
Le président russe Vladimir Poutine se rend mardi 19 mai à Pékin pour une visite de deux jours afin de rencontrer son homologue chinois Xi Jinping, quatre jours seulement après le sommet sino-américain en Chine. © Studio graphique France Médias Monde
Xi Jinping enchaîne les têtes d’affiche. Après Donald Trump la semaine dernière, le dirigeant chinois reçoit à partir de mardi 19 mai son homologue russe, Vladimir Poutine.
Un calendrier "très inhabituel", reconnaît Natasha Kuhrt, spécialiste des relations entre la Russie et les pays asiatiques au département d’études sur la guerre du King’s College de Londres. Rares sont les pays qui pourraient se permettre d’inviter ainsi à la suite les deux puissances historiquement rivales, surtout dans le contexte géopolitique actuel de tensions entre Washington et Moscou. L'Ukraine, la guerre au Moyen-Orient ou encore les tensions autour des prix du pétrole sont autant de points de friction.
Vladimir Poutine traité comme Donald Trump ?
Sur le terrain protocolaire, Pékin marche sur des œufs. Donald Trump a été reçu en relativement grande pompe, avec, notamment, une visite privée du Temple du Ciel à Pékin organisée par le président chinois pour le dirigeant américain. Quid de Vladimir Poutine ?
La manière dont il sera accueilli par Xi Jinping va de ce fait "être suivie de près", assure Una Berzina-Cerenkova, directrice du Centre d’étude sur la Chine à l’université Stradins de Riga. Pour cette experte, qui a écrit sur l’évolution du rapport de force entre Pékin et Moscou, chaque détail risque de compter, jusqu'au nombre de personnes qui seront présentes à la descente d’avion de Vladimir Poutine à Pékin – il ne faudrait pas qu’il y en ait moins que pour Donald Trump. "Je suis absolument sûre que les diplomates russes doivent être en contact constant avec leurs homologues chinois pour éviter toute sous-représentation de l’importance de la visite du président russe par rapport à celle de Donald Trump à Pékin", résume-t-elle.
C’est d’autant plus important que la visite de Vladimir Poutine n’a été annoncée que samedi 16 mai, soit après la fin du sommet entre Xi Jinping et Donald Trump.
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Cet enchaînement donne l'impression que cette rencontre "a été organisée un peu à la dernière minute", note Una Berzina-Cerenkova. Pourtant, il est tout à fait possible qu'elle ait été planifiée depuis longtemps et que la date n'a simplement pas été dévoilée jusqu’à présent, estime Richard Turcsanyi, directeur de programme à l’Institut central‑européen d’études asiatiques (CEIAS). "Selon les autorités des deux pays, cette visite a été organisée pour célébrer le 25ᵉ anniversaire du traité d’amitié sino-russe [signé le 16 juillet 2001]", note cet expert.
Pour lui, il se peut que le déplacement chinois de Vladimir Poutine ne soit à l’origine qu’une réunion de travail, comme il a pu y en avoir des dizaines au fil des ans entre les deux dirigeants. Ils se sont, en effet, rencontrés plus de 40 fois depuis que Xi Jinping a pris le pouvoir en Chine en 2012, souligne le Guardian.
Tout le monde fait la cour à Xi Jinping
Mais le cafouillage autour du sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, d’abord prévu en mars puis reporté à mai en raison de la guerre en Iran, a donné au déplacement de Vladimir Poutine à Pékin une saveur particulière. Après le sommet sino-américain "qualifié de très amical, il est crucial pour Vladimir Poutine de montrer que Xi Jinping le considère au même niveau que le président américain", estime Una Berzina-Cerenkova.
Quelles que soient les circonstances – une visite organisée à la dernière minute, ou dont l’importance a changé en raison de la proximité avec la venue en Chine de Donald Trump –, "c’est l’occasion pour Xi Jinping de consolider l’image de médiateur qu’il veut projeter sur la scène internationale", affirme Natasha Kuhrt.
Pour le président chinois, cette succession de visites VIP doit permettre de prouver que Pékin est devenu "le lieu où se parlent les grandes puissances", renchérit Marc Lanteigne, spécialiste de la Chine à l’université Arctique de Norvège.
Cerise sur le gâteau pour le dirigeant chinois, "il apparaît comme le seul leader d’une grande puissance à ne pas être embourbé dans un conflit coûteux, alors que les autres semblent venir faire la cour à Xi Jinping pour obtenir une forme d’aide", analyse Jeff Hawn, spécialiste de la Russie à la London School of Economics.
Donald Trump avait ainsi fait le déplacement à Pékin dans l’espoir de convaincre son homologue chinois de faire pression sur l’Iran pour débloquer la situation dans le détroit d’Ormuz. Et il espérait également obtenir des Chinois qu'ils achètent plus de Boeing et de soja américains.
"Bouée de sauvetage économique" de la Russie
Pour Vladimir Poutine, "la Chine représente de plus en plus une bouée de sauvetage pour son économie de guerre", assure Jeff Hawn. Les entreprises chinoises sont "les seules à fournir certains composants essentiels pour l’effort de guerre russe", ajoute-t-il. "L’industrie russe dépend presque exclusivement des machines-outils chinoises essentielles à la fabrication d’armements. La Russie importe également des câbles à fibre optique et des batteries nécessaires pour les drones, ainsi que de la nitrocellulose chinoise, un composant essentiel de la poudre à canon", explique Natasha Kuhrt.
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Le président russe "espère aussi clairement un engagement plus ferme de la Chine en faveur de certains projets énergétiques, comme celui du gazoduc Power of Siberia 2 pour lequel, jusqu’à présent, l’enthousiasme russe a été bien plus fort que celui de la Chine", souligne Marc Lanteigne. Ce pipeline, qui doit permettre de relier les gisements gaziers de Sibérie à la Chine, avait été présenté en 2023 comme "l’affaire du siècle" pour la Russie par Vladimir Poutine. Mais depuis lors, la Chine semble traîner des pieds. Pékin "cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement, plutôt qu’à se concentrer sur un petit nombre de partenaires", assure Marc Lanteigne.
Il n’empêche que si Vladimir Poutine peut repartir de Pékin mercredi 20 mai avec un engagement un tant soit peu concret sur l’un ou l’autre des sujets qui seront abordés – militaire ou économique –, il aura déjà fait mieux que Donald Trump. Car si la visite du président américain a connu son lot de sourires, un certain glamour et de grandes déclarations, "les résultats ont été pour le moins mitigés et rien de concret n’a été annoncé", conclut Marc Lanteigne.
