une récupération politique dans un contexte pré-élection présidentielle qui joue sur l'ambiguïté entre le nom du genre et l’espèce de l'orthohantavirus, qui sont deux catégories bien différentes", déplore Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’université de Montpellier et au CHU de Nîmes. 

"C'est comme un peu les voitures. Vous avez la marque et puis après vous avez les modèles : vous avez le virus Andes, vous avez le virus du Jura, vous avez le virus du Colorado, ce sont des virus différents", décrypte Bruno Lina, chef de service virologie des Hôpitaux civils de Lyon.

Une transmission interhumaine constatée que pour l’hantavirus Andes

Ensuite, s’il est effectivement établi que le virus Sin nombre, comme la majorité des hantavirus, ne se transmet effectivement pas d’humain à humain, ce n’est pas le cas pour le virus Andes.

"Le virus Andes est le seul représentant de ce groupe pour lequel il y a une transmission interhumaine établie", souligne Mircea Sofonea. 

Contrairement à ce qu’affirme Nicolas Dupont-Aignan, la transmission de personne à personne de l’hantavirus Andes a bien été documentée par les scientifiques, notamment dans une étude publiée par le The New England Journal of Medicine à propos d’un foyer infectieux repéré en Argentine en 2019. La transmission interhumaine du virus Andes nous a également été confirmée par le service de santé publique du comté de La Plata.

La contagiosité de cet hantavirus est cependant "très faible", souligne Bruno Lina. Seul un contact "relativement prolongé" avec une personne infectée peut entraîner une transmission du virus, rappelle en effet Mircea Sofonea.

Si on ne dispose pas encore de toutes les données épidémiologiques, le R0, le taux de reproduction de base de l’hantavirus, serait juste "aux alentours de 1", estime Bruno Lina. Pour comparaison, durant la pandémie de 2020, le R0 du Covid était évalué à environ 3,28, ce qui signifie qu’une personne infectée pouvait en contaminer trois autres en moyenne. 

"Si une personne avait été infectée par la Covid à bord du MV Hondius, où se trouvaient 150 passagers, on aurait fini par avoir une soixantaine de malades. Pour le hantavirus, on a eu un nombre très réduit de cas", explique Bruno Lina. À l’heure actuelle, l’hantavirus a été en effet confirmé chez seulement sept patients.

"Avec un tout petit peu de mesures barrières, des mesures d'hygiène, on peut faire descendre le R0 en dessous de un, et à ce moment-là l'épidémie s'arrêtera", veut rassurer le virologue.