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RD Congo : l'inquiétante propagation d'une souche rare du virus Ebola, sans vaccin ni traitement
Une nouvelle flambée du virus Ebola, liée à la souche hautement létale Bundibugyo, frappe l’Ituri en RD Congo et inquiète l’OMS, qui a déclenché son deuxième plus haut niveau d’alerte. Sans vaccin homologué ni traitement spécifique, l'épidémie a déjà fait plus de 90 morts. Elle s’est étendue jusqu’à Goma et a provoqué un premier décès en Ouganda, alimentant la crainte d’une contamination régionale, voire internationale, malgré les messages rassurants des autorités sanitaires.
Un agent de santé frontalier au poste-frontière de Busunga, entre l'Ouganda et la RD Congo, contrôle la température d'un voyageur à l'aide d'un thermomètre infrarouge sans contact, le 18 mai 2026. © Badru Katumba, AFP

C'est un variant hautement létal qui se propage rapidement. Une nouvelle flambée de virus Ebola inquiète l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a déclenché, dimanche 17 mai, son deuxième niveau d'alerte internationale le plus élevé, dernière étape avant celle de la pandémie.

L'épidémie est née dans la province de l'Ituri, à l'est de la RD Congo, près des frontières avec l'Ouganda et le Soudan du Sud. La province n'avait pas connu d'épidémie de cette fièvre hémorragique extrêmement contagieuse depuis 2019.

S'il s'agit de la 17ᵉ épidémie d'Ebola éprouvée par la RD Congo, il ne s'agit que de la troisième apparition de cette souche particulièrement mortelle, appelée Bundibugyo, apparue pour la première fois en Ouganda en 2007, et pour la dernière fois en 2012.

"Les deux premières ont fait moins de cas que celle-ci, donc on ne connaît pas encore tant de choses que cela", expliquait dimanche sur France 24 Florent Uzzeni, responsable adjoint des urgences à Médecins sans frontières (MSF), en partance pour la RD Congo. "J'espère que l'on va pouvoir apporter des traitements et pourquoi pas travailler sur un vaccin, mais c'est encore difficile aujourd'hui de dire exactement comment va se comporter cette épidémie."

Sur place, les habitants décrivent des décès en cascade.

Au moins 90 personnes sont mortes en RD Congo, et un premier décès a été confirmé de l'autre côté de la frontière ougandaise, à Kampala. Un nouveau cas vient par ailleurs d'être annoncé à Goma, ville congolaise de plus d'un million d'habitants – contrôlée par le groupe armé M23 – située à plus de quinze heures de route du foyer épidémique.

Parmi les dernières données inquiétantes : plusieurs ressortissants des États-Unis, actuellement présents en RD Congo, auraient été exposés à des cas suspects, et certains auraient eu des contacts à haut risque, a rapporté dimanche STAT News. Au moins l'un de ces Américains pourrait avoir développé des symptômes, précise cette agence de presse américaine spécialisée dans les sujets santé, sans que cela n'ait, à ce stade, été confirmé.

Propagation transfrontalière

Découvert en 1976 lors de flambées simultanées au Soudan et dans l'ex-Zaïre (actuelle RD Congo), le virus Ebola a contaminé en 50 ans plus de 40 000 personnes et entraîné plus de 16 000 décès dans le monde, avec des taux de létalité variant fortement selon les souches. La souche la plus connue, Ebola-Zaïre, est responsable des flambées les plus meurtrières, notamment en Afrique de l'Ouest en 2014-2016.

Si plusieurs traitements ont montré une réduction significative de la mortalité, et qu'un vaccin a lui aussi fait ses preuves autour des cas d'Ebola-Zaïre, il n'existe cependant ni vaccin homologué, ni traitement spécifique validé pour la souche Bundibugyo – moins connue et moins étudiée – impliquée dans la flambée actuelle en RD Congo.

La prise en charge de cette souche, dont le taux de létalité atteint jusqu'à 50 %, repose donc sur le diagnostic précoce, l'isolement des malades, des soins intensifs de soutien et le traçage rapide des contacts.

🩸 Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides biologiques (sang, salive, selles, sperme, vomissements) d'une personne symptomatique ou décédée, ou via des surfaces contaminées.

🦠 Les personnes décédées restent très contagieuses après la mort. Les contacts directs avec leur corps – toilette mortuaire, habillage, embrassades, transport, rites funéraires – exposent donc fortement au risque de transmission.

🔎 La maladie débute souvent comme une forte grippe avec des symptômes tels que fièvre, fatigue, douleurs musculaires, avant d'évoluer vers des atteintes digestives, neurologiques ou hémorragiques dans les formes sévères.

🦇 Les chauve-souris frugivores de la famille des ptéropodidés sont suspectées d'être le principal réservoir naturel de la maladie.

Alors que deux cas, dont un décès, ont été enregistrés en Ouganda, et que circule l'information selon laquelle des Américains auraient été en contact avec le virus, la crainte que l'épidémie s'exporte commence à émerger. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) reconnaissent aider au retrait sécurisé d'un petit nombre d'Américains "directement affectés".

Dans un communiqué publié dimanche, les CDC se montrent toutefois rassurants : "À l'heure actuelle, le risque pour la population américaine demeure faible."

En 2014, la plus forte épidémie d'Ebola connue à ce jour avait contaminé plus de 28 000 personnes (et causé plus de 11 300 décès). Une dizaine de cas avaient été recensés en dehors du continent africain, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne, mais aussi en France.

"Sur les 28 000 cas, il n'y avait eu que dix cas [exportés hors d'Afrique], et ils n'avaient pas donné lieu à des chaines de contaminations secondaires", relativise Éric D'Ortenzio.

Selon la plupart des spécialistes interrogés, le risque circule déjà à l'échelle régionale, le virus ayant déjà franchi une frontière, notamment en raison de la nature du terrain sur lequel il se développe. "Le foyer initial se situe en effet autour de Mongbwalu, une ville minière relativement isolée d'Ituri. L'accès routier y est difficile et les infrastructures médicales y sont fragiles", rapportait samedi l'ONG Médecins sans frontières (MSF) dans un communiqué. Or, l'homme décédé dans la capitale ougandaise a été décrit comme un cas importé depuis la RD Congo.

"Le fait que des personnes déjà malades espèrent obtenir de meilleurs soins médicaux en dehors de leur région de vie les pousse à tenter tout ce qui leur est possible", explique en ce sens Maximilian Gertler, spécialiste en médecine tropicale et épidémiologie à l'université de Berlin. "Cela peut être à l’origine des deux cas détectés à Kampala, en Ouganda. Le cas confirmé le 17 mai dans la grande ville de Goma est tout aussi préoccupant, Goma se trouvant à la frontière avec le Rwanda. Depuis le poste-frontière, on peut rejoindre directement la capitale Kigali en trois heures de route."

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RD Congo : l'inquiétante propagation d'une souche rare du virus Ebola, sans vaccin ni traitement
© France 24
22:23

"De grandes lacunes"

Certains experts pointent par ailleurs le retard avec lequel le virus a été identifié, lui permettant ainsi de s'exporter vers l'Ouganda voisin.

Ce n'est en effet que le 5 mai que l’OMS a été informée d’un foyer de cas graves associés à un taux de mortalité élevé dans la zone sanitaire de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri.

Le premier cas suspect actuellement connu, un professionnel de santé, avait pourtant signalé l’apparition de symptômes – notamment de la fièvre, des hémorragies, des vomissements et un malaise intense – le 24 avril 2026. Ce dernier est finalement décédé dans un centre médical de Bunia. 

Le 15 mai 2026, des analyses de laboratoire ont confirmé la présence du virus Bundibugyo. Ce n'est qu'à ce moment que le ministère de la Santé de la RD Congo a déclaré la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans le pays.

"Le tableau épidémiologique comporte de grandes lacunes et l’identification des cas et des contacts constitue un défi immense", déclare le professeur Torsten Feldt, médecin infectiologue et chef de l'unité de médecine tropicale du CHU de Düsseldorf, en Allemagne.

"Nous savons que des cas ont déjà été introduits dans des régions voisines et dans au moins un pays limitrophe. Compte tenu de la forte mobilité de la population dans la région et des chaînes de transmission encore floues, il faut s’attendre à d’autres cas en dehors de la zone initiale de l’épidémie", poursuit le chercheur, précisant : "Des infrastructures sanitaires et de transport partiellement défaillantes ainsi que des conflits armés dans la zone touchée compliquent l’enquête et l’endiguement", précise-t-il.

À (re)voir Ebola en RD Congo, l’épidémie qui n’en finit pas

RD Congo : l'inquiétante propagation d'une souche rare du virus Ebola, sans vaccin ni traitement
Contrôles de température à l'entrée de l'hôpital musulman de Kibuli, où un Congolais est décédé du virus Ebola Bundibugyo, dans la banlieue de Kibuli à Kampala, en Ouganda, le 16 mai 2026. © Abubaker Lubowa, Reuters

Situation sécuritaire

"Le fait que de telles flambées d’Ebola ne soient d’abord pas reconnues rapidement arrive malheureusement souvent dans des zones où la situation sécuritaire est mauvaise et où les systèmes de santé sont en conséquence également fragiles", déplore de son côté le Dr. Stephan Becker, directeur de l'Institut de virologie de l'université Philipps de Marbourg, estimant qu'il faille craindre encore davantage de cas.

Bien que le professeur reconnaisse l'expérience de la RD Congo et de l’Ouganda dans la gestion des épidémies de filovirus [famille de virus à laquelle appartient l'espèce Ebola], une difficulté de taille demeure cependant : "Le déroulement d’une flambée dans une zone de guerre civile, comme dans l’est de la RD Congo, est imprévisible."

Une telle situation dans une zone de conflits, comme c'est le cas dans l'Ituri ou à Goma, apporte de la complexité à la gestion de la crise, confirme Sonia Maraisse, cheffe des opérations à la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en charge de la délégation de Kinshasa.

"Mais l'avantage du réseau Croix-Rouge – Croissant-Rouge et de ses volontaires est que l'on a des volontaires dans les communautés directement, donc on est implanté partout", explique-t-elle à France 24.

"On avait un peu de prépositionnement en Ituri, qui a justement permis aux personnes de la Croix-Rouge de commencer des interventions. On a tout un mécanisme au niveau national de la RD Congo, mais aussi au niveau régional de l'Afrique pour assurer l'envoi de renforts", explique-t-elle encore, énumérant les renforts privilégiés à ce stade : des kits complets permettant de procéder à des enterrements dignes et sécurisés, contenant notamment des sacs mortuaires, des équipements de protection pour les équipes, mais aussi des équipements nécessaires à la désinfection afin de limiter au maximum la propagation de l'épidémie.