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L'essentiel du procès en appel de Marine Le Pen : "C'est curieux cette mention 'payés autrement'"
Le procès en appel de l’affaire des emplois fictifs des assistants parlementaires européens du Front national, devenu Rassemblement national, se tient à Paris depuis le 13 janvier. Condamnée en première instance, Marine Le Pen joue son éligibilité pour l'élection présidentielle 2027. Résumé de la troisième semaine d’audience, durant laquelle les demi-aveux des prévenus se sont succédé.
Marine Le Pen et Catherine Griset, son ancienne assistante parlementaire au Parlement européen, le 21 janvier 2026, à la Cour d'appel de Paris. © Stéphane de Sakutin, AFP / Studio graphique de FMM

Des demi-aveux. L’ancien numéro deux du Front national, Bruno Gollnisch, a bien voulu reconnaître, lors de la troisième semaine du procès en appel du Front national, devenu Rassemblement national, qui se tient du 13 janvier au 12 février, une "organisation", à défaut d'un "système", dans l'attribution des contrats d'assistants parlementaires des eurodéputés du parti. De même, l’ancienne assistante de Marine Le Pen, Catherine Griset, a concédé qu’elle travaillait à l’époque des faits "20 %" de son temps pour la présidente du Front national plutôt que pour l’eurodéputée.

La justice reproche à Marine Le Pen, ainsi qu’au Rassemblement national et à dix autres prévenus d'avoir payé entre 2004 et 2016, avec de l'argent du Parlement européen, des salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux.

En première instance, le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré la cheffe de file de l'extrême droite française coupable et l'a condamnée à quatre ans de prison dont deux ferme, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate pour détournement de fonds publics. Avec ce procès en appel, Marine Le Pen joue sa candidature à la présidentielle 2027.

Voici ce qu’il faut retenir de cette troisième semaine d’audience.

Le récap de la première semaine L’essentiel du procès en appel de Marine Le Pen : "Aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit"

  • Lundi 26 janvier : Bruno Gollnisch reconnaît une "organisation" plutôt qu’un "système"

Cette nouvelle semaine du procès en appel du RN débute avec l’audition de Bruno Gollnisch, ancien numéro deux du Front national et compagnon de route de Jean-Marie Le Pen, dont il a longtemps été présenté comme un possible dauphin.

L’ancien eurodéputé a tenté de convaincre la cour d'appel qu’il partageait son temps entre son domicile de Lyon, Bruxelles et Strasbourg. Qu'importe, dès lors, pour lui, que ses assistants parlementaires eurent leur bureau à "Montretout", ce manoir de Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, où Jean-Marie Le Pen et les siens avaient l'habitude de travailler.

Certes, mais pour qui ?, s'interroge en substance la cour depuis quinze jours, le Parlement européen et l'accusation soupçonnant lesdits assistants, rémunérés par des enveloppes européennes, de n'effectuer une activité qu'au bénéfice du seul parti.

Parmi les assistants de Bruno Gollnisch, Guillaume Lhuillier, dont la réalité du travail à Strasbourg et Bruxelles n'a pas été mise en évidence. "Il eut fallu qu'il travaillât sous l'œil permanent d'une caméra vidéo ?", proteste son ancien patron officiel... avant que la juge ne rappelle qu'un annuaire interne au parti le présentait comme "directeur de cabinet" de Jean-Marie Le Pen.

Micheline Bruna, elle-aussi supposément "assistante parlementaire de M. Gollnisch" pendant trois ans, puis soudainement rattachée à mi-temps à l'eurodéputée Marine Le Pen. Mais toujours "assistante personnelle" du "Menhir", selon le même annuaire.

L’accusé a défendu une "organisation" – mais pas un "système", "ça fait délictueux". Le principe ? Une "mutualisation" des assistants parlementaires, réunis dans un "pool" à Montretout, que Bruno Gollnisch désigne comme le "siège du bureau politique et (euro-)parlementaire" et, par ricochet, du "secrétariat" de celui-ci.

"J'ai mis mes assistants parlementaires à la disposition de ce secrétariat", "il m'est apparu naturel de les placer dans cette espèce de vigie", développe-t-il, reconnaissant qu'"ils avaient évidemment un contact fréquent avec Jean-Marie Le Pen, qui était le président de notre groupe, mais venait moins souvent à Bruxelles".

La présidente bondit : "Vous les avez mis à disposition du secrétariat politique, à Montretout, et sous l'égide de Jean-Marie Le Pen, donc il n'y a pas de lien de subordination avec vous !". Bruno Gollnisch : "C'est une espèce de détachement...".

Le récap de la deuxième semaine L'essentiel du procès en appel de Marine Le Pen : "Des reproches peuvent nous être faits"

  • Mardi 27 janvier : le travail inconditionnel de Catherine Griset "pour Marine Le Pen"

Catherine Griset, ancienne assistante parlementaire au Parlement européen de Marine Le Pen, est elle-même devenue eurodéputée RN, en convient : elle a pu, à hauteur de "20 %", travailler pour la présidente du FN lorsqu'elle était officiellement à 100 % au service de la députée européenne et, à ce titre, payée par des enveloppes du Parlement de Strasbourg.

Là réside l'accusation de détournement de fonds pour laquelle les deux, ainsi que le parti et neuf autres cadres sont poursuivis. En première instance, Catherine Griset avait notamment été condamnée à un an d'emprisonnement avec sursis.

À la barre, l'assistante s'attarde sur son travail, tenue de l'agenda et organisation de déplacements. "On ne peut pas dire que tout le travail de Marine Le Pen se résumait à son activité de députée européenne : à cette époque, elle est cheffe du parti", fonction dont "on imagine bien qu'elle a dû générer une activité importante", lui fait observer la présidente de la cour d'appel, Michèle Agi.

D'autant, appuie la magistrate, qu'elle apparaît dans un organigramme – public – du parti FN comme "l'assistante de Marine Le Pen", sous-entendu la présidente de la formation – le même document mentionne au passage un "assistant parlementaire" de l'eurodéputée Le Pen.

"Ça ne m'a pas choquée parce que je travaillais pour Marine Le Pen", élude Catherine Griset. "C'est bien le problème : vous travailliez pour Marine Le Pen mais ça n'est plus elle qui vous embauche : c'est le Parlement européen qui vous paie", la coupe la présidente.

Catherine Griset, sans vaciller : "Moi, mon travail, je l'ai fait, je l'ai bien fait. J'étais la seule à gérer l'agenda". "Donc, forcément, vous gérez aussi l'agenda de Marine Le Pen présidente du parti", enfonce la magistrate.

Catherine Griset, en reprenant à la volée : "Vous avez raison. C'est la partie où j'ai travaillé pour elle en tant que présidente".

Le demi-aveu passé, l'interrogatoire se resserre, notamment sur cette fonction de "cheffe de cabinet" de la présidente du FN à partir de février 2015. "Ça n'a absolument rien changé à mon travail", jure l'intéressée, "Marine Le Pen n'a plus de chef de cabinet, il faut faire un organigramme, c'est juste honorifique".

Michèle Agi hausse la voix : "Là, je ne vous suis plus du tout : vous disiez que vous pouviez être assistante parlementaire parce qu'il y avait un chef de cabinet [qui s'occupait du reste, NDLR], et vous dites que lorsque vous le devenez, ça ne change rien !"

  • Mercredi 28 janvier : "Ce que Marine nous demande équivaut qu'on signe pour des emplois fictifs"

À la barre, Wallerand de Saint-Just, avocat retraité de 75 ans, trésorier du Front national de 2009 à 2021, se présente comme prenant ses fonctions de trésorier bénévole en 2009 en étant animé du seul souci, par un méticuleux jeu d'économies et de recettes, de maintenir financièrement à flot le FN, laminé dans les urnes en 2007.

C'est dans ce contexte, explique-t-il, qu'il dresse un tableau où se trouvent réparties entre les catégories "Europe", "Siège" et "Équipe Marine", des salariés théoriquement rattachés au Parlement européen.

"Je fais ce tableau car je vois notamment au Paquebot [le siège d'alors du parti à Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, NDLR] un certain nombre de personnes qui ne sont pas salariées du RN, je fais ce tableau pour savoir ce qu'ils font, où se trouve leur bureau et par qui ils sont payés", se justifie-t-il.

"C'est curieux cette mention 'payés autrement'", tique la présidente Michèle Agi.

Après un début d'interrogatoire ronronnant, la difficulté monte d'un cran pour Wallerand de Saint-Just lorsque la cour commence à aborder les cas individuels. Bien vite, il se trouve acculé sur le contrat de Charles Hourcade.

Employé par le FN, ce graphiste a subitement basculé pendant six mois sur un contrat d'assistant parlementaire, de septembre 2014 à février 2015, avant de redevenir officiellement graphiste salarié du parti. Condamné à six mois avec sursis en première instance pour ces faits, l'intéressé n'a pas fait appel.

"Je ne peux pas imaginer que [l'eurodéputée] Marie-Christine Boutonnet ne va pas lui donner du travail. Pour moi, c'est inimaginable. Quand je lui parle, pour moi, son travail va changer", assure à la barre, embarrassé, Wallerand de Saint-Just.

"Ce n'est pas la même chose que de travailler comme assistant parlementaire que comme graphiste", lui objecte la présidente.

Son inconfort empire quand est abordé un courriel que lui adresse en juin 2014 l'eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser au sujet de l'embauche d'assistants parlementaires, un élément accablant de l'accusation au cours de l'instruction et du premier procès.

Dans ce message, Jean-Luc Schaffhauser s'inquiète auprès du trésorier : "Ce que Marine nous demande équivaut qu'on signe pour des emplois fictifs". "Je crois bien que Marine sait tout cela", lui répond l’accusé.

"Ça me paraît tellement en dehors de la réalité que je me borne à l'envoyer sur les roses", jure Wallerand de Saint-Just, affirmant mordicus aux juges ne pas "imaginer un instant que [Marine Le Pen] puisse commettre une infraction".

Avec AFP