
L'ancienne ministre de l'Éducation Ségolène Royal à l'Assemblée nationale à Paris, le 20 mai 2025. © Julien de Rosa, AFP
Des tensions qui s'accumulent et une crise diplomatique qui s'enlise. Alors que les relations entre la France et l'Algérie ont connu en 2025 un sérieux coup de froid, l'ex-ministre socialiste Ségolène Royal s'est rendue à Alger pour tenter d'amorcer le début d'un énième dégel.
Reçue par le président Abdelmadjid Tebboune puis par le ministre de la Justice, elle a d'emblée obtenu l'autorisation de rendre visite au journaliste français Christophe Gleizes, condamné à 7 ans de prison et incarcéré depuis juin dernier.
"Très honorée" de s'être entretenue avec le président, celle qui est devenue en décembre présidente de l'Association France Algérie (AFA) a assuré qu'il était prêt au dialogue "dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous".
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Accepter Gérer mes choixLes relations restent acrimonieuses entre Paris et Alger et les coopérations de sécurité et économique sont au plus bas.
Une visite du ministre de l'Intérieur français Laurent Nuñez, invité par son homologue, ne s'est pas encore concrétisée.
"Nous tendons la main à l'Algérie sur un certain nombre de sujets. Il faut savoir la saisir", a déclaré ce dernier vendredi sur France Inter.
"On attend des bougés très forts sur deux sujets", a ajouté Laurent Nuñez : "La reprise des reconduites des Algériens en situation irrégulière", ainsi que "la situation de Christophe Gleizes" dont les parents ont sollicité une grâce du président Tebboune.
La crise diplomatique a éclaté après la reconnaissance, à l'été 2024 par Paris, d'un plan d'autonomie "sous souveraineté marocaine" pour le Sahara occidental - l'Algérie soutient, elle, le mouvement indépendantiste du Polisario.
Spirale de tensions
Depuis, une série d'épisodes sont venus entretenir les tensions. Parmi eux, la détention et la condamnation en Algérie de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, finalement libéré ; celle de Christophe Gleizes; ou encore l'incarcération en France d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement d'un influenceur.
Tout récemment, Alger a convoqué le chargé d'affaires de l'ambassade de France pour protester contre un numéro de Complément d'enquête, diffusé sur France 2, estimant c'était "une véritable agression contre l'État algérien, ses institutions et ses symboles".
C'est dans ce climat délétère que Ségolène Royal, qui fut candidate à l'élection présidentielle en France en 2007, est venue plaider pour une "reconstruction de l'amitié entre la France et l'Algérie".
Elle a dit sur X "agir pour la réconciliation et le respect, mission qui m'a été confiée" - sans préciser si elle faisait allusion à son rôle au sein de l'AFA ou à sa visite à Alger.
Elle a assuré devant la presse qu'elle avait informé Emmanuel Macron de son initiative et qu'elle comptait, à son retour en France, l'"aider en lui donnant les éléments dont je dispose".
Le "premier geste" d'apaisement que Emmanuel Macron "doit faire", selon elle, est la restitution des biens culturels spoliés pendant la colonisation française (1830-1962).
Initiative salutaire ?
Une source ayant connaissance du dossier, et souhaitant rester anonyme, a déclaré à l'AFP que Ségolène Royal avait "fait ce déplacement suite à une invitation des autorités algériennes", émanant de la chambre algérienne de commerce et d'industrie.
Cette visite est "totalement de sa propre initiative et ses déclarations sont personnelles", a souligné cette source. Elle-même s'est dite "libre" sur ce dossier.
Mais "dans le contexte extrêmement tendu entre la France et l'Algérie, tous les canaux doivent être utilisés", a estimé la source, en jugeant "important" qu'elle ait été reçue par le président Tebboune.
Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, a également estimé qu'en plein blocage, "toute initiative permettant de détendre la relation est la bienvenue".
"Son approche sur les questions mémorielles est courageuse", a réagi l'historien Benjamin Stora, qui dans un rapport remis à l'Élysée avait fait des préconisations allant dans le même sens.
"La question est de savoir quel interlocuteur elle pourra trouver dans la société politique française actuelle - à deux mois des municipales et à un an de la présidentielle - pour avancer concrètement", dit-il.
Le ton de Ségolène Royal lui a en tout cas valu les louanges de plusieurs médias algériens.
TSA Algérie a salué le fait qu'elle soit venue avec un "plan de sortie de crise" et qu'elle ait tenu "un discours puissant (...) sur le règlement du litige mémoriel qui empoisonne les relations" bilatérales.
"C'est la première fois qu'une personnalité française de ce rang (tient) de tels propos rassembleurs dans un contexte de montée en puissance de l'extrême droite en France", s'est félicité ce média.
Avec AFP
