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À Cannes, le boycott des anti-Bollorés annoncé par Canal+ secoue le festival
L'annonce de Maxime Saada, patron de Canal+, du boycott des signataires d'une tribune anti-Bolloré suscite l'embarras au festival de cinéma international de Cannes. Plus de 600 professionnels du cinéma sont concernés, alors que le doute plane au-dessus de la Croisette sur la mise en oeuvre du boycott par le plus grand financeur du cinéma français.
Des techniciens installent le tapis rouge au Palais des Festivals avant la cérémonie d'ouverture du 79e Festival international du film de Cannes, dans le sud de la France, le mardi 12 mai 2026. © Andreea Alexandru, AP

Alors que les projections continuent au festival de Cannes, le cinéma français a les yeux rivé sur les coulisses. La décision choc du patron de Canal+ de boycotter les signataires d'une tribune anti-Bolloré a secoué lundi le festival de Cannes, suscitant embarras et inquiétude au sein d'une filière économiquement fragilisée.

En appelant dimanche son groupe à "ne plus travailler" avec ces 600 professionnels du cinéma, dont Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi ou Swann Arlaud, Maxime Saada a éclipsé la course à la Palme d'or et soulevé des questions sur sa mise en oeuvre concrète.

À Cannes, le boycott des anti-Bollorés annoncé par Canal+ secoue le festival
Un employé déroule le tapis rouge devant le Palais des Festivals à Cannes le 12 mai 2026 © Antonin THUILLIER / AFP

Sur la Croisette, des professionnels se sont émus lundi d'une possible mise à l'écart de centaines d'acteurs, cinéastes, professionnels, techniciens pour avoir dénoncé "l'emprise grandissante de l'extrême droite" dans le 7e art par l'intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+, premier financeur du cinéma français.

"On est face à un formidable gâchis", a déclaré en conférence de presse Alain Attal, un des producteurs de "Garance", en compétition à Cannes. "Cette réaction à chaud crée une espèce de liste noire et en même temps, on est emmerdé parce qu'on a une formidable maison (Canal+) qui soutient la diversité".

Chaque année, le groupe alloue quelque 170 millions d'euros au cinéma français, finançant grosses productions et films d'auteur. "Canal soutient tous les cinémas, toute la diversité" et a vocation "à investir davantage", avait d'ailleurs réaffirmé Maxime Saada dimanche, notant que des films marqués à gauche comme "L'histoire de Souleymane" ont bénéficié de ces financements.

Mais c'est son appel à ne plus travailler avec les signataires de la tribune anti-Bolloré, publiée à l'orée du festival de Cannes, qui a retenu l'attention et fait frémir le milieu.

Des "menaces" que entretiennent l'"anxiété"

"Je comprends d'où est née cette tribune, elle est née d'une peur, d'une anxiété, c'est sûr que quand derrière on entend 'liste noire', 'menaces', ça ne fait qu'entretenir cette anxiété", a réagi Jeanne Herry, réalisatrice de "Garance".

La tribune, qui espérait surfer sur la fronde anti-Bolloré dans l'édition, était toutefois loin d'avoir fait le plein dans le milieu, où certains peinaient à déceler une inflexion idéologique dans les choix de Canal+.

À Cannes, le boycott des anti-Bollorés annoncé par Canal+ secoue le festival
Maxime Saada, président de Canal+, à son arrivée à la 46e cérémonie des César à l'Olympia à Paris, le 12 mars 2021 © Thomas SAMSON / POOL/AFP/Archives

"On voit à quel point nous, on est soutenus (par Canal+, NDLR) sur des projets divers, complexes, et à quel point ils ont envie d'un cinéma différent et multiple", a déclaré Hugo Sélignac, à la tête de Chi-Fou-Mi productions, disant comprendre que les équipes de Canal aient pu être "vexées" par la tribune mais rejetant toute mise à l'écart de ses signataires.

"Bien sûr on va retravailler avec eux", a-t-il ajouté.

Dans la matinée, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, avait, lui aussi, dit "regretter" la réaction de Maxime Saada, tout en prenant ses distances avec la tribune.

Un enjeu politique

La réponse de M. Saada, "sur le plan de la liberté d'expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental", a-t-il détaillé sur France Inter, tout en rappelant que jusqu'à maintenant, Canal+ soutenait "tous les cinéastes".

À Cannes, le boycott des anti-Bollorés annoncé par Canal+ secoue le festival
Le milliardaire conservateur Vincent Bolloré à l'Assemblée nationale à Paris, le 24 mars 2026, pour une audition par la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public © Thomas SAMSON / AFP/Archives

A un an de la présidentielle et alors que le CNC est sous le feu de l'extrême droite, la polémique a rebondi côté politique.

A gauche, des personnalités de gauche se sont indignées de la sortie de Maxime Saada. "L’extrême droite n’a jamais aimé la liberté, ni la création, ni le service public", a dénoncé le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

La députée LFI Clémence Guetté a appelé à démanteler "l'empire médiatique Bolloré", comme son parti le propose dans son programme présidentiel.

D'autres voix se sont élevées pour défendre la prise de position de Maxime Saada.

"Je n'ai jamais entendu Canal+ être accusé de ne pas assumer une diversité dans les films qu'il coproduit", a affirmé le député Renaissance Sylvain Maillard, invitant les signataires de la tribune "à plutôt se consacrer à leur art qu'est le cinéma plutôt qu'à faire de la politique".

Avec AFP