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Elon Musk contre Sam Altman : ce qu'il faut retenir du procès entre les deux pionniers de l'IA
Elon Musk a été débouté lundi par un jury californien dans son procès l'opposant à son rival Sam Altman. Le patron de SpaceX reprochait à son ancien associé d'avoir trahi la vocation non lucrative d'OpenAI pour en faire une machine à cash. Voici ce qu'il faut retenir des trois semaines de débats houleux entre les deux géants de la tech.
Elon Musk arrive au tribunal au Ronald V. Dellums Federal Building, situé à Oakland, en Californie, le 30 avril 2026. © Benjamin Fanjoy, Getty Images / AFP

La justice américaine n'a pas tranché sur le fond de l'affaire mais l'issue du retentissant procès d'Open IA et de son fondateur Sam Altman sonne comme un désaveu pour Elon Musk : les neuf jurés ont estimé lundi 19 mai que le patron de Tesla et SpaceX avait entamé ses poursuites trop tard, dépassant le délai de prescription.

Le milliardaire reprochait à son ancien associé d'avoir détourné la vocation philanthropique de la start-up créée en 2015 pour bâtir l'une des entreprises les plus lucratives de la tech. Entre bataille d'égos, coups bas et trahisons, retour sur les temps forts de ces trois semaines de débats.

Un Elon Musk pas si "idiot" 

Dès l'ouverture du procès, le 28 avril, Elon Musk s'est présenté comme un cheval blanc de l'IA désireux de protéger l'humanité d'une technologie qui si elle tombait entre de mauvaises mains, pourrait "tous nous tuer".

"C'est moi qui ai eu l'idée, trouvé le nom, recruté les personnes clés, leur ai enseigné tout ce que je sais et fourni l'intégralité du financement initial", a déclaré le PDG de SpaceX à propos de la création d'OpenAI.

"J'ai donné 38 millions de dollars pour pratiquement rien, somme qu'ils ont utilisée pour bâtir une entreprise valorisée à 800 milliards de dollars. J'ai littéralement été un idiot", a-t-il déclaré, rejetant la faute sur sa propre naïveté.

En somme, Elon Musk estime s'être fait avoir avoir en donnant de l'argent à un projet qui devait rester à but non lucratif. Selon lui, Sam Altman a abusé de sa confiance en ouvrant une entité commerciale en 2019 avec l'appui financier de Microsoft. Une évolution qui donnera naissance au robot conversationnel ChatGPT trois ans plus tard. 

Mais ce récit est rapidement mis à mal par les équipes d'Altman qui dévoilent un e-mail de 2015 signé d'Elon Musk. Ce dernier a en réalité déjà envisagé le virage commercial de la fondation. Autre point avancé par les équipes d'Altman : l'évolution d'OpenIA était inévitable au regard des besoins colossaux en puissance de calcul nécessaire au développement de l'IA générative.

Pour la défense, les poursuites engagées par Musk, qui avait tenté de prendre le contrôle de l'entreprise avant de d'en claquer la porte en 2018, constituent la vengeance d'un concurrent frustré.

La taupe de Musk

Une autre série de documents va semer le trouble dans la salle d'audience : des SMS ambigus échangés entre Musk et Shivon Zilis, ancienne membre du conseil d’administration d’OpenAI et mère de quatre enfants du patron de X, conçus par fécondation in vitro. À l'époque, leur relation est tenue secrète. Une aubaine pour Musk qui, selon la défense d'Altman, fait de Shivon Zilis sa taupe au sein d'OpenAI pour garder un œil sur ses anciens associés après son départ de l'entreprise.

"Tu préfères que je reste proche et amicale envers OpenAI pour assurer la circulation des informations, ou que je commence à m’en dissocier ?", demande la jeune femme. "On va essayer de faire bouger trois ou quatre personnes d’OpenAI chez Tesla", répond Elon Musk.

Invitée à se présenter à la barre le 6 mai, Shivon Zilis a démenti avoir été une informatrice pour le compte du père de ses enfants et futur patron chez Neuralink et Tesla. 

Elon Musk contre Sam Altman : ce qu'il faut retenir du procès entre les deux pionniers de l'IA
Shivon Zilis, une ancienne employée d'OpenAI, se rend au tribunal du Ronald V. Dellums Federal Building, le 6 mai 2026 à Oakland, en Californie. © Benjamin Fanjoy, Getty Images / AFP

Réagissant aux SMS dévoilés par la défense, elle explique avoir été une "facilitatrice" entre les deux ex-associés, allant jusqu'à conseiller Altman sur la meilleure manière de communiquer avec Elon Musk.  

Très attendu par les médias américains, le témoignage de Shivon Zilis a assurément été le moment spectacle du procès mais sans permettre de faire avancer le fond du dossier.

L'image d'Altman écornée

Si la décision de la justice américaine constitue une victoire pour OpenAI, Sam Altman et son entourage ne sortent pas tout à fait indemnes de ces trois semaines de débats. 

Tout au long du procès, les avocats d'Elon Musk ont tenté de dépeindre le prodige de l'IA comme un menteur sans scrupules, un manipulateur prêt à tout pour arriver à ses fins, ayant imposé une culture d'entreprise toxique. Des accusations alimentées par une récente enquête du New Yorker parue début avril.  

Plusieurs témoins ont été appelés à témoigner comme l'ancien directeur scientifique d'OpenAI, Ilya Sutskever ou encore son ancienne directrice technique, Mira Murati. Cette dernière a estimé que Sam Altman semait "le chaos" dans l'entreprise par ses mensonges.

Elon Musk contre Sam Altman : ce qu'il faut retenir du procès entre les deux pionniers de l'IA
Sam Altman se présente au procès l'opposant à Elon Musk, le 30 avril 2026 à Oakland, en Californie. © Benjamin Fanjoy, Getty Images, AFP

Greg Brockman, l'autre cofondateur d'OpenAI, en a aussi pris pour son grade, lui qui n'a jamais investi un dollar dans l'entreprise et détient aujourd'hui 30 milliards en actions. L'accusation l'a notamment épinglé pour avoir menti à une potentielle donatrice en lui jurant avoir injecté lui-même 100 000 dollars.

Mais au rayon des coups bas, on retiendra surtout l'interrogatoire musclé de Sam Altman le 12 mai. "Êtes-vous totalement digne de confiance ?", avait lancé l'avocat de Musk, Steven Molo. Pris de court, Sam Altman avait fini par répondre : "Je pense être une honnête personne de confiance pour les affaires".

Pour appuyer ses accusations, l'avocat a fini par se tourner vers les jurés pour savoir s'ils seraient rassurés de traverser un pont suspendu construit sur la "version de la vérité" défendue par Sam Altman pendant ce procès. La proposition n'a pas semblé enchanter les neuf jurés.

Course à l'IA

À l'issue du verdict du jury, les avocats d'Elon Musk ont indiqué que leur client avait l'intention de faire appel. 

"Je vais déposer un appel (...), car créer un précédent pour piller les œuvres caritatives est incroyablement destructeur pour le don caritatif en Amérique. OpenAI a été fondée pour bénéficier à toute l'humanité", a confirmé Elon Musk dans un message publié sur son compte X.

Elon Musk contre Sam Altman : ce qu'il faut retenir du procès entre les deux pionniers de l'IA
Capture d'écran du compte X d'Elon Musk. © X

Ce dernier réclame toujours 150 milliards de dollars de dommages-intérêts ainsi que l'exclusion de Sam Altman du conseil d’administration d’OpenAI. Il souhaite également que l'entreprise revienne sur sa décision de se transformer en société à but lucratif. De quoi totalement rebattre les cartes de la course à l'IA dans laquelle s'affrontent Google, Meta ou encore Anthropic.

Mais au-delà de ces enjeux colossaux, ces trois semaines de procès auront surtout permis d'entrevoir les aspects les moins reluisants de la vie de ces pionniers de la tech, où se mêlent mensonges, bataille d'egos et amitiés brisées.

Faute d'avoir éclairci le fond de l'affaire, la décision de la justice américaine est un soulagement pour OpenAI qui peut préparer plus sereinement son introduction en Bourse. Prévue dans l'année ou début 2027, elle devrait être l'une des plus grosses opérations de l'histoire et permettre de valoriser l'entreprise à 1 000 milliards de dollars.