
Cette semaine, l'Union européenne a officiellement ouvert les négociations d'adhésion de l'Ukraine. Une décision saluée par notre invité, le coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, Philippe Lamberts, qui se dit "réjoui". Il est vindicatif quant à l'attitude de Viktor Orban, qui a fait jouer son droit de veto sur l'octroi d’un plan de soutien financier de 50 milliards d’euros sur quatre ans à l’Ukraine, conditionnant la révision de sa décision au déblocage des fonds de l’UE pour son pays.
Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, salue la décision du Conseil européen d'ouvrir les négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. “C'est un signal absolument indispensable à envoyer à l’Ukraine. (...)" déclare-t-il. "Mais il s’en est fallu de peu que l’Europe rate le coche". Aux détracteurs, il oppose le fait que “dans la géopolitique, la taille et les ressources comptent. (...) L'adhésion de l'Ukraine apporterait des ressources, un peuple très motivé pour la construction européenne et également une profondeur stratégique pour l'Union européenne”.
D’autres pays ont également vu leur processus d’adhésion avancer lors de ce Conseil, comme la Moldavie, la Géorgie et la Bosnie-Herzégovine, et leur intégration va changer la donne et entraîner des réformes nécessaires, dont certaines doivent être présentées d’ici l’été 2024. “Si on devait garder les règles de financement actuelles, totalement insensées et surannées, l'Ukraine se retrouverait être le seul pays bénéficiaire net du budget européen. Tous les autres pays deviendraient contributeurs nets. Il faut donc clairement repenser de fond en comble le mode de financement de l'Union européenne. (...) Soit les États membres cotisent à l'Union européenne, soit ils permettent à l'Union européenne de lever directement l'impôt”, propose-t-il, et également que les décisions budgétaires ne soient plus prises à l’unanimité, car “c’est un verrou qui donne évidemment un pouvoir de chantage à n'importe quel membre du Conseil européen”.
Chantage que le Premier ministre hongrois Viktor Orban a, selon lui, exercé lors des votes de ce Conseil. “Le fait qu'on lui ait lâché 10 milliards d'euros à deux jours du sommet, c'est problématique (...) Ce qui s'est passé, ce n'est pas un bras de fer, c'est du chantage, auquel il faut bien admettre que le Conseil et la Commission ont répondu en libérant de l'argent. J'espère que le reste de l'argent qui reste gelé tant que le régime n'aura pas changé”, car "c'est un régime autocratique”. “On a laissé faire Orban parce qu'il était couvert par Angela Merkel sans limite jusqu'à la fin. Le seul moyen de dissuasion qui compte vraiment pour Viktor Orban, c'est l'argent.”. Il préconise la mise en œuvre de l’article 7, qui vise à suspendre le droit de vote de la Hongrie au sein de l'Union européenne.
Après le retour du pro-européen Donald Tusk, devenu Premier ministre en Pologne, ancien président du Conseil, Philippe Lamberts se félicite qu’on puisse “encore battre à la régulière les nationaux populistes”. Mais il met en garde : “Il va avoir un travail considérable de détricotage de toutes les dérives de ses prédécesseurs” afin qu’on puisse “rapidement libérer les fonds du plan de relance européen dont la Pologne a extrêmement besoin”.
Dans quelques mois, les citoyens européens seront appelés aux urnes pour désigner 720 élus au Parlement européen. Les sondages montrent une montée des partis populistes, d’extrême droite. Le député Vert fulmine : “Ce qui m'inquiète le plus, c'est que ces partis nationaux populistes sont renforcés par le ralliement de partis traditionnels à leur langage. (...) Les partis historiques qui ont forgé l'Union européenne, les chrétiens-démocrates, les sociaux-démocrates, les libéraux, les Verts ne devraient pas alimenter la machine à peur de l'extrême droite”.
“Ce qui est en jeu pour la campagne, c'est clairement [l'arrêt] ou [la continuité] du Green deal européen”, (...) un vrai risque que l'épisode 2019-2024 ait été une parenthèse et que le Green deal s'arrête” alerte Philippe Lamberts. Il tient à saluer cette initiative de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. "Mais son engagement n'est pas suffisant”, nuance-t-il. “On voit bien la levée de boucliers de l'extrême droite, suivie par la droite traditionnelle. (...) Les gens qui n'ont jamais voulu du Green deal n'osaient pas s'élever contre au moment des marches pour le climat. Mais deux ou trois ans plus tard, quand c'est la guerre, la crise du pouvoir d'achat, etc, ils se sentent beaucoup plus autorisés à donner de la voix contre le Green deal. Philippe Lamberts épingle la “force du lobby de l’agro-business”, qu’il dissocie des fermiers, “qui ont tout à gagner du Green deal”.
Député européen depuis 15 ans et coprésident du groupe des Verts depuis bientôt une décennie, Philippe Lamberts ne brigue pas de quatrième mandat au scrutin de juin 2024. “Lorsqu'on exerce des responsabilités politiques, cela doit être à durée déterminée. (...) et je peux continuer à servir la cause que j'ai défendue pendant 15 ans au Parlement européen à d'autres endroits et d'une autre manière”, conclu-t-il.
Émission préparée par Sophie Samaille, Juliette Laurain, Perrine Desplats et Isabelle Romero