
Cette capture d’écran issue d’une vidéo publiée par un blogueur militaire russe le 15 mai 2026 sur Telegram montre l’instant avant l’impact d’un drone kamikaze russe sur un véhicule de l’ONU dans la région de Kherson en Ukraine. Localisation: 46°37'16.18"N 32°34'35.76"E © Telegram / osvedomitell_alex
Il est neuf heures du matin quand un drone FPV s’abat sur un convoi de voitures blanches marquées du logo de l’ONU. La mission humanitaire était menée par les équipes du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).
Les voitures progressent les unes derrière les autres dans une zone située entre les villes de Kherson et Ostriv quand un drone kamikaze russe fonce subitement sur l’une d’entre elles.
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Accepter Gérer mes choix“Nous n’avons pas vu le drone arriver”
La frappe de drone a eu lieu alors que le convoi humanitaire traversait le pont reliant le quartier du port de Kherson à celui d’Ostriv. Une zone située à près de six kilomètres des premières positions russes, de l’autre côté du fleuve Dniepr, qui sépare les deux camps.

Andrea De Domenico, responsable du bureau de l’OCHA en Ukraine, se trouvait à bord du véhicule qui suivait la voiture ciblée par le drone :
"La première frappe a eu lieu près d’un pont situé entre Kherson et Ostriv, vers neuf heures du matin. Nous savions que c’était un passage dangereux, car c’est une zone sans couverture et très exposée ; nous roulions donc assez vite. Je filmais avec mon téléphone pour réaliser des images destinées à communiquer sur notre mission.
À la sortie du pont, le drone a touché l’arrière du premier véhicule du convoi. Nous ne l’avons pas vu arriver, d’autant que nous n’avions pas de détecteurs de drones. Heureusement, il n’y a eu aucun blessé et nous avons pu poursuivre notre route."
Le 15 mai, la chaîne Telegram du blogueur russe osvedomitell_alex — un blogueur militaire relayant les actualités des unités russes dans la région de Kherson — publie les images filmées par le drone responsable de l’attaque. La vidéo est ensuite supprimée, mais la publication a été archivée sur la plateforme TGstat, et la vidéo repostée par un autre blogueur russe.
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Accepter Gérer mes choixLes images filmées par l’appareil sont sans équivoque : le drone survole les canaux du port de Kherson avant de foncer sur une voiture du convoi empruntant le pont. Le logo de l’ONU est clairement visible sur la portière du véhicule blanc. Les images ont été géolocalisées par les équipes de volontaires du groupe GeoConfirmed.

Dans sa vidéo publiée le 15 mai, le blogueur russe osvedomitell_alex réutilise les images de l’attaque filmée par Andrea De Domenico que l’OCHA avait diffusé sur ses réseaux sociaux le 14 mai.
“Les drones nous cherchaient”
Une seconde frappe de drone a lieu dans l’agglomération d’Ostriv, située au plus près des positions russes. Cette fois, les voitures de l’ONU sont stationnées devant un bâtiment. Comme pour la première attaque, les images filmées par les drones russes ont été partagées par osvedomitell_alex puis géolocalisées par les équipes de GeoConfirmed. Le bâtiment devant lequel sont garés les véhicules de l’ONU est une ancienne école reconvertie en centre d’aide humanitaire.

Pour Andrea De Domenico, cette seconde attaque est la preuve que le convoi de l’ONU a été sciemment ciblé :
"La deuxième frappe a eu lieu vingt minutes après la première. Ils nous ont donc visés une seconde fois alors que nous étions stationnés devant un bâtiment où nous venions de livrer des produits humanitaires. Nous apportions de la nourriture dans ce centre où les habitants se retrouvent pour recharger leurs téléphones, car il n’y a plus d’électricité à Ostriv.
Alors que je parlais avec les habitants à l’intérieur du bâtiment, une forte explosion a retenti. Mes équipes sont venues me dire que la voiture avait encore été touchée. À ce moment-là, j’ai compris qu’il fallait quitter la zone, car il était clair que les drones nous recherchaient. Finalement, nous avons réussi à partir une demi-heure plus tard. "
“Nous avions notifié notre intervention six jours avant le début de la mission”
Dans son message Telegram, le blogueur russe osvedomitell_alex justifie la frappe contre la mission de l’OCHA. Selon lui, "aucune autorisation officielle, notification ou corridor de sécurité concernant cette soi-disant ‘mission humanitaire’ n’avait été communiqué. Dans une zone de combats actifs, ce type de véhicule devient automatiquement une cible". Pour l’administrateur de la chaîne Telegram russe, les voitures de l’ONU n’avaient pas à circuler dans la zone : "les images de contrôle montrent clairement que le véhicule circulait dans la zone rouge. Nos équipes l’ont immédiatement identifié comme une cible prioritaire et un objet potentiellement dangereux."
Pour Andrea De Domenico, prévenir les deux parties au conflit fait partie de la procédure précédant chaque intervention de ses équipes :
"Comme d’habitude, nous avons prévenu les deux parties au conflit de notre intervention. Cette fois-ci, nous avions notifié notre mission six jours avant son début. Tout le monde disposait donc d’une large marge de manœuvre pour s’adapter à notre présence. Après l’attaque, nous avons demandé aux parties ce qu’il s’était passé. L’OCHA n’est pas en mesure d’attribuer l’attaque à un camp ou à un autre, car ce n’est pas son rôle.
Mais il n’y a pas que les humanitaires qui sont ciblés. À Kherson, les attaques de drones contre les civils sont systématiques. Il est très important pour nous de continuer à aider les habitants de cette région. À Ostriv, plus de deux cents personnes vivent isolées. Ce sont souvent des personnes âgées et très démunies qui risquent leur vie chaque jour à cause des drones. Elles vivent sans eau ni électricité. Il est donc vital de parler à ces personnes afin de comprendre pourquoi elles ne veulent pas quitter Ostriv, qui est une localité extrêmement dangereuse.
À Kherson comme ailleurs, on voit que les portes de l’illégalité ont été ouvertes : les humanitaires sont pris pour cibles, au mépris du droit international. Les drones remodèlent la façon de faire la guerre, mais aussi la manière dont sont commis les crimes contre les civils."